Pari perdu
Pour la révolution, on attendra... On va maintenant se replier sur une "petite" révolution, élire une présidente de la République française.
Plus de détail demain.
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Pour la révolution, on attendra... On va maintenant se replier sur une "petite" révolution, élire une présidente de la République française.
Plus de détail demain.
Non, je ne vais pas mettre un bulletin LCR dans l'urne demain, malgré toute la sympathie que j'ai pour le métier de facteur. En fait, je fais, ou du moins je faisais partie des hésitants (et non des indécis) jusqu'à ce jour. Car sauf argument choc de dernière minute, ma décision est maintenant prise. Afin de maintenir encore quelques lignes le suspense, je ne vais pas vous la livrer dès le début de ce billet mais plutôt tenter d'expliquer le cheminement, que d'aucuns jugeront certainement phallacieux voire spécieux (et je ne les en blamerai pas tant j'ai encore le sentiment en ce moment même que tout cela ne tient qu'à un fil), qui me conduit finalement à envisager ce choix.
Tout d'abord, j'ai la conviction que nous entrons, comme l'a très bien décrit Rosanvallon dans son dernier ouvrage, dans une démocratie de la défiance dans laquelle l'engagement citoyen et civique change de nature, et dans laquelle le rapport au pouvoir (et donc le rapport que le pouvoir entretient avec ceux qui le légitiment) change fondamentalement. Ce point m'amène paradoxalement à relativiser le prochain scrutin et à privilégier un candidat qui intègre, de façon même implicite, dans son discours ou dans la manière dont il sera élu, ce nouvel état de fait. Et cela discrédite par là-même tout candidat qui survalorise la fonction à laquelle il aspire, ou du moins qui la conçoit comme celle d'un chef. Je ne voterai donc sûrement pas Nicolas Sarkozy, ne fusse que pour cette raison (et il y en a bien d'autres).
Je crois que plus que le programme, c'est la méthode qui importe. Le temps des listes à puces de plusieurs pages, synthèse des influences diverses et variées afin de satisfaire tous les courants du parti et toutes les clientèles de son électorat "naturel" est passé.
J'ai toujours voté à gauche. Pourtant, mon seul engagement important en politique, en 2002, l'a été, déjà, sur une promesse de dépassement, pour un candidat qui, à l'époque et selon ses propres mots, voulait rassembler non pas autour du ni droite ni gauche mais "au-delà de la gauche et de la droite". J'aspire à une recomposition forte du paysage politique en France depuis maintenant près de 10 ans. Je ne pense pas que la droite et la gauche, c'est pareil, mais bien plutôt que les véritables clivages qui traversent le pays aujourd'hui ne sont pas concrétisés par les partis qui revendiquent aujourd'hui ce positionnement. Je l'ai cru possible après mai 2002, puis après le référendum européen de 2005. Le principal obstacle à cette recomposition me parait être aujourd'hui plus que jamais le Parti socialiste.
J'ai déjà exprimé dans le billet précédent mon analyse sur le second tour. Royal ne peut gagner sans Bayrou. C'est mon intime conviction. Voter Royal au premier tour et la qualifier pour le second contre Sarkozy, c'est prendre le risque, compte tenu des signaux négatifs envoyés pour l'instant en direction de l'électorat potentiel centriste, d'une victoire de Sarkozy. Or l'un de mes objectifs prioritaires est d'éviter l'élection de Sarkozy. Le second est d'accélérer une recomposition du paysage politique français. Le troisième est d'accélerer la fin de la Vème République.
L'élection présidentielle est, plus qu'une élection sur un programme, l'élection d'un homme... ou d'une femme, une rencontre entre un pays et une personne. Durant toute cette campagne, avec Ségolène Royal, je n'ai eu que des rendez-vous manqués, malgré des efforts répétés, et malgré un entremetteur (qu'on surnomme parfois le Che) qui a toute mon estime. Elle ne m'a pas convaincu, ne m'a pas parlé, m'a inquiété parfois.
