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27/06/2006

They did it again

Je m'étais tu (ou presque) jusqu'à aujourd'hui, lisant ici ou là combien cette pâle et poussive et veillissante équipe de France était le reflet d'un pays dépassé, nostalgique d'un passé glorieux mais révolu.

Et ce soir, face à la jeunesse espagnole, face au dynamisme ibérique, nous n'allions pas faire illusion plus de quelques minutes (les bookmakers pariaient même sur un but de Fernando Torres entre la 11ème et la 20ème minute).

Et bien voilà, 3-1 pour les papys! Et rendez-vous samedi soir face au Brésil.

Parce que l'on a parlé de la France, mais, avez-vous vu jouer l'Angleterre? Qu'a prouvé l'Italie? Qu'a montré l'Ukraine? Je sais bien qu'avec des si, on mettrait Paris en bouteille, et Chirac au Panthéon, mais imaginez une seconde que l'arbitre ait sifflé le pénalty indiscutable contre les Suisses. Imaginez une seconde que l'arbitre ait accordé le but de Viera contre la Corée du Sud. Imaginez une seconde que le but parfaitement valable de Trézéguet contre le Togo ait été validé. La France finissait première de son groupe avec 9 points. Et les sempiternels déclinologues de café du commerce auraient été bien marris.

Et bien ils le sont aujourd'hui. Quant à moi, il va falloir me mettre à croire aux miracles, mon athéisme vient d'en prendre un coup!

Pour gagner il faut un peu de réussite. Nous en avons eu beaucoup en 1998. Pas encore en 2006. Le vent semble tourner. Allez, comme dirait Max, ce soir, on peut être un peu "fier d'être français".

15/06/2006

Salut l'artiste

DevosComment ne pas rendre un dernier hommage à ce jongleur de mots inimitable, qui vient pour la première et dernière fois, de laisser échapper ses balles imaginaires dans le gouffre sans fond de l'éternité?

J'ai découvert Raymond Devos assez jeune, à l'âge de raison environ, et j'aurais eu l'immense privilège, à plusieurs reprises, de le voir sur scène "de son vivant". Un spectacle de Devos, au delà du plaisir des mots, c'était un long moment de poésie, pendant lequel le mot "artiste" prenait véritablement tout son sens. Car Devos n'était pas simplement un artisan du verbe. C'était également un mime, un musicien, un clown, un jongleur, un conteur... Un conteur qui avait cette faculté rare de nous prendre par la main dans le réel pour nous emmener dans ses mondes improbables et absurdes, où l'émotion et la poésie n'étaient jamais bien loin du rire. Il aura fait prendre conscience à l'enfant que j'étais qu'il n'y a pas de pouvoir plus grand que celui des mots, qui peuvent à eux seuls vous inventer des univers et des vies.

Merci encore.

Et si Pierre Dac disait que la mort était un manque de savoir-vivre, qu'elle ne soit en tout cas pas un manque de savoir-rire. Allez, je vous laisse la parole, Monsieur Devos, pour nous faire méditer encore un peu:

"On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort. C'est difficile de juger. Moi, j'ai longtemps donné raison à tout le monde. Jusqu'au jour où je me suis aperçu que la plupart des gens à qui je donnais raison avaient tort ! Donc, j'avais raison ! Par conséquent, j'avait tort ! Tort de donner raison à des gens qui avaient le tort de croire qu'ils avaient raison. C'est-à-dire que moi qui n'avais pas tort, je n'avais aucune raison de ne pas donner tort à des gens qui prétendaient avoir raison, alors qu'ils avaient tort ! J'ai raison, non ? Puisqu'ils avaient tort ! Et sans raison, encore ! Là, j'insiste, parce que ... moi aussi, il arrive que j'aie tort. Mais quand j'ai tort, j'ai mes raisons, que je ne donne pas. Ce serait reconnaître mes tort !!! J'ai raison, non ? Remarquez ... il m'arrive aussi de donner raison à des gens qui ont raison aussi. Mais, là encore, c'est un tort. C'est comme si je donnais tort à des gens qui ont tort. Il n'y a pas de raison ! En résumé, je crois qu'on a toujours tort d'essayer d'avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu'ils n'ont pas tort !"

14/06/2006

Feu Wanadoo

80pxorangesvgAvez-vous remarqué que le 1er juin avait définitivement vu se tourner la page de la bulle Internet avec l'enterrement de première classe d'une des marques symbole des années folles de "la nouvelle économie", Wanadoo?

