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15/09/2006

Comme au cinéma

Etre et avoir. Vous vous souvenez, ce documentaire lumineux de Nicolas Philibert qui avait connu un succès étonnant en salle à l'automne 2002. Sa classe unique, à la campagne. Ses Jojo, Marie, Olivier, Nathalie et tous les autres. Son instituteur, Georges Lopez, cet instituteur qui était plus qu'un instituteur. Ses moments de bonheur, de douleurs et d'émotions quotidiennes. Et bien voilà, ce n'est pas que du cinéma. Lundi 4 septembre dernier, nous avons amené notre petit homme (qui deviendra grand, un jour), deux ans et deux mois, à sa première rentrée scolaire, à notre première rentrée. Et cette rentrée a eu lieu dans une petite école maternelle-primaire: deux classes pour 31 élèves. Oui, oui, chers lecteurs (et lectrices) parisiano-urbains, vous ne rêvez pas: 31 élèves de la petite section de maternelle au CM2. Deux institutrices (en fait trois car l'une est à mi-temps, l'autre mi-temps étant assuré par un instituteur, notre Georges Lopez à nous) et une assistance maternelle pour toutes ces petites têtes blondes (et quelques brunes...).

C'était pas gagné. En fait, jusqu'à vendredi dernier, l'un des postes étaient en sursis, suspendu au glaive d'un inspecteur d'académie que nous espérions plus pédagogue que gestionnaire. Et le miracle a eu lieu. Dans le département, rural et peu peuplé, mais avec un solde démographique plutôt positif ces dernières années, aucune fermeture de classe! Une première depuis des années. Rentrée 2006, dernière rentrée avant les élections de 2007. Sans doute un hasard. Peu importe, pour notre élève préféré et ses trente autres camarades, cette rentrée, c'était un peu comme au cinéma.

04/09/2006

Sarko au Gallo

C'est un cauchemar. Un cauchemar que j'ai fait hier après-midi, pendant la sieste. Ma dernière sieste avant la rentrée. Comme pour prolonger un peu des vacances qui ne sont pourtant déjà plus qu'un doux mais lointain souvenir. Il y avait une foule, une foule nombreuse, de jeunes et de moins jeunes, une foule bleu-blanc-rouge. De la musique, pas toute la musique que j'aime, quoi que... Mais une musique à donner l'envie. L'envie de quoi? D'avoir envie. Envie de quoi? Du pouvoir, certainement, sûrement, indubitablement. Il y avait des poignées de main, des accolades, des sourires, des embrassades et parfois même des étreintes. Et puis il y avait Lui. L'Homme, le Masculin, la Virilité incarnée. Le Combattant, que dis-je, le déjà Vainqueur. Notre futur Président. Il est monté sur la scène comme on monte sur un ring et ils se sont tus, et ils ont écouté. Et j'ai écouté.

Il a parlé de la jeunesse, de la vie, de l'Histoire, de combats et de luttes, de Renaissance, de Révolution et de la Résistance, celle de 1940. Il a cité Jaurès, et Blum, et Ferry (Jules pas Luc) et de Gaulle... et même Jean-Paul II! Il a parlé encore, de la Patrie, de la Nation, de la France, de la fierté, du civisme, de l'amour du drapeau et de celui de l'hymne, la Marseillaise, là-bas à Marseille. Et de la République, de réinventer la République, ni plus ni moins. Il a moqué mai 68 et fustigé le jeunisme de cette génération d'adultes qui ont tout eu et tout gaché. Il a parlé du travail, de sa valeur, de l'effort. Il a loué l'Ecole, l'Autorité, le Savoir, la Culture. Il dit "Liberté, Egalité, Fraternité"... et je me suis réveillé là, en sursaut, presque en sueur.

J'ai foncé dans ma bibliothèque et j'ai parcouru mes dernières lectures: "Le premier sexe", d'Eric Zemmour; "Mémento du républicain" d'André Bellon, Inès Fauconnier, Jérémy Mercier et Henri Pena-Ruiz; "Fier d'être français" de Max Gallo*... J'ai ouvert mon ordinateur et compulsé frénétiquement les discours de Jean-Pierre Chevènement pendant la campagne présidentielle de 2002. J'ai relu ma profession de foi pour les élections législatives de cette même funeste année. Et je me suis assis, atterré: j'avais les mêmes lectures, les mêmes références que l'objet de mon cauchemar. La République incarnée, elle était là, devant mes yeux. En mots du moins. La République abandonnée, délaissée par quelques Royalistes et autres socialistes, elle avait été ramassée, relevée, restaurée par un fils d'aristocrate polonais, maire d'une des communes les plus riches de France, nourri au biberon politique d'un de ses pires serviteurs. Certes, c'était moins pire que d'autres qui s'en réclament aujourd'hui. Mais quel cauchemar! Ainsi donc, je me retrouve Sarkozyste à mon corps (et coeur) défendant.

Non, il doit y avoir une explication, une solution. Il me reste sept mois pour trouver la clé de ce mystère, pour démystifier l'imposteur. Car sinon, le réveil sera brutal. Pour moi, mais je suis bien peu de choses, mais surtout pour la République. Marianne, méfie-toi, cet amant est un menteur.


*pour ceux qui l'auraient oublié, Max Gallo fut porte-parole du gouvernement de Pierre Mauroy avec comme directeur de cabinet un certain François Hollande, fondateur du Mouvement des Citoyens avec Jean-Pierre Chevènement et animateur du Pôle Républicain en 2002. Il serait devenu aujourd'hui un "sarkozyste de gauche". Nul doute, en écoutant le discours de Sarkozy hier, qu'il est très certainement également une de ses plumes. Et pas la moins agile.