Alors je m'apprête à faire un pari, un pari révolutionnaire dans le sens où il pourrait conduire à ce changement de centre, de perspective politique, que j'attends depuis si longtemps. Ce pari, c'est celui d'élire un président aujourd'hui sans majorité. Un président qui devra donc composer avec une assemblée qu'il ne maitrisera pas totalement. Ainsi, cette élection n'aura pas deux tours, mais bien quatre. Et ce qui déterminera la politique menée dans les années à venir, ce ne sera pas seulement ce premier tour mais bien l'équilibre nouveau des forces qui émergera des présidentielles et des législatives. Je m'autorise ainsi un pistolet non pas à un, non pas à deux, mais à quatre coups. J'avais voté contre le quinquennat parce qu'il surdéterminait alors les élections législatives et affaiblissait d'autant le Parlement. J'ai aujourd'hui l'occasion de forcer le président élu à partager le pouvoir avec une assemblée qu'il s'est par ailleurs engagé à plus respecter et à faire élire à la proportionnelle. C'est ce pari que je fais.
Demain, je voterai François Bayrou. Pour la première et peut-être la dernière fois de ma vie d'électeur.
C'est entendu, la gauche ne peut gagner au second tour qu'avec tout ou partie des voix qui se porteront sur François Bayrou au premier tour. Dans l'hypothèse bien sûr que la finale maintes fois annoncée entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se réalise effectivement. Il semble en effet maintenant très probable que non seulement Sarkozy sera présent au second tour mais qu'il virera en tête à l'issue du premier, avec un potentiel de réserve de voix supérieur à la candidate socialiste. Il reste cependant à mon sens encore une incertitude sur celui ou celle qu'il affrontera. Plusieurs scénarios se dessinent, avec des probabilités différentes:
- scénario 1 : Royal se qualifie pour le second tour (probabilité 60%)
- scénario 2 : Bayrou se qualifie pour le second tour (probabilité 30%)
- scénario 3 : Le Pen se qualifie pour le second tour (probabilité 10%)
Evacuons d'emblée le scénario 3. J'ai certes mis une probabilité non nulle, au cas où, pour assurer mes arrières de fin prospectiviste, mais je n'y crois pas un instant. La situation est en effet bien moins favorable à Le Pen en 2007 qu'en 2002. Je ne vois pas une partie de l'électorat de Royal ou Bayrou se reporter brutalement dimanche prochain sur Le Pen. Pour ce qui est de celui de Sarkozy, c'est moins sûr, mais sa base est tout de même plus solide que celle de Chirac en 2002.. Et il faudrait qu'une grande partie des indécis mettent finalement un bulletin Le Pen dans l'urne pour que ce dernier comble l'écart affiché aujourd'hui par l'ensemble des instituts de sondage sur les trois premiers. Et si cela arrive, nos amis sondeurs peuvent aller se rhabiller pour des générations... et moi, j'irai à la plage le 6 mai.
Donc revenons à nos deux premiers scénarios. Dans l'optique de battre Nicolas Sarkozy au second tour, ils ne sont interchangeables. En effet, et c'est là que les appels récents de celle que l'on a appelé en un temps que les moins de vingt ans... la seconde gauche, par la voix de Rocard puis de Kouchner, prennent tout leur sens, si Royal a explicitement besoin du soutien de Bayrou pour battre Sarkozy, je pense que la réciproque n'est pas vraie dans le cas où c'est Bayrou qui est qualifié au second tour. Celui ci s'est déjà positionné en rassembleur au delà du clivage gauche-droite, il a déjà lancé des bouteilles à sa gauche, plus qu'à sa droite durant cette campagne. L'objectif d'une immense majorité des électeurs de gauche étant de faire barrage à Sarkozy coûte que coûte, il ne sera pas nécessaire à Bayrou d'en dire et d'en promettre beaucoup plus. Par contre, pour que Royal "récupère" un nombre suffisant de voix s'étant portées sur Bayrou au premier tour, elle devra nécessairement envoyer des signaux forts et clairs comme on dit dans la grande muette vers les électeurs les plus anti-sarko de Bayrou. Car les autres pourraient retourner vers leur famille "naturelle", la droite, dont on sait que le sens de la discipline, en particulier électorale, est bien plus développée que de l'autre côté. On comprend mieux ainsi le sens de l'appel de Rocard: "la gauche seule aura bien du mal à vaincre".
