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13/12/2006

V'la qu'ça r'commence!

J'avais ouvert cette année 2006 sur la dénonciation d'un coup de griffe au principe de laïcité et de neutralité de la puissance publique, fusse t-elle municipale. Vais-je devoir la clore de la même façon?

L'affaire a lieu à Ploermel, petite commune du Morbihan, où le maire, UMP de son état, n'a rien trouvé de mieux que d'autoriser et de financer en partie une statue de Jean-Paul II, haute de 9 mètres. Ce en totale violation de deux articles de la loi de 1905: l'article 2 qui stipule explicitement que la République ne subventionne aucun culte; et l'article 28 qui interdit "d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions".

La défense de l'élu en question, Paul Anselin, reprend les arguments maints fois entendus sur l'hommage à "un chef d'État étranger, un géant du siècle dernier, le tombeur du communisme". Après Saint-Etienne, après Paris, combien de fois va t-on nous resservir cette messe? D'autant que le premier conseiller du maire, Patrick Le Diffon, vend en fait la mèche en déclarant que "cela va attirer du monde" et en évoquant la création d'un "circuit Jean-Paul II entre Ploërmel et le sanctuaire voisin de Sainte-Anne d'Auray". Et le maire d'en rajouter en espérant que ce lieu devienne "un lieu de pélerinage". On est bien loin de la chute du communisme.

Ultime provocation, l'inauguration était prévue pour le 9 décembre, jour anniversaire de la loi de 1905! Elle a finalement eu lieu le lendemain, jour du seigneur.

Cet évènement en apparence épiphénomènique, fait écho à des déclarations récentes de Benoit XVI devant un parterre de juristes catholiques italiens, déclarations qui reflètent une conception bien particulière de la laïcité (saine laïcité dit-il, encore un nouveau qualificatif marketing après ouverte, plurielle, et je ne sais quoi d'autre), et en particulier de la neutralité de l'espace public. Benoit XVI a ainsi dénié à la laïcité le droit " d'exclure les symboles religieux des lieux publics : les bureaux, les écoles, les tribunaux, les hôpitaux, les prisons". Il y a là d'ailleurs une confusion savamment entretenue entre des lieux publics et des lieux privés d'une part (bureaux et écoles), et des lieux qui relève de la responsabilité de l'Etat, et donc qui se doivent, selon le principe de neutralité de l'Etat découlant de la laïcité, de n'afficher aucun signe religieux particulier, et des lieux privés d'autre part (qu'il y ait des crucifix dans des écoles catholiques, ce n'est pas le problème de l'Etat, qu'il y en ait dans une mairie ou dans un tribunal, c'est contraire à la laïcité).

Question innocente: qui remet petit à petit en cause la neutralité de la sphère publique et la laïcité de l'Etat? Qui le premier déterre la hache de guerre? Les soit-disants "bouffe-curés" ou les vrais "bouffe-laïques"?

12/12/2006

Le bal des cocus?

Ainsi donc depuis dimanche, républicains de gauche et royalistes de gauche (si, si, ça existe!) ont-ils décidé d'un mariage de raison. Je n'épiloguerais pas sur les critiques qui fusent aujourd'hui de tout côté sur ce ralliement soudain (une des plus comiques étant sans doute celle d'Arlette Laguiller dont chacun peut mesurer ce que 40 ans de combat politique à la marge et cinq élections présidentielles en solitaire ont pu apporter concrètement aux travailleurs et ouvriers qu'elle prétend défendre). La politique, ce n'est pas que le monde éthéré des idées, c'est aussi la réalité des rapports de force et le choix de la stratégie la plus optimale pour porter ses idées (et dire que certains qui n'ont que le mot de pragmatisme à la bouche dès que l'on parle de politique sont les premiers à railler ce ralliement).

J'avais déjà écrit http://krysztoff.typepad.com/1984/2006/11/mme_mort_je_rev.html et le scepticisme qui m'habitait face à cette nouvelle candidature du Che (au passage, je me demande si Chevènement ne lit pas mon blog, vu certains des arguments qu'il utilise pour expliquer son choix). Très prosaïquement parlant, ce ralliement est certainement la seule solution pour permettre au MRC de survivre après 2007 (si tant est que cette survie ait un sens, ce qui est un autre débat). On peut s'interroger sur le timing de cette débandade: j'aurais eu tendance à penser que, maintenant qu'il avait déclaré sa candidature, il eut pu attendre encore un peu afin de profiter des quelques tribunes qui lui étaient offertes pour porter sur la scène médiatique ces idées. D'un autre côté, la déception aurait sans doute été plus grande encore pour les sympathisants et militants qui le soutenaient dans ce combat sans doute perdu d'avance s'il s'était rallié après plusieurs mois de campagne.

Ceci dit, au delà de l'accord électoral qui réserve dix circonscriptions "gagnables" aux futurs candidats MRC (encore faudra t-il les gagner pour concrétiser cet accord), il existe un accord politique dont Chevènement se targue pour justifier sur le fond son ralliement. Il me semble important de le lire pour bien comprendre le titre de ce billet. Car, que lit-on dans cet accord politique: bon an mal an toutes les principales revendications de Chevènement et du MRC défendues depuis près de dix ans! Bien sûr sur l'Europe (sur la BCE, sur le pacte de croissance, sur le gouvernement économique de la zone euro, sur les coopérations renforcées), sur la R&D, sur la politique industrielle, sur le nucléaire, sur les services publics, mais aussi sur l'indivisibilité de la République (l'affaire corse, qui avait été l'un des principaux motifs de rupture avec Jospin ou encore une phrase qui doit résonner curieusement à l'oreille de Ségolène Royal : "La décentralisation doit cesser d'être opposée à l'Etat et doit respecter la solidarité nationale"), sur le respect de la laïcité, ou encore sur le volet institutionnel (maintien du régime présidentiel, au revoir la VIème République, là c'est Montebourg qui doit avoir les oreilles qui sifflent).

