Après les questions, les réponses...
Enfin du moins, quelques éléments de mes réponses!
Peut-on refuser l'amour?
Lors de son discours salle Gaveau dimanche soir, Nicolas Sarkozy a prononcé la phrase suivante: "Un président de la République doit aimer tous les français", phrase qui d'ailleurs n'apparaît pas dans la version écrite de son discours. Mais je n'attends pas d'un président de la République, et encore moins de Nicolas Sarkozy, qu'il m'aime. Qu'il me respecte soit! Mais qu'il m'aime! Quelle étrange conception de la politique! Cette propension à se placer sur le registre de l'affectif m'insupporte (c'était d'ailleurs l'une de mes principales réticences à l'endroit du style Royal). Et puis, à en appeler ainsi à l'émotionnel, il ne faut pas s'étonner en retour de récolter parfois au mieux de l'indifférence, au pire de la haine. Bref, Nicolas, au risque de te décevoir, je me vois dans l'obligation de refuser de telles avances. Restons en à des relations purement civiques, veux-tu.
Combien de temps les mensonges, l'illusion, le double langage feront-ils...illusion?
Comment peut-on croire un instant que les discours de campagne du candidat Sarkozy peuplés de références aux figures historiques de gauche (Jaurès, Blum) et aux valeurs républicaines d'égalité et de fraternité trouveront une concrétisation dans l'action politique future du Président Sarkozy? Jusqu'à son discours de dimanche soir, qu'un homme de gauche aurait pu tout aussi bien prononcer! Cette générosité qui déborde à n'en plus finir, cette propension à vouloir contenter chaque français, en particulier les plus pauvres dans un pays pourtant profondément clivé où plus de 65% des plus de 60 ans ont voté pour le Sarkozy de la réhabilitation de la valeur travail (sic!), de la rupture, du changement. Comment croire à son appel à réhabiliter la morale en politique, quand on a grandi dans l'un des milieux politiques les plus affairistes du territoire français, le département des Hauts de Seine, à l'abri des réseaux du plus grand républicain de la cinquième République, l'ineffable Charles Pasqua, sans jamais avoir rompu avec des amitiés et des soutiens bien encombrants? Comment oser s'adresser aux ouvriers avant le 6 mai en leur promettant de revaloriser la valeur travail et se régaler le soir du 6 mai au Fouquet's avant que d'aller se reposer sur un yacht de 60 mètres loué par Bolloré, symbole de ce que le capitalisme financier a produit de plus diamétralement opposé à l'ouvrier d'usine? Comment lancer un appel poignant à tous les enfants et les femmes martyrisés de par le monde pour leur assurer du soutien inconditionnel de la République quand cette même République les chasse à la sortie de ses propres écoles?
Je préfère un homme de droite qui s'assume comme tel, qu'un Président qui nous promet le bonheur pour tous et une société où les clivages et les conflits d'intérêts auraient miraculeusement disparu. N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, les classes, oui je dis bien les classes, sociales existent toujours et leurs intérêts ne sont pas convergents. L'illusion d'une société sans classe ne résistera guère je le crains aux premiers mois de pouvoir du représentant de la classe dirigeante par excellence.
Ah bon, ce n'est pas Ségolène Royal qui a gagné ce soir?
L'attitude de Ségolène Royal est proprement hallucinante dimanche soir. Pour quelqu'un qui aurait pris l'antenne à 20h05, cela relevait du surréalisme. Son sourire contrastait par ailleurs grandement avec son visage fermé au soir du premier tour. Comme si la défaite était en fait intégrée depuis deux semaines et que finalement, ces 47% était une sorte de divine surprise. Il est amusant de noter d'ailleurs que l'écart en voix au second tour est à 250 000 voix près le même qu'au premier tour.
Mais ce sourire et ce discours "offensif", je me demande comment ils ont été perçus par tous ceux, en dehors des militants PS, qui ont ressenti une véritable déception suite à ce résultat. Il y avait quelque chose d'un peu indécent dans cette effusion d'optimisme. Comme si elle ne respectait pas le deuil nécessaire d'une victoire à laquelle certains ont pu croire malgré tout.