Je parlerai dans un prochain billet des conclusions que je tire de ces réflexions prospectives sur mon propre bulletin de vote, qui, tel le battement d'aile du papillon, pourrait bien être décisif et changer dans quelques jours le visage de la vie politique française... rien que ça!
Pour prolonger la dernière phrase de l'analyse de Versac de l'affiche de campagne de Sarkozy, "Sous son calme apparent, la tempête fait rage", à lire l'édifiant billet de Michel Onfray sur l'entretien que lui a accordé Nicolas Sarkozy. Non, vous ne rêvez pas, Nicolas Sarkozy a reçu Michel Onfray pendant plus d'une heure trente... D'aucuns jugeront que c'est de la psychologie de bar du commerce, mais le récit, plein de subjectivité, mérite le détour.
PS: je signale le billet très intéressant de pikipoki sur le même sujet, billet dont je partage totalement les développements (ce qui me permet donc, en toute fainéantise, de ne pas les faire moi-même).
Le débat autour de l'impact des sondages sur les scrutins électoraux n'est certes pas nouveau, il resurgit à peu près à la même fréquence que lesdits scrutins. Mais il me semble qu'il a pris cette année une dimension supplémentaire, et ce bien avant la campagne actuelle. Il a été relancé récemment par une tribune de Daniel Schneidermann dans Libération suite à un communiqué de la commission des sondages, réfutée par Jules dans la foulée. Il se continue dans Le Monde par un compte rendu d'un chat avec un professeur en Sciences politiques, au titre sans équivoque : "Sonder sur le 2ème tour avant le 1er n'a absolument aucun sens".
Je ne sais si cela n'a aucun sens, mais je suis par contre certain que cela a une influence réelle sinon primordiale dans l'effet Bayrou, de même que les sondages ont eu selon moi, une influence réelle sur la désignation de Ségolène Royal comme candidate du PS lors des primaires internes.
Je ne sais pas si l'interdiction pure et simple telle que la réclame Schneidermann est LA solution. Mais je trouve les réfutations que Jules y oppose relativement légères. Sans doute fondées en termes juridiques, mais tout dépend ce que l'on appelle information. Car enfin, la responsabilité des instituts de sondage et tout autant des médias qui les commandent et les diffusent, est immense et il ne suffit pas d'en appeler à l'intelligence des lecteurs et à la liberté d'expresssion pour évacuer une réflexion de fond sur la dérive de notre démocratie vers une démocratie d'opinion et une politique de la demande plutôt que de l'offre (car cela va de pair).
Jules nous dit: "Il n'est pas plus objectif de proposer un sondage opposant Ségolène Royal et Nicolas Sarkzy qu'un sondage opposant François Bayrou et Jean-Marie Le Pen, ou toute autre combinaison. Alors, pourquoi pas François Bayrou?", en nous rappelant son appel à l'équité sur ces fameux sondages de second tour. Ce à quoi notre professeur en science politique, qui n'a de science que le nom, vu le faible pouvoir prédictif de la dite science, réplique: "Cette élection présidentielle a constitué une grande première dans la mesure où l'on a vu clairement que le test de l'hypothèse d'un second tour opposant François Bayrou aux autres candidats a produit des effets majeurs dans la légitimation de la candidature de celui-ci. On a vu ainsi l'effet direct d'un choix fait à la fois par certains sondeurs mais aussi... par les responsables de certains journaux.". Et là est bien selon moi, plus que dans les sondages eux-mêmes, la responsabilité des médias sur la "manipulation" de l'opinion. Dans ce choix volontaire et orienté en quelque sorte de faire un choix à la place des électeurs. Nous ne sommes plus dans le registre de l'information mais bien du choix délibéré des rédactions ou des instituts de sondage de privilégier et de tester certains scénarios par rapport à d'autres. Soit l'on en reste à une projection à partir des résultats du premier tour et à ce moment, seuls les deux qualifiés sont retenus, soit l'on se lance dans de la politique fiction et l'on teste sans exclusive tous les scénarios.
