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25/10/2006

Votre serviteur au service de Marianne

Juste une petite brève pour recommander vivement à mes fidèles lecteurs, et aux autres moins fidèles (mais leur pêché est tout pardonné), une nouvelle lecture, un nouvel espace de débat et de partage auquel j'ai eu l'honneur d'être convié, ainsi que dix neuf autres "personnalités" (je mets des guillemets à personnalité car le mot me semble un peu exagéré, en tout cas pour ma modeste personne): l'Agora de Marianne2007.info.

Le site de la rédaction de l'hebdomadaire Marianne consacré à la campagne présidentielle de 2007 a ainsi ouvert un espace à une vingtaine de citoyens plus ou moins reconnus (allez, quand même on y retrouve une icône du Non de 2005, un candidat à l'élection présidentielle si, si! un adepte de la semaine de quatre jours, un autre des modèles scandinaves, le directeur d'un Institut influent, un conjoncturiste, et un professeur d'économie cultureux) qui viendront alimenter le débat de leur réflexions et analyses toutes personnelles.

Je vous laisse y découvrir ma première contribution, ayant monnayé une très forte rémunération en contre partie de l'exclusivité de ma prose! N'oubliez pas cependant de revenir me voir de temps en temps!

23/10/2006

Les malentendus de la libéralisation

La principale justification à l'ouverture à la concurrence de marchés auparavant sous monopole (le plus souvent public) est bien souvent la baisse des prix que cette libéralisation doit mécaniquement provoquer. C'est en tout cas ce que croit entendre le futur consommateur ex-usager, lequel se frotte déjà les mains à l'idée d'économiser quelques sous sur sa facture d'électricité, de téléphone ou sur son billet de train... Et c'est bien également le discours tenu par nombres de politiques et quelques "économistes" pour vendre la dite libéralisation à ce bon peuple de consommateurs alléché par les "demain on rase gratis" et autres promesses de "grand soir" consumériste.

J'ai déjà évoqué dans ce précédent billet la douloureuse réalité à laquelle cette promesse non tenue pouvait conduire dans le secteur de l'électricité. Alexandre Delaigue, d'econoclaste, a expliqué bien plus rigoureusement que je ne peux le faire, pourquoi, sur ce secteur particulièrement, il y avait eu "malentendu". J'aimerais prendre un autre exemple, celui du secteur des télécommunications. Car il illustre un apparent paradoxe qui alimente me semble t-il à sa manière le malentendu autour du lien entre libéralisation et évolution des prix.

Il se trouve que, sur le marché des télécoms, et en particulier sur celui de la téléphonie fixe, le prix de la minute de communication a très fortement baissé depuis l'ouverture du marché à la concurrence, en 1998. Et c'est de fait un effet direct de la concurrence sur ce marché, sur lequel l'opérateur historique a perdu le plus de part de marché si on considère les autres segments du marché. Voilà donc bien une illustration qui valide a posteriori l'ouverture du marché à la concurrence.

Or, interrogez n'importe quelle personne et demandez lui si ses dépenses en services de télécommunications ont baissé ces dernières années? Je vous parie qu'elle vous répondra que non. Et donc que l'ouverture à la concurrence ne lui a pas fait faire des économies sur ce poste de dépenses, bien au contraire!

Voilà le double effet kiss cool de la libéralisation sur des services à forte élasticité prix et à fort contenu en innovation de services: le prix baisse mais le budget que vous y consacrez augmente! Et c'est en fait le véritable effet recherché par les acteurs industriels sur ce type de marché: accroitre significativement la taille du gateau à se partager, au bénéfice de tous, mais pas forcément du portefeuille du ménage moyen. De fait le coefficient budgétaire des ménages sur les dépenses en services de télécommunications, qui mesure donc la part du budget familial consacré à ces services sur le budget total, a plus que doublé en 10 ans. Alors qu'en 1995, une famille moyenne ne "consommait" que son abonnement téléphonique (environ 50 francs) et une centaine de francs de consommation, si l'on ajoute aujourd'hui le téléphone, les mobiles (car dans une famille, il y a maintenant pratiquement autant de mobiles que d'individus), l'accès à Internet, le budget dépasse allègrement les 100 euros par mois.

