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04/04/2007

Sondez, sondez, il en restera toujours quelque chose

Le débat autour de l'impact des sondages sur les scrutins électoraux n'est certes pas nouveau, il resurgit à peu près à la même fréquence que lesdits scrutins. Mais il me semble qu'il a pris cette année une dimension supplémentaire, et ce bien avant la campagne actuelle. Il a été relancé récemment par une tribune de Daniel Schneidermann dans Libération suite à un communiqué de la commission des sondages, réfutée par Jules dans la foulée. Il se continue dans Le Monde par un compte rendu d'un chat avec un professeur en Sciences politiques, au titre sans équivoque : "Sonder sur le 2ème tour avant le 1er n'a absolument aucun sens".

Je ne sais si cela n'a aucun sens, mais je suis par contre certain que cela a une influence réelle sinon primordiale dans l'effet Bayrou, de même que les sondages ont eu selon moi, une influence réelle sur la désignation de Ségolène Royal comme candidate du PS lors des primaires internes.

Je ne sais pas si l'interdiction pure et simple telle que la réclame Schneidermann est LA solution. Mais je trouve les réfutations que Jules y oppose relativement légères. Sans doute fondées en termes juridiques, mais tout dépend ce que l'on appelle information. Car enfin, la responsabilité des instituts de sondage et tout autant des médias qui les commandent et les diffusent, est immense et il ne suffit pas d'en appeler à l'intelligence des lecteurs et à la liberté d'expresssion pour évacuer une réflexion de fond sur la dérive de notre démocratie vers une démocratie d'opinion et une politique de la demande plutôt que de l'offre (car cela va de pair).

Jules nous dit: "Il n'est pas plus objectif de proposer un sondage opposant Ségolène Royal et Nicolas Sarkzy qu'un sondage opposant François Bayrou et Jean-Marie Le Pen, ou toute autre combinaison. Alors, pourquoi pas François Bayrou?", en nous rappelant son appel à l'équité sur ces fameux sondages de second tour. Ce à quoi notre professeur en science politique, qui n'a de science que le nom, vu le faible pouvoir prédictif de la dite science, réplique: "Cette élection présidentielle a constitué une grande première dans la mesure où l'on a vu clairement que le test de l'hypothèse d'un second tour opposant François Bayrou aux autres candidats a produit des effets majeurs dans la légitimation de la candidature de celui-ci. On a vu ainsi l'effet direct d'un choix fait à la fois par certains sondeurs mais aussi... par les responsables de certains journaux.". Et là est bien selon moi, plus que dans les sondages eux-mêmes, la responsabilité des médias sur la "manipulation" de l'opinion. Dans ce choix volontaire et orienté en quelque sorte de faire un choix à la place des électeurs. Nous ne sommes plus dans le registre de l'information mais bien du choix délibéré des rédactions ou des instituts de sondage de privilégier et de tester certains scénarios par rapport à d'autres. Soit l'on en reste à une projection à partir des résultats du premier tour et à ce moment, seuls les deux qualifiés sont retenus, soit l'on se lance dans de la politique fiction et l'on teste sans exclusive tous les scénarios.

La même mécanique a été à l'oeuvre lors de l'investiture de Ségolène Royal par la PS. Il sera sans doute impossible de quantifier un jour l'effet réel des sondages produits à l'époque sur le choix des militants socialistes, mais je mettrais ma main au feu que ceux-là même qui réfutent la logique pourtant implacable au vu des sondages actuels que le seul vote utile possible pour contrer Sarkozy c'est Bayrou dès le premier tour, ont eu la même réaction en estimant alors que puisque les sondages donnaient Royal vainqueur, c'était elle qu'il fallait désigner pour porter la rose au combat.

Bien évidemment, on me répliquera sans doute que l'électeur est une grande personne, intelligente et responsable, et que finalement, les sondages ne sont qu'un élément d'information, sinon d'influence parmi une multitude d'autres. Et que de plus, il a depuis longtemps appris à jouer avec les sondeurs, dans des stratégies dignes d'un billard à trois sinon quatre bandes. Mais alors, la question à se poser me semble être non pas tant celle de leur interdiction mais bien de leur utilité pour le débat démocratique. Car pour ce qui est de vendre du papier, là, à en juger par leur fréquence, la question ne se pose pas.


PS: pour les questions techniques, à lire un très bon billet de B. Salanié.

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Voici les sites qui parlent de Sondez, sondez, il en restera toujours quelque chose:

Commentaires

« Nous ne sommes plus dans le registre de l'information mais bien du choix délibéré des rédactions ou des instituts de sondage de privilégier et de tester certains scénarios par rapport à d'autres. »

Ben oui ça s'appelle la liberté de la presse, ça pose un problème ?

@ André P.

Quand le choix se fait d'une seule et même façon par tous les acteurs, je me pose quelques questions sur l'exercice de cette liberté. Ceci dit, une soit-disante liberté qui conduit à un monopole, fusse t-il de la pensée, ce ne serait pas la première fois qu'on constaterait un tel phénomène...

Où est la cause, où est l'effet ?

Le 1er sondage testant F. Bayrou au 2nd tour est paru le 15 décembre. Sans effet sensible sur les courbes des sondages.

F. Bayrou est-il monté dans les sondages de 1er tour parce qu'on le testait au second tour, ou a-t-il été testé au 2nd tour parce qu'il montait dans les sondages de 1er tour ?

En fait il y a évidemment une boucle entre ce que les gens pensent et l'information qui leur est délivrée (parce que les médias pensent que ça va les intéresser). Boucle que décrivait déjà ... François Bayrou dans son discours du 2 septembre dernier sur les médias qui, etc.

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