La même mécanique a été à l'oeuvre lors de l'investiture de Ségolène Royal par la PS. Il sera sans doute impossible de quantifier un jour l'effet réel des sondages produits à l'époque sur le choix des militants socialistes, mais je mettrais ma main au feu que ceux-là même qui réfutent la logique pourtant implacable au vu des sondages actuels que le seul vote utile possible pour contrer Sarkozy c'est Bayrou dès le premier tour, ont eu la même réaction en estimant alors que puisque les sondages donnaient Royal vainqueur, c'était elle qu'il fallait désigner pour porter la rose au combat.
Bien évidemment, on me répliquera sans doute que l'électeur est une grande personne, intelligente et responsable, et que finalement, les sondages ne sont qu'un élément d'information, sinon d'influence parmi une multitude d'autres. Et que de plus, il a depuis longtemps appris à jouer avec les sondeurs, dans des stratégies dignes d'un billard à trois sinon quatre bandes. Mais alors, la question à se poser me semble être non pas tant celle de leur interdiction mais bien de leur utilité pour le débat démocratique. Car pour ce qui est de vendre du papier, là, à en juger par leur fréquence, la question ne se pose pas.
PS: pour les questions techniques, à lire un très bon billet de B. Salanié.
En voilà un que l'on entend rarement sur les ondes, qui n'a pas eu les honneurs des Victoires, mais qui a toute mon estime. Daran, sans ses chaises mais toujours avec sa voix puissante et sa guitare éclectique, vient de sortir un nouvel album superbe, envoutant, profond, grave, pesant même mais terriblement efficace. Un album sans blanc, presque tout noir, mais d'un noir lumineux. Courrez vite le télécharger légalement ou l'acheter chez votre disquaire préféré.
Pour le plaisir de vos oreilles, un extrait spécial dédicace à Nadine Moreno, elle qui ne passe pas une interview sans rappeler ses origines populaires. "Nadine, au moins, laisse la fenêtre ouverte".
En hommage à Grand Corps Malade, en toute humilité.
Y'a pas à dire cette élection ça devient un sacré bordel
Un jeu de politique fiction mais l'jeu en vaut-il la chandelle?
Bien sûr, ma tête me dit Ségo, c'est ma famille, c'est mon passé
Mais mon coeur lui crie tout de go, tu vas encore te faire niquer
Elle est pas claire, pas sincère, y'a bien trop d'éléphants derrière
Ils sont pas prêts pour le cimetière, ni vraiment révolutionnaires
Alors ma tête dit à mon coeur, vas-y dis moi c'que t'as en tête?
Un truc qui me fait un peu peur, mais qui ferait p't-être tomber les têtes
Un centre révolutionnaire, comme dit JFK de François
Ma tête de rire: "une chimère, un oxymore de p'tit bourgeois"
Et de se moquer de ce coeur qui prend un chemin de traverse
Se laisse prendre à un leurre, se met à penser de travers
Laisse moi trente secondes que j't'explique, insiste mon coeur convaincu
Je veux vraiment leur faire la nique, et démasquer tous ces faux-culs
Redistribuer enfin les cartes puisqu'ils n'ont toujours pas compris
Qu'on veut du neuf, qu'on veut qu'ils partent, qu'on va reprendre c'qu'ils nous ont pris
Que leurs partis monolithiques, leurs arrangements de faux-amis
C'est le contraire de la Politique, qu'on en veut plus, que c'est fini
Tu rêves tout haut et tu t'emportes, tu déraisonnes et tu t'emballes
Tes désirs d'avenir, ta révolte, ils vont bien vite se faire la malle
Quand tu comprendras dépité, qu'le Bayrou, l'était bien de droite
Et que le seul pari sensé, même si elle a l'air maladroite
Qu'elle te donne souvent des haut-le-coeur, c'est Ségo pour qu'y ait pas d'embrouille
Et ma tête de dire à mon coeur, "d'toute façon t'auras pas les couilles"

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