Là encore, le discours focalisé sur la baisse des prix masque l'effet premier de la libéralisation dans de nombreux secteurs, l'innovation de services et la multiplication des offres et donc des sollicitations commerciales auxquelles le consommateur lambda a bien du mal à résister. Les sirènes de la consommation ont un chant bien attrayant, surtout lorsque l'on n'a guère la volonté d'y résister! Et tant pis pour le portefeuille...

06/10/2006

Pourquoi l'idée de Dieu m'est-elle inconcevable?

J'aurais pu écrire le titre de cette note sans le point d'interrogation, mais ma démarche est bien celle d'un questionnement. Alors laissons le point d'interrogation. Pourquoi donc cette question finalement très égocentrée? D'abord parce que, très opportunément, j'ai pu constater que, dès que j'abordais la question divine, mon audience augmentait comme par miracle! Ce qui est un comble pour un non croyant. Mais plus sérieusement, parce qu'elle m'est venue à l'esprit (sic) suite à des discussions récentes (et d'autres un peu moins mais tout aussi enrichissantes) avec des croyants qui me paraissent sincères dans leur démarche (oui, parce qu'il y aussi nombre de croyants qui ne me paraissent pas, mais alors pas du tout sincères...). Et elle est aussi la conséquence de l'écoute ô combien stimulante des conférences de Michel Onfray cet été sur France Culture, dans le cadre de l'université populaire de Caen.

Toutes ces nourritures spirituelles mais profondément terriennes, ont confirmé ce que je pressentais déjà: je suis totalement imperméable à l'idée de Dieu et fondamentalement matérialiste. Au sens premier du terme, Dieu m'est incompréhensible. Je pourrais m'arrêter à ce constat et vaquer à mes occupations bassement matérialistes. Mais une chose est d'en faire le constat, une autre est de comprendre pourquoi et comment certains de mes congénères semblent à même de laisser dans leur vie, dans leur cosmogonie, une place au divin.

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05/10/2006

Les caricatures de Mahomet, Benoît XVI et Redeker : même combat

C'est un fait, en ce début de XXIème siècle, il n'est plus possible, ou du moins, si l'on s'y risque les dangers sont grands, de jeter un regard critique, qu'il soit mesuré, ironique, sarcastique et plus encore véhément, sur une religion. La liberté d'expression, immense conquête de nos démocraties occidentales, devrait s'auto-censurer, au prétexte d'un respect du à des croyances particulières. Car là est bien le pire des maux. Qu'une critique choque ceux vers qui elle est destinée et qu'ils s'en émeuvent, rien de moins naturel. Mais que cet émoi se transforme en menace de mort intuiti personae, en émeutes globalisantes, en incendies symboliques ou réels, que cet émoi coupe court à tout débat et provoque, en notre sein même, une sorte d'auto-censure justifiée par un soit-disant nécessaire respect de l'autre, cet autre qui ne me respecte pas, voilà bien le danger le plus grand pour la liberté d'expression. Doit-on être tolérant avec les intolérants? Tarte à la crème philosophique pour adolescent bachoteur, mais qui trouve toute son actualité ces jours derniers.

Doit-on se taire parce que quelque part dans ce monde globalisé, où tout message est transmis et diffusé à la vitesse électronique, avec pertes en lignes et manipulations du signal qu'autorisent l'instantanéité du média, quelques fous de Dieu, qu'il s'appelle Allah aujourd'hui ou Jésus hier, instrumentalisent vos propos à des fins de combats politiques internes à leur propre pays.

Car ne nous y trompons pas, au-delà des discours islamistes sur leur volonté d'étendre l'empire de l'Islam sur toute la planète, ce qui se joue aujourd'hui beaucoup plus prosaïquement c'est la prise de pouvoir de ces fous de Dieu dans leur propre pays respectif, que ce soit en Iran, en Irak, en Egypte, en Algérie, en Jordanie, au Soudan et ailleurs dans le monde musulman. Les premières victimes, ce sont les démocrates et les progressistes, qu'ils soient musulmans, chrétiens, juifs ou encore athés, de ces pays. Ces réactions épidermiques et manipulées n'ont d'autres buts que de souder artificiellement contre les valeurs occidentales, les populations de ces pays derrière la vulgate islamiste (et en cela, l'action de l'administration Bush est leur plus efficace allié objectif).

