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30/08/2006

Très chère électricité

On parle beaucoup du prix du pétrole et du gaz ces derniers temps. Mais, curieusement, à la veille du débat parlementaire sur le projet de loi relatif au secteur de l'énergie, qui contient, outre la privatisation de Gaz de France, la transposition des directives européennes pour l'ouverture totale du marché de l'électricité au 1 juillet 2007, on parle beaucoup moins de l'évolution du prix de l'électricité, et plus précisemment de l'évolution des prix sur le marché ouvert à la concurrence.

Et pour cause, cela ferait un peu mauvais effet. Car la fée électricité a eu la mauvaise idée de s'orienter fortement à la hausse ces derniers mois, provoquant d'ailleurs des réactions qui prêteraient à sourire si le sujet n'était pas si emblématique du carcan idéologique dans lequel la Commission Européenne et derrière elle le gouvernement actuel sont enfermés dès que l'on parle de libéralisation. Ainsi, on a entendu des chefs d'entreprises, qui quelques années auparavant, étaient montés au créneau pour réclamer la fin du monopole d'EDF, espérant bien, comme dans les télécoms, profiter largement de baisses de prix significatives, on a donc entendu, ces mêmes entrepreneurs, réclamer le retour à des prix régulés. Il faut dire qu'au lieu des baisses tant attendues, la hausse dépasse les 50%! Mauvaise surprise pour les thuriféraires de l'ouverture des marchés. Ce n'est pourtant pas faute de les avoir prévenus. Je me souviens de discussions animées à l'époque sur certains blogs plutôt libéraux, où je m'acharnais, sans succès, à tenter d'expliquer les spécificités de l'électricité, les enseignements que l'on pouvait déjà tirer d'autres pays ayant libéralisé leurs marchés. En vain.

Mais l'expérience de ces deux années ne découragent pourtant pas ni le gouvernement, ni même certaines têtes pensantes (?) libérales, tel l'inénarrable Pascal Salin, qui, en juin dernier dans les Echos, vantait encore le mérite de l'ouverture à la concurrence de ce qu'il appelait avec des guillemets, car le mot est sans doute trop douloureux à écrire pour lui, les services publics : "...on a découvert que les activités de réseau - souvent appelées « services publics » - pouvaient aussi être privatisées et que le consommateur bénéficiait ainsi de prix plus bas et de services meilleurs. On le constate aujourd'hui aussi bien dans les services de télécommunication que dans l'énergie ou le transport aérien.".

Il y a d'ailleurs, y compris chez M. Salin, une énorme confusion lorsque l'on parle de libéralisation, ou pire encore de dérégulation, des activités de réseau. En effet, l'ouverture à la concurrence des activités de réseau implique une régulation bien plus importante de l'ensemble des acteurs et surtout du détenteur du monopole dit naturel que dans la situation antérieure (offreur en monopole). On est là à mille lieux d'un marché libre. C'est au contraire, un marché très fortement contraint par toute une série de règles qui organise la concurrence entre les acteurs. On est, en caricaturant à peine, en régime de concurrence encadrée et totalement faussée si l'on peut dire. Il n'y a qu'à prendre l'exemple des télécoms. Et en particulier du réseau fixe, où il existe un monopole naturel sur l'accès à l'abonné, ce que l'on appelle la boucle locale. Pourquoi parle t-on de monopole naturel? Parce qu'on imagine assez aisément qu'il serait totalement inéconomique de dupliquer le réseau téléphonique de 34 millions de lignes de France Télécom. Cette notion de monopole naturel est évolutive. Il peut y avoir émergence de solutions techniques alternatives (par exemple des accès sans fil ou par téléphone mobile) qui permettent à des acteurs tiers de proposer un service équivalent au consommateur final sans utiliser cette ressource essentielle qu'est le réseau fixe. Ces notions sont à la base de toute la théorie économique de la régulation des industries de réseaux.

Sur ces marchés fortement régulés, les prix sont tout sauf libres. Y compris pour les nouveaux entrants. Il y a parfois régulation directe des prix de détails, ou régulation par les prix de gros, qui bornent alors le prix de détail. C'est typiquement le cas des télécoms. Si les prix ont baissé dans le secteur de la téléphonie ou de l'accès à Internet, ce n'est pas par la magie du marché mais par une régulation tarifaire forte du régulateur (en l'occurence l'ARCEP) sur l'accès par les opérateurs concurrents de France Telecom à la boucle locale. Et si les prix n'ont pas baissé tant que cela sur les mobiles, malgré trois opérateurs théoriquement en concurrence, c'est parce que justement, le régulateur s'est assez peu préoccupé du marché du mobile durant les six ou sept premières années de libéralisation du marché (c'est en train de changer).

Au contraire, sur le marché de l'électricité, les acteurs ont mis en place des marchés boursiers électriques (PowerNext en France) et ont laissé "jouer" le marché. Avec le succès que l'on voit aujourd'hui.

