Liberté - Egalité - Fraternité : travaux pratiques dans les télécoms
Le tryptique républicain qui orne le fronton de nos mairies a souvent quelque chose d'un peu théorique, surtout en ces temps où l'on parle bien plus de liberté que d'égalité, et encore moins de fraternité. Et pourtant, comme je l'avais déjà indiqué au sujet de la carte scolaire, qui illustre à mon sens une application concrète de l'équilibre nécessaire entre ces trois notions, équilibre au fondement même de la conception française de la République, il existe, ou il pourrait exister, bien d'autres exemple très concrets de ces principes qui n'ont pas qu'une vertu symbolique ou utopique.
Prenons l'exemple des télécoms. Une discussion s'était engagée sous un de mes précédents billets et l'un des commentateurs notait que sans la libéralisation du marché, et donc la liberté de choix pour le consommateur, et donc la pression concurrentielle que celle-ci impose aux différents acteurs, et donc la nécessité d'innovations et de baisse des prix qu'elle engendre, il ne disposerait pas aujourd'hui d'un accès Internet avec la téléphonie illimitée et un bouquet de chaine TV pour 30 euros par mois. Ce à quoi je lui répliquais que, moi, aujourd'hui, je n'avais tout simplement pas accès à ce type d'offre, qui était réservée aux habitants des grandes métropoles.
L'approche libérale permet certes la liberté de choix du consommateur... à la condition qu'il ait accès à cette liberté de choix! En survalorisant la liberté au détriment de l'égalité, la libéralisation conduit ainsi à une forte discrimination entre les consommateurs, pas simplement monétaire.
Quelle aurait été une approche plus conforme à la devise républicaine, une approche de service public pourrait-on dire?
Le premier point aurait été d'assurer l'égalité d'accès de l'ensemble des citoyens aux infrastructures à haut débit. J'entends déjà la première objection qui m'a d'ailleurs déjà été souvent opposé: mais c'est impossible, cela aurait couté bien trop cher! Ah bon? Et bien faisons la somme de l'ensemble des investissements en infrastructure réalisé par France Telecom mais aussi par ses concurrents depuis l'ouverture du marché à la concurrence, dont un certain nombre ont eu pour conséquence de doubler, voire de tripler des infrastructures déjà existantes. Je vous assure qu'alors, on aurait pu trouver bien assez d'argent pour financer l'extension du réseau afin de couvrir non pas 50% ou 85% (tout dépend du débit que l'on considère) des lignes mais bien pas loin de 98%. La condition à cela aurait été de séparer l'infrastructure, qui aurait continué à être développée selon une logique de service public, et les services, qui auraient été soumis à la concurrence. C'est d'ailleurs la voie qui a été choisi pour le réseau électrique, avec la filialisation de la partie réseau de transport d'EDF, RTE. Au milieu des années 90, on aurait tout à fait pu faire de même pour le réseau de télécommunications. Une autre voie a été choisie. La conséquence de cela est qu'aujourd'hui, certaines collectivités territoriales investissent massivement pour compléter la couverture en haut débit sur leur territoire: déjà plus de 600 millions d'euros pour un peu plus d'une trentaine de réseaux. Et une nouvelle inégalité en perspective entre citoyens puisque toutes les collectivités ne se sont pas engagées dans cette voie.
Le second point aurait été, à partir de cette infrastructure publique, de maintenir une péréquation tarifaire sur le tarif d'accès au réseau de façon à avoir le même tarif d'accès en tout endroit du territoire, quel qu'en soit le coût. Application du principe de fraternité, ou si l'on préfère, de solidarité.
Alors, certes, un parisien aurait peut-être payé son accès à haut débit 30 euros hors services associés. Mais moi aussi, dans ma vallée ariégeoise, j'aurais payé 30 euros et j'aurais eu accès aux mêmes services. C'est aussi cela, la différence entre Libéralisme et République.








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