L'affaire des caricatures, admirablement démontée par Mohamed Sifaoui dans son dernier ouvrage, a été le premier révélateur de ce phénomène. Benoit XVI en a été l'une des victimes. Robert Redeker est la dernière cible de ces empêcheurs de penser librement.

Se taire serait avouer notre soumission. Le délit de blasphème n'existe plus en France (contrairement à d'autres pays européens). C'est certainement l'une de nos libertés les plus chères, mais aussi l'une des plus fragiles. Il faudra bien que ceux qui s'en offusquent, faute de le comprendre, s'en accomodent. Car tout retour en arrière serait mortifère pour la liberté d'expression en général.

04/10/2006

L'Education à la carte?

Ainsi donc, voilà le nouveau leitmotiv en matière d'éducation, leitmotiv partagé par les deux favoris des sondages et chouchous des médias (sans aucune corrélation aucune), de droite comme de gauche : offrir aux parents la liberté de choix dans l'offre éducative qui leur est proposée. Et cette question se cristallise autour d'un thème la suppression pour l'un, l'assouplissement pour l'autre, de la carte scolaire.

Sur la forme, il est quand même assez étonnant que ce débat, qui ne concerne in fine, il est bon de le rappeler, qu'une minorité de parents (mais une minorité agissante, essentiellement classe moyenne supérieure), disons autour de 20%, prenne autant de place et justifie des mesures radicales telle la suppression de la dite carte scolaire, au profit quasi exclusif de cette même minorité (qui disposera effectivement seule des moyens économiques lui permettant de concrétiser cette pseudo liberté de choix). Comme le faisait remarquer mon ami Max lors d'une récente livraison d'Esprit public, c'est un peu comme si, sous prétexte qu'une minorité viole une règle (tiens par hasard consomme de la cocaïne), il fallait abolir la règle. A croire que cette minorité (dont nombre d'enseignants, ce qui n'est pas forcément à leur honneur sur ce coup là) ne supporte plus le sentiment de culpabilité qui doit l'envahir devant les subterfuges plus ou moins légaux qu'elle est contrainte de mettre en oeuvre pour contourner cette maudite carte scolaire et offrir enfin à sa progéniture chérie l'éducation qu'elle mérite.

Et cette focalisation du débat sur la carte scolaire a par ailleurs l'immense avantage d'évacuer à peu de frais le débat sur le pourquoi de cette situation, comme le souligne bien J.P. Brughelli dans sa dernière note, à savoir les questions pédagogiques. Comme bien souvent aujourd'hui, le politique traite les conséquences au lieu de s'attaquer aux causes et pense régler les problèmes en supprimant ce qui les révèlent.

Mais cette question de la carte scolaire et surtout le débat autour de la pseudo liberté de choix qu'il soulève montre à quel point il y a, me semble t-il, incompréhension autour de la finalité et de la fonction républicaine de l'école publique. Incompréhension ou négation, c'est selon.

Le billet, au demeurant fort intéressant et instructif, de notre ami communard (non décidément, en souvenir des véritables communards et des idéaux pour lesquels ils se battirent alors, je ne peux nous nommer communards) économiste Alexandre Delaigue sur econoclaste, m'offre l'occasion de m'inscrire en totale opposition avec l'approche économique (mais peut-on le lui reprocher) développée dans son analyse. Tout simplement parce que le présupposé de son raisonnement me dérange (doux euphémisme). Non, l'éducation n'est pas une brosse à dent. L'éducation n'est pas un bien de consommation courante. L'élève n'est pas un consommateur d'éducation et les parents ne font pas leur marché dans le grand bazar éducatif. Et c'est tant mieux.

Faut-il rappeler que l'éducation est obligatoire (nous parlons bien ici de la formation initiale). Et qu'elle est obligatoire non pas parce que les parents le veulent. Mais parce que la République a besoin de citoyens éclairés, et donc instruits, pour vivre. Telle est historiquement la mission dévolue à l'instruction publique laïque (il faudrait un peu plus souvent revenir, comme on dit au rugby, aux fondamentaux). au passage, le glissement de l'Instruction Publique à l'Education Nationale mériterait un billet à part entière. D'ailleurs, les hussards de la troisième République ont souvent du se battre pour scolariser les enfants, et convaincre les parents, qui trouvaient que leur progéniture était bien plus utile aux champs qu'en classe, de leur laisser leurs chères petites têtes blondes. Dans de nombreux pays sous-développés, cette bataille pour "arracher" les enfants à leurs parents, pour en faire des écoliers et non plus des "travailleurs", est encore à gagner. Ainsi, l'école, avant d'être un droit, est un devoir. Voilà qui devrait suffir à la distinguer d'un produit de consommation courante.