France Telecom a en effet procédé à ce que l'on appelle en termes marketing une opération de rebranding puisque les marques Wanadoo, MaLigne TV et Orange sont devenues une seule et même marque, Orange. La mode des marques en "oo" est bel et bien révolue et restera synonyme des années de la bulle Internet. C'est sans doute ce qui a signé l'arrêt de mort de Wanadoo.

Ainsi, Orange devient La marque commerciale du groupe France Telecom, l'ex opérateur public historique n'ayant pas osé aller au bout de la logique de marque unique en supprimant également le nom France Telecom en France (à l'international, seul subsistera par contre Orange). Cette opération veut concrétiser une stratégie d'opérateur intégré. Elle est surtout la conséquence logique d'une analyse de notoriété des différentes marques du groupe. Et elle confirme l'analyse faite par beaucoup d'observateurs du secteur à l'époque du rachat, avec une valorisation parfois qualifiée d'irrationnelle (40 milliards d'euros en 2000), de l'opérateur anglais Orange par France Telecom selon laquelle l'actif le plus important acheté par l'opérateur français à l'époque était justement la marque Orange. C'est en effet une marque assez forte, avec un visuel simplissime (un carré orange) mais efficace, un nom à vocation internationale, une couleur dynamique. On est maintenant bien loin des PTT... et pourtant il y a encore des clients qui appellent le service client de France Telecom en demandant s'ils sont bien aux PTT!

Et pour rire un peu en se moquant de ces chers (car ils se font payer très cher ces consultants!) consultants en marketing, voici une superbe leçon de rebranding (et au passage, une première, puisque c'est la première vidéo sur ce blog, on n'arrête pas le progrès).


Il faut avoir la foi...

Domenechribery... pour rêver encore devant les Bleus.
Il faut avoir la foi, ou s'appeler Domenech, pour espérer retrouver notre équipe de pré-retraités en deuxième semaine en Allemagne.
Il fallait avoir l'aveuglement du croyant pour voir en Ribery le sauveur, le messie, l'élu. Comme prévu, son rendement comme on dit, son impact sur le match, a été moindre que lorsqu'il rentre à la 60ème minute, face à des défenseurs ayant déjà une heure de match dans les jambes. Sans pour autant avoir nullement démérité. Mais pourquoi diable a t-il donné la balle à Henry au lieu de frapper au but?
Il va falloir encore croire aux miracles, allumer des cierges et boire de l'eau de Lourdes, dimanche prochain, face à des Coréens en tête du groupe et qu'un nul peut satisfaire.

Il faut avoir la foi... et je suis désespérément athée.

12/06/2006

La manie des modèles

Je me fends d'une "rapide" note pour prolonger une discussion entamée sous ma précédente note eu égard aux vices et aux vertus de ce qu'il est convenu d'appeler le modèle anglais. Et surtout pour préciser les raisons pour lesquelles je semble m'acharner sur ce pauvre Tony, qui, ceci dit, doit avoir bien d'autres soucis que les critiques somme toute bien inoffensives d'un froggy blogger à l'audience confidentielle.

En fait, les quelques billets dans lesquels j'ai pu livrer mes doutes sur les "excellents" résultats de l'économie britannique sont une réaction à ce discours un peu dominant chez certaines de nos élites et certains des blogueurs que je peux lire régulièrement (les deux cercles pouvant à l'occasion se recouper) de présenter la politique mise en oeuvre par Tony Blair, que d'aucuns qualifient de sociale-libérale (quand on y adhère) et d'autres de néolibérale (quand on la dénonce), comme autant de recettes dont on devrait utilement s'inspirer pour "réformer" notre modèle social au bord de la faillite. J'essaie ainsi, ici ou là, de remettre en question, sinon en cause, cette vision quelque peu édulcorée d'une réalité autrement plus complexe et balancée comme on dit en anglais, afin justement de "briser les idoles".

Car j'ai toujours été très méfiant avec ces histoires de modèle. Ce pour au moins deux raisons.

