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30/11/2006

Liberté - Egalité - Fraternité : travaux pratiques dans les télécoms

Le tryptique républicain qui orne le fronton de nos mairies a souvent quelque chose d'un peu théorique, surtout en ces temps où l'on parle bien plus de liberté que d'égalité, et encore moins de fraternité. Et pourtant, comme je l'avais déjà indiqué au sujet de la carte scolaire, qui illustre à mon sens une application concrète de l'équilibre nécessaire entre ces trois notions, équilibre au fondement même de la conception française de la République, il existe, ou il pourrait exister, bien d'autres exemple très concrets de ces principes qui n'ont pas qu'une vertu symbolique ou utopique.

Prenons l'exemple des télécoms. Une discussion s'était engagée sous un de mes précédents billets et l'un des commentateurs notait que sans la libéralisation du marché, et donc la liberté de choix pour le consommateur, et donc la pression concurrentielle que celle-ci impose aux différents acteurs, et donc la nécessité d'innovations et de baisse des prix qu'elle engendre, il ne disposerait pas aujourd'hui d'un accès Internet avec la téléphonie illimitée et un bouquet de chaine TV pour 30 euros par mois. Ce à quoi je lui répliquais que, moi, aujourd'hui, je n'avais tout simplement pas accès à ce type d'offre, qui était réservée aux habitants des grandes métropoles.

L'approche libérale permet certes la liberté de choix du consommateur... à la condition qu'il ait accès à cette liberté de choix! En survalorisant la liberté au détriment de l'égalité, la libéralisation conduit ainsi à une forte discrimination entre les consommateurs, pas simplement monétaire.

Quelle aurait été une approche plus conforme à la devise républicaine, une approche de service public pourrait-on dire?

Le premier point aurait été d'assurer l'égalité d'accès de l'ensemble des citoyens aux infrastructures à haut débit. J'entends déjà la première objection qui m'a d'ailleurs déjà été souvent opposé: mais c'est impossible, cela aurait couté bien trop cher! Ah bon? Et bien faisons la somme de l'ensemble des investissements en infrastructure réalisé par France Telecom mais aussi par ses concurrents depuis l'ouverture du marché à la concurrence, dont un certain nombre ont eu pour conséquence de doubler, voire de tripler des infrastructures déjà existantes. Je vous assure qu'alors, on aurait pu trouver bien assez d'argent pour financer l'extension du réseau afin de couvrir non pas 50% ou 85% (tout dépend du débit que l'on considère) des lignes mais bien pas loin de 98%. La condition à cela aurait été de séparer l'infrastructure, qui aurait continué à être développée selon une logique de service public, et les services, qui auraient été soumis à la concurrence. C'est d'ailleurs la voie qui a été choisi pour le réseau électrique, avec la filialisation de la partie réseau de transport d'EDF, RTE. Au milieu des années 90, on aurait tout à fait pu faire de même pour le réseau de télécommunications. Une autre voie a été choisie. La conséquence de cela est qu'aujourd'hui, certaines collectivités territoriales investissent massivement pour compléter la couverture en haut débit sur leur territoire: déjà plus de 600 millions d'euros pour un peu plus d'une trentaine de réseaux. Et une nouvelle inégalité en perspective entre citoyens puisque toutes les collectivités ne se sont pas engagées dans cette voie.

Le second point aurait été, à partir de cette infrastructure publique, de maintenir une péréquation tarifaire sur le tarif d'accès au réseau de façon à avoir le même tarif d'accès en tout endroit du territoire, quel qu'en soit le coût. Application du principe de fraternité, ou si l'on préfère, de solidarité.

Alors, certes, un parisien aurait peut-être payé son accès à haut débit 30 euros hors services associés. Mais moi aussi, dans ma vallée ariégeoise, j'aurais payé 30 euros et j'aurais eu accès aux mêmes services. C'est aussi cela, la différence entre Libéralisme et République.

23/11/2006

Question ouverte

Lorsque la guerre en Irak aura fait autant de morts que sous le règne de Saddam Hussein, qui assoira t-on sur le banc des accusés?

18/11/2006

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C'est bien ça, le principe d'Internet, faire des liens...

J'avais oublié de vous inviter à lire mes deux dernières contributions à l'Agora de Marianne en ligne : "Alors comme ça, moi aussi, je pourrais peut-être gagner au loto présidentiel ?", quelque chose autour du tirage au sort, et "Dis papa, pourquoi ils ne battent jamais en retraite les hommes politiques ?", quelque chose autour du Che, encore lui!

Et sinon? Ben sinon, Ségolène sera la candidate du PS en avril prochain, et je n'ai strictement rien à en dire...

15/11/2006

"Même mort, je reviens"

Comment pouvais-je rester muet suite à l'annonce de la candidature de Jean-Pierre Chevènement?

Puisque le Che a fait son coming-out de candidat, à mon tour de faire le mien (ce qui au passage éclairera sans doute quelques uns de mes lecteurs fidèles sur le sens de certains de mes billets): il se trouve que j'ai été assez fortement impliqué dans la campagne présidentielle de Chevènement en 2002. En fait, je devrais dire, la campagne du Pôle Républicain, pour être plus précis. Ce point a son importance pour la suite de mon "analyse". Je m'estime donc relativement bien placé pour porter un regard critique et informé sur cette nouvelle candidature.