Reste à savoir si un marché ouvert mais très fortement régulé est plus efficient pour le consommateur qu'un marché en monopole public sur des secteurs naturellement monopolistiques comme les industries de réseau (bien évidemment, quitte à avoir un monopole, je préfère qu'il soit public plutôt que privé). Il serait intéressant d'étudier plus avant la question, au-delà de toute idéologie.

29/08/2006

A ne pas en croire... ses oreilles

Bon, ce n'est un secret pour personne, du moins personne qui fréquente un tant soit peu ce blog: je ne suis guère croyant. Etant cependant de nature curieuse, je ne m'interdis pas de prêter parfois une oreille attentive, à défaut de compréhensive, aux paroles de ceux qui ont la foi, comme en témoignent certaines discussions en commentaires de quelques notes ici ou . Cette curiosité "oecuménique" m'a conduit ce dimanche matin à laisser allumé le poste de radio sur France Culture après 10h (oui parce qu'avant, il y a une émission intitulée "Divers aspects de la pensée contemporaine", émission qui, disons, correspond plus à mes options spirituelles). Miracle du service public, après une petite demie-heure de Libre pensée, nous enchaînons donc sur la messe, en direct depuis l'Eglise Saint Pierre de Toucy, charmante petite bourgade de l'Yonne.

A 10 heures 19 très précisement, le père Alain Carron de la Carrière livre à ses ouailles rassemblées en ce lieu saint, et à moi-même, en communion involontaire par les hasards des diffusions radiophoniques, cet extrait de l'Epître aux Ephésiens de Saint Paul à méditer. Je cite (mais vous pouvez également consulter le lien suivant pour une autre traduction, Epître 5 §22-31):

"Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres
Les femmes à leurs maris
, comme au Seigneur Jésus
Car pour la femme, le mari est la tête
Tout comme pour l'Eglise, le Christ est la tête
Lui qui est le Sauveur de son corps
Et bien si l'Eglise se soumet au Christ
Qu'il en soit toujours de même pour les femmes à l'égard de leurs maris

Vous les hommes, aimez votre femme à l'exemple du Christ
Il a aimé l'Eglise, il s'est livré pour elle
Il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la parole de vie
Il voulait se la présenter à lui-même cette Eglise, resplendissante, sans tâche ni ride ni aucun défaut
Il la voulait sainte et irréprochable
C'est comme cela que le mari doit aimer sa femme..."

Afin de vous faciliter la méditation, j'ai pris la liberté de souligner en gras les points importants. Je tiens à vous rappeler que cette messe a eu lieu, quelque part en France, au début de ce siècle, soit plus de vingt siècles après la supposée mort du Christ, par un beau dimanche d'été finissant...

19/08/2006

Assiette anglaise

J'avais dans l'idée de profiter de ces moments de vacances pour me laisser aller à quelques notes sur des sujets qui me tenaient à coeur depuis pas mal de temps. Las, décidemment, les vacances, c'est pas ce qu'on croit. Même pas le temps de se mettre devant un écran pour poser quelques mots. Ou peut être pas l'humeur, pas l'envie, pas le besoin. Bref, voici les quelques sujets auxquels vous avez échappé, en tout cas momentanément, sous la forme d'une assiette anglaise, en hommage à Bernard Rapp, l'une des personnes les plus attachantes du petit écran ces vingt dernières années, disparu cette semaine des suites d'une longue maladie, selon la formule désormais consacrée pour parler du cancer.

Sarkozy ou l'Etat c'est moi

Non, je n'ai pas lu le faux best-seller de l'été (l'UMP a été contraint d'en acheter 40 000 (EDIT : après vérification, ce ne serait que 9000, sur 118 000 vendus) exemplaires pour soutenir les ventes quelque peu en deça des espérances de notre futur président de la République). J'avais des lectures plus intéressantes. Mais il se trouve que le présumé auteur de cet opuscule auto-promotionnel est venu faire une rapide escapade non loin de mon lieu de villégiature. En une journée, le petit Nicolas a assumé trois rôles: celui de ministre de l'Intérieur, pour une visite officielle, celui de président de l'UMP pour un meeting, et celui d'écrivain pour une séance de dédicace. Cela frise le dédoublement, que dis-je le détriplement de personnalité. Mais cela relève surtout de la confusion des genres et de l'accaparement des moyens de la puissance publique aux seuls fins de la promotion et de l'ambition personnelles d'une seule et même personne. Est-ce que ce type de déplacement, payé par les deniers publics, sera pris en compte dans les comptes de campagne du futur candidat?

Hollande ou la démocratie castrée

Ainsi donc, le premier secrétaire du PS aurait-il interdit aux élus PS de parrainer des candidats d'autres formations politiques, qui pourraient porter ombrage, le temps venu, au candidat du Parti. Certains s'en contentent, d'autres s'en étonnent. Faisant plutôt partie des seconds, je me bornerai (non, je ne parlerai même pas du concept anti-démocratique de vote utile) à rappeler à notre ami hollandais que le PS a déjà joué ce petit jeu en 2002, mais dans l'autre sens: le PS avait encouragé la candidature de Taubira pour "piquer" des voix à Chevènement, et de Besancenot pour mettre des batons rouges dans les roues déjà voilées du barbu de la place du Colonel Fabian. Avec le résultat que l'on connait. Si c'est la seule leçon que le PS a retenu d'avril 2002, il risque d'aller aux devants d'une nouvelle déconvenue en 2007. A quand le prochain Mitterrand qui pensera à réaliser l'union de la Gauche avant les élections?