Mais ce n'est pas tout. L'école républicaine s'est donnée une seconde ambition, celle de l'égalité. Aujourd'hui, sous prétexte d'inégalités scolaires très localisées qui ne sont souvent que le reflet d'inégalités sociales profondes que l'école ne peut régler seule, on veut sacrifier l'égalité sur l'autel d'une pseudo liberté de choix. Alors, allons au bout de la logique. C'est ainsi très naturellement que déboulent dans la brèche ouverte, les questions de l'autonomie des établissements, du recrutement des professeurs par les chefs d'établissement, de l'évaluation des professeurs. Car la liberté de choix ne se justifie que si l'on peut choisir mieux. Quels sont les critères qui permettront au chef d'établissement de recruter les meilleurs enseignants? Car si l'évaluation des élèves est un sujet pédagogique à part entière, celle des enseignants l'est tout autant sinon plus encore. C'est quoi un bon enseignant? Celui qui atteint 95% de réussite au bac à Henri IV ou celui qui atteint 50% au brevet dans un collège de ZEP de banlieue avec 40 élèves et une quinzaine de nationalités d'origine des parents différentes? Et que fait-on des "mauvais" enseignants? On les met à la porte? Où on les regroupe dans des établissements de seconde zone? Qui bien évidemment seront choisis par des parents qui...n'auront pas le choix.

L'égalité de tous les citoyens devant l'école s'est effectivement sans doute traduite par un certain nivellement du niveau des établissements. C'est à dire qu'il y a peu de très bons établissements et de très mauvais mais une immense majorité d'établissements "moyens", dans lesquels on trouve côté à côté de "bons" enseignants et de "moins" bons. Sur toute une scolarité, il me semble relativement rare, sinon impossible de n'avoir que de "mauvais" profs. Bien sûr, nous avons tous en mémoire dans notre parcours tel ou tel prof dont on se demandait franchement ce qu'il faisait derrière son bureau. Mais est-ce qu'un seul prof ou même deux ou trois sur 15 années de scolarité suffit à expliquer un échec ou, à l'inverse une réussite scolaire? En matière éducative plus qu'ailleurs, l'expérience personnelle vient bien trop souvent parasiter le débat de fond. Elle façonne sinon déforme l'approche globale du problème. Et les exemples et anecdotes multipliés à l'infini ne valent que pour ceux qu'ils représentent, une expérience personnelle.

L'égalité voulue par l'école de la République, et que traduit le fait que les profs sont nommés dans un mouvement national garant d'une certaine homogénéité dans l'ensemble des établissements publics au niveau national, et non choisis par des chefs d'établissements - chefs d'entreprises, sur des critères d'excellence que j'attends toujours que l'on me précise, assure que tout élève, sur l'ensemble de sa scolarité, reçoit un enseignement à peu près identique où qu'il étudie sur le territoire (égalité renforcée par l'unicité des programmes scolaires).

Dernière tarte à la crème dans ce débat finalement profondément idéologique (comme toujours maquillé sous le vocable moderniste par excellence de pragmatique), la désormais traditionnelle référence à des modèles extérieurs, et en particulier sur les questions d'éducation, au fameux modèle finnois (comme il y a par ailleurs le tout aussi fameux modèle anglais quant à la question du traitement du chômage). Juste une question: quelle est l'hétérogénéité (ou plutôt dans ce cas l'homogénéité) sociale et culturelle des classes finlandaises? Si l'on veut comparer, encore faut-il le faire, comme on dit en économie, toutes choses égales par ailleurs, n'est-ce pas? Alors comparons les résultats des écoliers finlandais avec ceux d'écoles ou de collèges où les élèves sont une vingtaine par classe et où la composition socio-culturelle est comparable. Et on en reparle après.