L'épiderme du blogueur
Voilà qu'un hebdomadaire français, en l'occurrence Marianne (qui diffuse bon an mal an quelques 300 000 exemplaires chaque semaine, soit entre 1 et 1,5 millions de lecteurs) offre une publicité gratuite à un blog dans ses colonnes et que ce dernier ainsi que quelques uns de ses avocats s'en émeuvent! Non content d'une telle exposition médiatique, voilà que cette "divine surprise" leur donne une nouvelle occasion de pourfendre cette presse de caniveaux rédigée par des stagiaires qui osent se prétendre journalistes.
Bon, certes, la "publicité" ressemble plus à de la contre-publicité dans une rubrique, "Tu l'as dit bouffi" au ton très souvent humoristique voire ironique et dont l'intitulé même ne laisse guère de doute sur le second degré assumé des brèves que l'on y trouve. Oui mais voilà, le blogueur a l'épiderme chatouilleux et, alors même qu'il adore la critique souvent unilatérale quand il s'y livre, il prend rapidement ombrage d'une remise en cause d'une des vertus sinon la vertu cardinale de tout blogueur: sa liberté.
Il se trouve que What's next, puisque c'est de lui dont il s'agit, s'est effectivement fait une petite spécialité de la critique presque exclusive de la presse de gauche en particulier et de la piètre qualité de la presse française en général. Au passage, j'attends que l'on me prouve que Marianne est un journal de gauche, car je crois savoir qu'il a autant de partisans et de détracteurs à gauche qu'a droite (ce qui témoigne d'ailleurs selon moi justement de sa relative liberté). Pour s'en convaincre, il suffit de consulter la rubrique Media du blog: Libération, Le Nouvel Obs, Le Monde, le service public (France 2 et France Inter en particulier) et Marianne ont régulièrement droit à des taillages de costards en règle. J'ai même lu un certain Oliv dénier le titre de journaliste à Jean-François Khan (quand on connaît un tant soit peu la carrière de ce dernier, on ne peut qu'éclater de rire devant la prétention du rédacteur de ce billet à juger de la qualité de journaliste de Khan, mais bon, si la liberté du blogueur est une de ces premières qualités, l'humilité n'est pas bien loin d'être l'une des dernières).
C'est son droit le plus strict. Mais c'est du coup assez comique de le voir s'offusquer de pouvoir être assimilé à un blog pro-UMP. Comme si c'était une insulte, et visiblement c'en est une, une insulte à sa vertu revendiquée, comme je le disais plus haut, sa liberté. Or un blog qui, pour l'avoir fréquenté quelques temps, a une lecture quasi univoque des événements qu'il commente m'apparaît plutôt prisonnier de certaines analyses, d'une certaine vision sinon d'une idéologie certaine que libre de tout préjugé. Enfin moi, ce que j'en pense...
La dictature de la liberté dans la blogosphère, voilà un bon sujet de réflexion pour les longues semaines d'hiver qui nous attendent.








On sait que tu as quelques raisons d'apprécier Marianne, en tant que (ex ?) chroniqueur, ça ne doit pas t'empêcher de relever qu'il ne s'agit pas pour What's Next de s'offusquer d'être un blog pro-UMP. Il ne s'agissait pas non plus pour moi de le défendre de l'être. Là, n'est pas le sujet. Il le serait que ça ne serait pas très gênant. Mai sil me semble que l'on peut avoir des convictions sans être catalogué dans un parti ?
Le procédé de marianne est autre : (i) ils s'intitulent "presse libre" et les présentent en pourfendeurs de la "presse libre" et (ii) ils se livrent à une basse insinuation en prétendant qu'ils seraient un "faux-nez" de l'UMP. Bref, un sous-marin, une créature, une malhonnête émanation...
On peut te retourner tes propos, au demeurant : Marianne apprécie visiblement de se voir en chevalier blanc de la démocratie mais tolère mal la critique, même lorsqu'elle émane d'un blog à l'audience somme toute (même pour un blog assez lu) confidentielle. Et Marianne n'hésite pas, dans ce cas, à donner dans l'insinuation.
Tu peux te gausser de l'épiderme chatouilleux du blogueur, on pourra rire à gorge déployée de celui de Marianne.
Quand on est Marianne, "qui diffuse bon an mal an quelques 300 000 exemplaires chaque semaine, soit entre 1 et 1,5 millions de lecteurs", c'est assez pathétique et pas révélateur d'une grande ouverture d'esprit.
Rédigé par: koz | le 05/09/2007 à 15:13
J'admets bien volontiers que je ne sais pas très bien ce qui a pris le rédacteur de la dite brève de s'intéresser à What's Next... et de lui offrir une telle exposition médiatique. Sans doute une légère lassitude eu égard au traitement univoque et récurrent de la presse française et dite de gauche en particulier de tes amis Jules et compagnie, comme je le relevais dans mon billet.