Pourquoi suis-je toujours du côté des perdants?
Aux élections présidentielles s'entend! Depuis que je vote, à chaque élection présidentielle (hormis le second tour de 2002 qui compte pour du beurre puisque nous avons tous perdu ce jour là), mon candidat du premier tour n'est pas au second et mon candidat par défaut au second n'est pas élu. Faudra t-il donc que je me résolve à voter à droite pour connaitre un jour le bonheur du camp des vainqueurs?
Dis papa, cinq ans, c'est long comment? (ça, c'est mon fils)
Comme les doigts d'une main. Mais, et certains autour de moi font ce pari, compte tenu de la séquence électorale qui s'annonce entre 2008 et 2010 avec les municipales, les européennes puis les régionales et les cantonnales, un affaiblissement progressif et rapide du pouvoir de frappe du nouveau président n'est pas à exclure. Sans compter que si le bougre suit effectivement la feuille de route qu'il a tracée lors de cette campagne, les occasions de mobilisation sociale ne manqueront pas dans les mois qui viennent. Et un scénario à la Juppé bis n'est pas à exclure.
Fillon ou Borloo?
A priori, Fillon tient la corde. Ce qui augure d'un début de mandat offensif, compte tenu du pedigrée de l'impétrant. Pourtant, la meilleure façon de couper l'herbe sous le pied au nouveau-né "Mouvement Démocrate" pour les prochaines élections législatives me semble être l'ouverture au centre avec Borloo dès maintenant. Le second scénario, a priori le scénario nominal, est celui d'un début de mandat très offensif avec Fillon et d'un apaisement en cours de mandat, disons après deux ans, en sortant la carte Borloo et la réconciliation avec le centre. Les résultats des législatives de juin et en particulier le poids de la majorité présidentielle dans la future assemblée, auront un impact certain sur ces scénarios. Le problème pour Sarkozy est qu'il lui faut choisir son premier ministre avant. Quel pari va t-il faire? Réponse dans quelques jours...
Combien de morts au prochain bureau national du PS?
Le contraste était saisissant dimanche soir entre le sourire de Royal et la mine fermée de DSK. Sans parler des amabilités envoyées par Fabius quant à la conduite de la campagne. Ni des hauts-le-coeur de certains éléphants qui portent à gauche après le débat Royal-Bayrou et les appels du pied pressants de la candidate socialiste vers l'électorat centriste lors de la ligne droite finale. Ni du silence assourdissant des autres figures féminines du PS durant toute la campagne, les Aubry, Guigou, Lebranchu ou encore Hidalgo. A n'en pas douter, malgré les appels au rassemblement pour les législatives de la part du premier secrétaire, les couteaux sont sortis, et ils sont aiguisés par des mois de campagne subie plus que vécue pour nombres de ces responsables socialistes.
L'OPA de Royal sur le PS continue ou bien j'ai rêvé?
C'est à mon sens le seul but du discours offensif de Royal à peine le résultat dévoilé. Transformer une défaite en une victoire interne. Recueillir auprès des militants et sympathisants le soutien qu'elle sait ne pas trouver, bien au contraire, dans les hautes sphères de l'appareil du parti. C'est la bataille de mouvement qui continue pour le contrôle du PS, dans la ligne droite de la stratégie royaliste depuis maintenant plusieurs mois: prendre de cours et à revers ses propres "amis", pour ne pas dire ennemis, à l'intérieur du parti et imposer son rythme, choisir le terrain de jeu et ne surtout pas leur laisser l'initiative.
A quand l'implosion du PS?
C'est aujourd'hui la seule question qui vaille à mon sens. Je l'attends depuis 2002. J'y ai cru en 2005. Vont-ils encore résister après 2007? Les forces centrifuges sont de plus en plus fortes. L'attraction du centre me semble irrésistible. Une analyse basique des rapports de force ne peut que conduire à cette conclusion de bon sens. L'état de la gauche de la gauche est tel que le PS n'a plus rien à attendre dans l'optique d'une reconquête du pouvoir de ce côté là. L'avenir d'une éventuelle stratégie d'alliance ne peut être qu'au centre. Et paradoxalement, c'est selon moi la meilleure chose qui puisse arriver justement à la gauche de la gauche. C'est le seul scénario qui permette à moyen terme éventuellement la reconstitution d'un véritable pôle de gauche resourcé, par l'espace dégagé après un recentrage explicite, effectif et consacré par une alliance au centre, d'un PS social-démocrate assumé.
