Le Tour Menteur
Ainsi donc, le miracle de la résurrection de Vinokourov devait encore une fois (mais n'est-ce pas toujours) plus à la science et à la médecine qu'à la volonté et l'esprit sportif.
Ainsi donc, ce Tour qui devait être celui de la renaissance, comme celui de l'année dernière d'ailleurs avec le résultat que l'on sait, se révèle être encore une fois un Tour de menteurs et de tricheurs.
Ainsi donc, il semble exister deux pelotons, l'un pour gagner l'autre pour servir de faire valoir. L'un de tricheurs l'autre de coureurs. Et faut-il aller jusqu'à l'un étranger, l'autre français?
Mais quelle hypocrisie quand même! Comment un coureur tel que Vinokourov pourrait-il être seul à assumer la responsabilité de cet acte de dopage? On imagine bien notre ami Vino, vendredi soir, avant de se coucher, tout seul dans sa chambre d'hôtel, sortir de sa petite valise une poche sanguine, la suspendre à la lampe de chevet, se piquer une aiguille de transfusion dans le bras et attendre tranquillement que son breuvage coupable coule lentement dans ses veines en sirotant un diabolo menthe. Comment imaginer un instant que l'encadrement ne soit pas au courant? Comment ne pas comprendre que, malgré les risques de plus en plus grand de se faire prendre, la pression sportive, économique, financière liée aux sponsors, à la médiatisation, aux enjeux économiques, peut conduire un coureur et son encadrement sportif et médical à transgresser l'interdit. Contraints et forcés. Où sont les victimes? Où sont les coupables? Comme la tentation de faire reposer la responsabilité de l'acte au seul coureur est grande pour tous les autres acteurs?
En quelque sorte, le cyclisme aujourd'hui est une illustration parfaite du combat entre les tenants de la responsabilité individuelle, et elle seule, et ceux de la responsabilité surdéterminante du système. On assiste aujourd'hui comme hier, y compris et surtout dans les discours médiatiques et dans ceux des dirigeants du Tour, aux mêmes discours stigmatisant le coureur et lui seul. Et en ce sens, la décision des télévisions allemandes prend un autre relief. Frapper au coeur le cyclisme professionnel en lui supprimant la visibilité médiatique et donc les enjeux économiques qu'elle engendre.
Le comportement du spectateur lui aussi, pose question. L'étape du plateau de Beille, dont la montée s'est d'ailleurs faite à une allure supérieure pour Rasmussen et Contador à celle d'Armstrong en 2004, a été suivi par plus de 6 millions de spectateurs sur France Télévisions. Il y a encore et toujours des millions de personnes au bord de la route. Finalement, qu'attend le spectateur? Un cyclisme propre ou un cyclisme spectaculaire peu importe les moyens?
Et quels vont être les commentaires des journalistes sportifs après les prochains "exploits" qui ne manqueront certainement pas d'arriver, peut-être pas plus tard qu'aujourd'hui? Il faudrait ré-écouter les commentaires des journalistes de France Télévisions samedi soir et lundi soir, les odes à l'exploit et à la volonté d'un coureur exceptionnel, d'un grand champion. Quelle tonalité auront les prochaines envolées lyriques d'un Gérard Holtz ou même d'un Laurent Jalabert?
Bref, l'hypocrisie a encore de beaux jours devant elle...








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