Alors? Alors il me semble que le PS a adopté un projet. Que dans ce projet, il y a des choses en contradiction avec des points fondamentaux de cet accord électoral. Que Ségolène Royal est censée porter et incarner le projet du PS. Et que je suis donc curieux de voir comment elle va gérer la contradiction. En un mot, je suis curieux de voir de quel côté trouvera t-on les cocus? Peut-être des deux!

03/12/2006

La Guerre c'est la Paix...

... et le Service Public, c'est la Société de Consommation!

Qui aurait pu croire que la logique orwellienne de renversement des valeurs aurait été se nicher au sein même d'une radio dite du service public, j'ai nommé France Inter. Parmi les nouvelles émissions proposées à l'antenne depuis la rentrée, figure Service Public, animée par Isabelle Giordano et Yves Decaens. Quelle perversion de l'esprit, quelle étrange évolution du sens des mots a pu conduire les responsables de cette émission à l'intituler "service public" alors qu'elle ne traite que de sujets liés à la société de consommation! C'est à dire dans un univers économique, dans une logique philosophique à l'opposé même de la notion de service public. Et le pire, c'est que sur le site de l'émission, ils insistent! Dans la rubrique de présentation de l'émission, on peut lire : "Service public: comme son nom l'indique...".

Est-ce maladroit, innocent, calculé, révélateur ou simplement stupide? Je laisse la question en suspend.

01/12/2006

Affaire Redeker: y a t-il eu manipulation?

J'avais mentionné sur ce blog "l'affaire Redeker" dans un billet où je défendais la liberté d'expression, quelle que soit la qualité même de cette expression. Or il se trouve que j'ai reçu il y a quelques jours un texte signé d'un certain Jacques Richaud (si quelqu'un sait qui il est, cela m'intéresse, j'aime bien savoir qui parle et "d'où il parle"), texte troublant qui s'intitule ni plus ni moins "Protocole des fous de Sion - Affaire Robert Redeker : il n'y a jamais eu de fatwa! (Chronique d'une islamophobisation des esprits)".

Ce texte, dans sa première partie du moins, reprend la chronologie des premiers jours qui ont suivi la parution de la tribune de Redeker dans le Figaro et démonte en particulier l'argument d'une soit-disante fatwa prononcée par le cheikh Al-Qardawi sur l'antenne d'Al-jazeera. L'écoute de l'émission en question montre que ce dernier n'a ni prononcé le nom de Redeker, et encore moins prononcé une quelconque fatwa à son égard. Or cette "fatwa" a effectivement été un point central du mouvement de protestation qui a suivi les menaces reçues par Redeker. A propos de ces menaces, au jour d'aujourd'hui, sauf information contraire, il semblerait que les enquêtes menées par les services français n'aient débouché que sur une seule interpellation sur le territoire français.

L 'auteur de ce texte conclut donc à une manipulation médiatique ayant pour objet d'entretenir une phobie de l'Islam dans son ensemble et visant à préparer l'opinion publique à la troisième guerre de l'Occident rassemblé autour de Bush contre l'Iran (après l'Afghanistan et l'Irak). Selon lui, tout cela n'a pour objet que de valider a posteriori la thèse du choc des civilisations en stigmatisant l'Islam dans son ensemble et en soudant artificiellement l'Occident soi disant progressiste. Rien que cela!

Ce qui me gêne le plus dans ce texte, ce n'est pas tant l'accusation de manipulation médiatique que le fait que l'auteur accuse sans dénommer explicitement qui seraient les manipulateurs. Autant les faits sont précis, autant les accusations restent dans l'ellipse, dans le sous-entendu, dans le non-dit, dans le "vous voyez bien de qui je parle". Et ce d'autant plus que je reste assez imperméable au concept même d'islamophobie, ou en tout cas, à son assimilation à un racisme (et en cela en total désaccord avec la ligne prise par le MRAP et surtout son secrétaire Mouloud Aounit, depuis quelques années).

Robert Redeker semble aujourd'hui réapparaître publiquement, même s'il est toujours sous protection policière. Il a été contraint de déménager. Les menaces semblent s'éloigner un peu.

Y a t-il eu manipulation médiatique dans cette affaire? Et par qui? Il est en tout cas fort probable que tout cela a très largement dépassé Robert Redeker lui-même, et que son texte n'aura été qu'un prétexte, un peu comme les caricatures (où là, la manipulation a été démonté dans un ouvrage récent), qu'un lieu de cristallisation d'un jeu qui le dépasse, entre intégristes et progressistes, et ce au niveau mondial.

PS: Je tiens à disposition de ceux que cela intéresse le texte objet de ce billet. Laissez votre adresse mail en commentaire.
PS2: Pour prolonger le débat, la page wikipedia sur Robert Redeker, un billet très intéressant de Catherine Kintzler sur le soutien sans réserve, ou encore les précisions de Caroline Fourest sur l'usage du mot fatwa.