L'homo-economicus ou le parasite terrestre

Il y a tout près de chez moi une carrière de talc. Son exploitation a commencé il y a près de cent ans. C'est un des plus importants gisements au monde, peut-être le premier. Selon les exploitants actuels, il reste environ cent ans de réserve avant l'épuisement du filon. Le talc s'est formé il y a plusieurs centaines de millions d'années, par infiltration d'eau chargée en magnésium et en silice entre deux masses rocheuses, l'une essentiellement composée de micaschistes, l'autre de dolomies. Soit un processus très lent, certainement sur plusieurs millions d'années, comme pour le pétrole. Et l'homme, ce minuscule parasite à l'échelle du temps terrestre, va épuiser cette ressource naturelle que l'on peut considérer comme non renouvelable en deux cents ans au plus. Il n'est guère besoin de se clamer écolo pour comprendre que notre civilisation consommatrice à outrance est une civilisation de parasites, de virus, qui mourra par épuisement de son milieu naturel. Et il me semble qu'à mesure de l'urbanisation croissante d'une majorité de nos concitoyens, cette conscience de la fragilité de notre milieu naturel et de l'impact de l'homme sur la terre s'évanouit dans un écologisme de bobos new age.

Israel ou la guerre sans fin

Israel a perdu la guerre. Sur le terrain, Tsahal n'a pas réussi à atteindre son objectif principal, mettre hors d'état de nuire le Hezbollah. Mais bien plus grave, sa stratégie de bombardements dit ciblés, et son lot de victimes innocentes, lui ont fait perdre la plus grande des batailles, celle de l'opinion et des médias. Les terroristes ismaliques de tout poil n'en ont pas fini de recruter à tour de bras après les images diffusées en boucle des vctimes civiles et du Liban en ruine, pris en otage par un conflit qui le dépasse. Israel va sans doute même réussir à réconcilier les frères ennemis de l'Islam, chiites et sunnites, autour d'un même but commun: sa propre destruction. Répondre à la provocation du Hezbollah était sans doute ce qu'attendaient les marionnettistes syriens et iraniens. L'attitude d'Israel a sans aucun doute été au delà de leurs plus folles espérances. Qui sera le prochain Rabin? Qui saura arrêter la guerre avant de la perdre?

L'homme est une femme comme les autres

Eric Zemmour a écrit un court opuscule réjouissant sur la victoire amère du féminisme et la fin du Masculin dans nos sociétés occidentales. Cela s'appelle "Le premier sexe", évidemment en écho au "deuxième sexe" de Simone de Beauvoir. Son analyse est particulièrement pertinente et fine en ce qui concerne le pouvoir politique et la crise des banlieues. Où comment il faut prendre au premier sens du terme l'expression souvent entendue dans la bouche de certains émeutiers: "je veux niquer la France". Bien évidemment, le politiquement correct et les féministes aux idées courtes du style Chiennes de garde lui sont tombés dessus à bras raccourcis, le traitant de macho et de mysogine (comme Brassens au passage). Raison de plus pour prêter attention à ce propos iconoclaste et décalé qui puise ces sources à l'évènement fondateur du siècle passé, la Première guerre mondiale.

République ou démocratie?

Une de mes fidèles lectrices m'avait interpellé suite à une note de Jean-Paul Brighelli sur la dialectique République versus démocratie. Et sur la possible incompatibilité entre les deux termes ou du moins entre plus de l'une et plus de l'autre. C'est effectivement une question fondamentale à l'heure où il est de bon gout de se déclarer tout à la fois grand démocrate et fondamentalement attaché aux principes républicains. Il me semble que République désigne l'objet du pouvoir tandis que Démocratie s'attache à définir les moyens d'exercice du pouvoir. En ce sens, il peut tout à fait y avoir des républiques non démocratiques et des démocraties non républicaines. La République, c'est la Chose publique. Elle suppose l'existence d'un bien public commun qui transcende tout appartenance particulière. Elle ne voit que des citoyens, libres et égaux en droits, qui vont décider ensemble comment gérer ce bien commun. La Démocratie n'est qu'une modalité d'exercice du pouvoir, littéralement le pouvoir par le peuple. C'est une organisation du pouvoir qui ne préjuge pas de la finalité de celui-ci. La finalité peut être par exemple d'arbitrer entre les intérêts de diverses communautés. Ce qui est à l'opposé de la conception républicaine de la vie publique. L'Irak tente aujourd'hui de construire une démocratie, pas une République. Et c'est bien dommage...

Pour plus de détails, lire absolument le "Mémento du républicain" aux éditions des Mille et une nuits. Et en plus, il ne coute que 2 euros 50!