V'la qu'ça r'commence!
J'avais ouvert cette année 2006 sur la dénonciation d'un coup de griffe au principe de laïcité et de neutralité de la puissance publique, fusse t-elle municipale. Vais-je devoir la clore de la même façon?
L'affaire a lieu à Ploermel, petite commune du Morbihan, où le maire, UMP de son état, n'a rien trouvé de mieux que d'autoriser et de financer en partie une statue de Jean-Paul II, haute de 9 mètres. Ce en totale violation de deux articles de la loi de 1905: l'article 2 qui stipule explicitement que la République ne subventionne aucun culte; et l'article 28 qui interdit "d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions".
La défense de l'élu en question, Paul Anselin, reprend les arguments maints fois entendus sur l'hommage à "un chef d'État étranger, un géant du siècle dernier, le tombeur du communisme". Après Saint-Etienne, après Paris, combien de fois va t-on nous resservir cette messe? D'autant que le premier conseiller du maire, Patrick Le Diffon, vend en fait la mèche en déclarant que "cela va attirer du monde" et en évoquant la création d'un "circuit Jean-Paul II entre Ploërmel et le sanctuaire voisin de Sainte-Anne d'Auray". Et le maire d'en rajouter en espérant que ce lieu devienne "un lieu de pélerinage". On est bien loin de la chute du communisme.
Ultime provocation, l'inauguration était prévue pour le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905! Elle a finalement eu lieu le lendemain, jour du seigneur.
Cet évènement en apparence épiphénomènique, fait écho à des déclarations récentes de Benoit XVI devant un parterre de juristes catholiques italiens, déclarations qui reflètent une conception bien particulière de la laïcité (saine laïcité dit-il, encore un nouveau qualificatif marketing après ouverte, plurielle, et je ne sais quoi d'autre), et en particulier de la neutralité de l'espace public. Benoit XVI a ainsi dénié à la laïcité le droit " d'exclure les symboles religieux des lieux publics : les bureaux, les écoles, les tribunaux, les hôpitaux, les prisons". Il y a là d'ailleurs une confusion savamment entretenue entre des lieux publics et des lieux privés d'une part (bureaux et écoles), et des lieux qui relève de la responsabilité de l'Etat, et donc qui se doivent, selon le principe de neutralité de l'Etat découlant de la laïcité, de n'afficher aucun signe religieux particulier, et des lieux privés d'autre part (qu'il y ait des crucifix dans des écoles catholiques, ce n'est pas le problème de l'Etat, qu'il y en ait dans une mairie ou dans un tribunal, c'est contraire à la laïcité).
Question innocente: qui remet petit à petit en cause la neutralité de la sphère publique et la laïcité de l'Etat? Qui le premier déterre la hache de guerre? Les soit-disants "bouffe-curés" ou les vrais "bouffe-laïques"?








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