Cette candidature ne me surprend pas en fait. Les observateurs avisés la sentait venir depuis plusieurs semaines, sinon quelques mois. Et elle me surprend d'autant moins que, sur le fond, elle me semble légitime, tout autant qu'en 2002. L'espace politique que revendique, et qu'incarne Chevènement, n'est toujours pas occupé aujourd'hui. En l'état actuel des choses, pour ne prendre que ma modeste personne, je serais bien en mal de choisir quel bulletin mettre dans l'urne au premier tour. En avril 2002, Chevènement a rassemblé un peu plus de 5% des suffrages, après s'être maintenu plusieurs semaines au dessus des 10%. Le premier sondage sorti après l'annonce de sa candidature le crédite déjà, sans qu'il n'ait encore rien dit, de 3 à 4%. Il a donc clairement un réservoir de voix et un espace, pour l'instant faible, mais ni plus ni moins que bien d'autres candidats déclarés depuis belle lurette.

J'ai parcouru son premier discours "programmatique", présenté lundi 13 novembre au théatre Déjazet. Je ne suis pas surpris par sa teneur. Mais je note tout de même qu'il est l'un des seuls à prendre effectivement acte du vote du 29 mai 2005 et à placer dans ses priorités l'Europe: voilà qui devrait en surprendre plus d'un. Lorsque l'on connait le personnage et ses analyses, ce n'est pas étonnant, mais cela met en lumière la vacuité et la superficialité de certains discours d'autres prétendants à la magistrature suprême. Certains ont la carrure d'un chef d'Etat, d'autres celle d'une présidente de Région. Mais peut-être sommes-nous à une époque où l'on gère la France comme une région du monde? Peut-être mais Chevènement ne s'en contente pas. Et je ne lui reprocherais pas.

Et pourtant... Et pourtant je crois qu'il est trop tard. Et je crains le combat de trop, le combat inutile. En 2002, Chevènement a tenté d'inventer quelque chose, un positionnement iconoclaste au delà des lignes de frontière traditionnelles et pour la plupart largement artificielles entre ce que nous avons l'habitude, je dirais presque la paresse intellectuelle, d'appeler la gauche et la droite. Non pas ni gauche ni droite mais construire une autre ligne de partage, que je pourrais résumer entre républicains et libéraux (ou entre républicains et démocrates au sens où l'avait exposé J.P. Brighelli sur son blog), voire entre souverainistes et post-nationalistes (souverainistes au sens attaché à la souveraineté des Nations). Ce positionnement avait conduit à la création d'un mouvement ad-hoc, le Pôle Républicain, qui avait regroupé des citoyens, qui pour nombres d'entre eux, ne se reconnaissaient pas dans les formations politiques actuelles, qui n'avaient bien souvent jamais eu d'engagement politique militant et qui avaient été convaincus par le discours chevènementiste.

On ne rejoue pas deux fois la même partie. Aujourd'hui, plus encore qu'en 2002, les électeurs français sont en attente de renouveau. C'est d'ailleurs, je crois la principale, sinon la seule, qualité de Ségolène Royal, et dans une moindre mesure, de Nicolas Sarkozy. Non pas dans le fond, car comment penser que des personnes qui sont impliquées dans la vie politique française depuis près de 25 ans, en ayant eu des responsabilités parfois importantes, peuvent véritablement incarner une rupture? Mais bel et bien dans la forme. Comme dirait Ségolène Royal, sa différence, elle se voit! Ainsi, quand bien même ses analyses, ses idées et ses propositions seraient légitimes, je crains que le temps ne soit plus au Chevènement. Quand le français vire royaliste, à quoi peut bien servir un républicain?

Alors pourquoi cette candidature? Bien évidemment, Chevènement jure qu'il se présente pour aller jusqu'au bout. Que dire d'autre? Mais j'avance une hypothèse, qui fera peut-être bondir mes amis chevènementistes certes, mais tant pis: et si l'annonce de cette candidature, quelques jours avant le vote interne du PS pour désigner son candidat, n'avait pas pour intention seconde d'influer autant que faire se peut sur les militants socialistes? On a déjà assisté aux appels du pied de Ségolène Royal. Car je crois qu'elle a senti le danger... Chevènement a déjà expliqué qu'il ne pourrait suivre un candidat qui n'aurait pas soutenu le Non au référendum de mai 2005... suivez mon regard. Le seul à l'avoir fait, c'est Fabius. Il y a déjà eu des contacts entre Fabius et Chevènement durant l'été. En gros, le message subliminal aux militants PS est celui-là: si c'est vous désignez Royal, vous prenez le risque d'avoir Chevènement dans les pattes au premier tour; si vous désignez Fabius, les jeux restent ouverts pour une alliance.

Quoi qu'il en soit, je suivrai avec une grande attention la campagne chevènementiste... mais de loin! Je ne suis pas mort, mais je ne reviendrais pas pour autant dans les pas du Che.