Et j'admets bien volontiers également que le procédé n'est guère subtil bien qu'il soit à recadrer dans le contexte de la rubrique.
Mais bon, vos réactions sont assez amusantes et assez révélatrices, pour les avoir observées chez vous et chez d'autres, d'un certain esprit de caste blogosphérique. Et du désormais traditionnel combat blogueurs / journalistes... Ca ne va guère plus loin chez moi, ce qui n'est pas vraiment le cas dans les multiples billets de What's Next sur la presse française où la critique du professionnalisme voire de la déontologie ou même de nombreux journalistes va bien au delà des insinuations potaches de Marianne.
Rédigé par: Krysztoff | le 05/09/2007 à 15:30
Je pense que cet esprit de caste, tu as dû effectivement l'observer chez d'autres. D'autant que je ne pense pas donner dans le combat blogueur/journaliste. Je me suis d'ailleurs encore récemment énervé de la volonté émise par un blogueur que l'on soit traité en tant que journalistes (à l'Université du Medef) : je ne me sens aucunement en concurrence, étant sur un mode totalement différent.
Pour le reste, si tu excuses la brève de Marianne en y voyant de l'humour potache, tu peux aussi considérer que, dans un premier temps, le ridicule de la brève nous a, aussi, fait rire.
Rédigé par: koz | le 05/09/2007 à 15:41
Cher Krysztoff,
>>> "Il se trouve que What's next, puisque c'est de lui dont il s'agit, s'est effectivement fait une petite spécialité de la critique presque exclusive de la presse de gauche en particulier et de la piètre qualité de la presse française en général."
Oui c'est exact. J'ai longtemps beaucoup lu cette presse là (Nouvel Obs, Telerama, Libé, Le Monde, Le Canard enchaîné, Le Monde diplomatique, j'étais même un fan d'Acrimed il fût untemps), j'ai aussi pas mal écouté France Inter et F Culture. Et puis j'ai fini par me lasser, et par mûrir politiquement. J'ai pris du recul par rapport à ces médias. Et comme je les connais plutôt bien, je n'ai pas grande difficulté à en souligner les travers, les clichés, à les critiquer.
Bizarrement, je n'ai jamais été un auditeur de RTL ou Europe 1, je n'ai quasiment jamais acheté le Figaro de ma vie, ni même le point. J'étais à gauche quand j'étais en Fac de Sciences humaines à Paris.
Maintenant, comme l'explique Koz, il n'a pas été question de "s'offusquer" d'être présenté comme "pro-UMP". J'assume avoir soutenu et voté Sarkozy. Cela a même été annoncé sur mon blog au moment des élections. Je soutiens l'action de Sarkozy aujourd'hui et je souhaite qu'il applique son programme. Et le moment du bilan viendra. Et il faudra savoir critiquer ce qui n'aura pas marché ou se qui n'aura pas été fait. Dans un monde idéal, j'aurais souhaité que Sarkozy soit moins interventionniste et plus franchement libéral encore (rien à voir avec "ultra-libéral" comme on dirait en France). Mais bon, fat faire avec ce qu'on a !
Le petit entrefilet de Marianne m'amuse, c'est tout. Comme toi je me demande bien ce qui a pu leur passer par la tête pour avoir envie de parler de ce blog comme ça... C'est aussi une boutade, comme tu dis.
Pour rebondir sur un des sujets abordés dans ta note, je répondrais comme Koz que l'opposition blogueur / journaliste n'est pas ce qui (nous) m'anime. Je ne veux pas devenir un journaliste. Je ne me sens pas journaliste. Je ne me considère pas supérieur à un journaliste. Je considère simplement que les journalistes français, de la petite presse parisienne, sont des individus comme les autres qui ont tendance à un peu trop s'imaginer au-dessus de la mêlée et qui idéalisent un peu trop leur profession - et qui posent un peu trop souvent en donneurs de leçons.
Combien de journalistes à Paris ne sont plus que des OS du copier-coller de dépêches AFP - qui ne vérifient jamais une seule info ? Si tu as passé du temps dans des rédactions, tu sais très bien de quoi je parle.
Bon, allez, j'arrête là, parce que mon commentaire commence à être plus long que ton billet :-)
Rédigé par: Jules | le 05/09/2007 à 20:45
Pour ma part, j'avais un abonnement de deux ans à Marianne, que je lisais depuis sa création.
Mais je ne l'ai pas renouvelé car il expirait après la Présidentielle de 2001 et ils avaient titré en Une que le deuxième tour opposait Chirac à Jospin.
Grave erreur professionnelle à laquelle je ne me suis jamais risqué.
D'autant que, depuis le mercredi après-midi, j'avais été alerté de source proche du ministère de l'Intérieur que Jean-Marie Le Pen devait selon toute vraisemblance figurer au second tour…
Rédigé par: Fabien | le 08/09/2007 à 05:21