L'autre scénario est une absorption pure et simple des mouvances vertes et communistes au sein d'un PS repositionné à gauche, les éléments sociaux démocrates ayant rejoint, après une prise de pouvoir des courants "radicaux" au sein du PS, le Mouvement démocrate de François Bayrou, positionné au centre gauche. Dans cette configuration, la place de la gauche de la gauche est réduite à la portion congrue, autour des multiples mouvances trotskystes et altermondialistes en reconfiguration permanente.
Et demain?
Un paysage politique organisé autour de quatre forces principales: une gauche radicale, un parti social-démocrate, un parti démocrate et un parti de droite.








retour à PC/PS/UDF/UMP. Il fallait que tout change pour que rien ne change. Mais il y a encore du boulot !
Rédigé par: edgar | le 09/05/2007 à 11:50
En quelque sorte oui! Mais la vie politique n'est-elle autre chose qu'un éternel recommencement?
Rédigé par: Krysztoff | le 09/05/2007 à 15:46
J'ai commencé à voter en 1981, j'ai toujours voté à droite et c'est la première fois que le candidat de droite... gagne!
Cette élection est une bonne nouvelle pour vous comme pour moi : l'alternance se fera (le plus tard possible :) ) sur des engagements assumés et pas sur des mensonges. Je préfére un PS au pouvoir sur un mandat clair et qui gouverne qu'un M.Chirac prisonier de son opportunisme.
(En plus, l'habitude démocratique prise, cela nous evitera la tentation de la contestation des urnes dans la rue...)
Rédigé par: Kal | le 11/05/2007 à 19:07
il faudrait expliquer ce qu'est aujourd'hui la "social-démocratique". Si c'est simplement un "socialisme qui accepte les règles démocratiques", c'est une école qui a 40 ans de retard, et je ne crois pas qu'il y ait place pour un parti social-démocrate en plus du parti démocrate !
Rédigé par: FrédéricLN | le 12/05/2007 à 18:17
Salut les p'tit loups !
Vous êtes TOUS cordialement INVITES à la première du one-man show "Fils de juge", écrit par Diane Roche et joué par Charles-Louis Roche, lui-même juriste et fils de magistrat.
Elle a lieu le samedi 26 Mai à 22 h 15 au Théâtre de la Main d'Or, 15, passage Main d'Or, dans le 11ème arrondissement de Paris - Métro Ledru-Rollin (ligne 8).
Famille, amis et publicité bienvenus.
Pour plus d'informations :
http://filsdejuge.tripod.com
Rédigé par: Eris | le 16/05/2007 à 16:33
Krysztoff, ça va être dur mais je veux tenter de me faire une raison. Juste civique, même pas platonique ? Vous êtes sur ?
Rédigé par: Mon Elysée | le 22/05/2007 à 22:41
comment pouvez-vous vous permettre d'appeler votre blog 1984 avec la pauvreté intellectuelle de vos "pensées" ! Je m'étais dirigé vers ce blog dans l'espoir de trouver une contestation véritable. Des sujets comme le tour de France ou l'élection présidentielle ne sont pas des sujets propres à mettre à nu un "monde orwellien". Vraiment, déçu, je suis.
Rédigé par: Romtreff | le 27/07/2007 à 08:59
@ Romtreff
On fait ce que l'on peut... Je vous remercie de ce commentaire très encourageant et vous recommande vivement de ne plus venir perdre votre temps ici.
Tiens, et je viens de me rendre compte en relisant votre commentaire qu'en plus, vous écrivez comme maître Yoda parle. Vous avoir déçu, navré je suis. Vraiment.
Rédigé par: Krysztoff | le 27/07/2007 à 10:15
"Manipuler", la phrase exacte était : "Un président de la République doit manipuler tous les français".
Rédigé par: pacco | le 27/08/2007 à 16:38