La première est que si l'on regarde un peu dans le rétroviseur, on pourrait s'apercevoir que depuis le milieu des années 80, on nous sert régulièrement un nouveau modèle d'organisation économique ou politique dont il faudrait absolument s'inspirer urgemment sous peine de sombrer dans les oubliettes de l'Histoire. Ainsi, vers la fin des années 80, le maître-étalon, c'était le Japon. J'invite les thuriféraires du dynamisme japonais de l'époque à se pencher sur les dix  (voire les quinze) dernières années de performance économique de l'empire du soleil levant, empire sur lequel le soleil semble à peine commencer à montrer quelque vélléité de se lever à nouveau. Nous eûmes également droit au modèle allemand. Les modèles scandinaves sont également très prisées ces derniers temps, dans les collections automne-hiver comme printemps-été. Et donc, le dernier en date, mais rassurons-nous certainement pas le dernier, le modèle anglais. Il y a donc comme une mode du modèle, et cette mode me semble particulièrement en vogue chez les élites hexagonales, en particulier politiques, qui changent néanmoins de modèle comme de veste.

La seconde raison est plus fondamentale. Il me semble qu'il est sinon vain du moins assez peu pertinent de vouloir justement transposer ces pseudo-modèles qui sont finalement autant de contextes particuliers et spécifiques, à un autre contexte particulier et spécifique. Comme on dit en économie, toutes choses égales par ailleurs. Et justement, rien n'est égal par ailleurs. Ni la situation de départ, ni l'histoire du pays, ni les structures sociales ou politiques, ni les modes de régulation, de concertation ou de non concertation entre les différents acteurs, ni les valeurs ou les inconscients collectifs, autant de facteurs qui sont tout aussi primordiaux à la réussite de réformes économiques ou politiques que les contenus des réformes elles-même. Ainsi, pour prendre l'exemple récent du Royaume-Uni, l'un des principaux leviers d'action de la politique de Tony Blair a été l'investissement massif dans le secteur public et en corollaire le creusement du déficit public qui, faut-il le rappeler, excède depuis 2004 la barre des 3% du PIB (alors qu'il était de +6,6% en 2000). Au niveau de l'emploi, cela s'est traduit par l'embauche de plusieurs centaines de milliers de personnes dans le secteur public (rien que 400 000 dans les secteurs éducatif et hospitaliers entre 1998 et 2003). Question : lorsque certains en France, appellent à s'inspirer des recettes blairistes, comment comptent-ils s'y prendre compte tenu de la situation française en matière de déficit et d'emploi public? Et question subsidaire: doit-on subir dix années de tatchérisme en France afin que les recettes blairistes deviennent pertinentes pour la Gaule?

Cela ne veut absolument pas dire qu'il n'y ait pas de problèmes urgents à traiter en France, que notre modèle social, spécifique et particulier à bien des égards, n'ait pas besoin, pour garder sa spécificité, sa singularité et sa richesse, de réformes ou d'aménagement. Mais penser que regarder ailleurs nous apportera la solution me semble totalement illusoire. Je vais même aller plus loin. Il me semble que ce discours "politique" vise à donner à croire à l'opinion française que : 1. la situation ici est catastrophique; 2. l'herbe est bien meilleure ailleurs; 3. parce qu'ils savent appliquer les "bonnes recettes" et pas nous; 4. qu'il nous faut donc s'empresser d'appliquer ces "bonnes recettes" car nous sommes incapables de nous réformer par nous-même. Il suffit de mesurer l'écart entre la France de 1981 et la France de 2006 pour mesurer l'inanité de cette dernière proposition.

Discours d'autant plus étonnant qu'il est d'une part largement démenti par une analyse objective des performances de l'Economie France, et qu'il est l'exact contraire du discours tenu à l'étranger par ces mêmes responsables politiques, vatant justement l'attractivité et la réussite de la France sur la scène internationale.

Bref, lâchez-nous avec la réussite anglaise (on en reparle dans cinq ans si vous voulez), et on vous lâchera avec nos critiques de cette même réussite anglaise. Z'aviez qu'à pas commencer!

08/06/2006

Deux ou trois choses qu'il faudrait développer...

Ce n'est pas mon habitude, mais pour une fois et pour cause de manque chronique de temps, je ne vais qu'effleurer quelques sujets qui pourtant mériteraient amples développements. Juste histoire d'initier éventuellement quelques conversations.

Commençons par une suite de mon précédent billet. Par un curieux hasard, Jean-Paul Brighelli, auteur de La fabrique du Crétin, a posté sur son blog, Bonnet d'âne, quelques jours après mon billet intitulé "La fin de l'Ecole", un billet "contrepétrique", "L'école est finie". Ce billet a provoqué à ce jour quelques 365 commentaires! Le fond de ce billet s'appuie sur l'initiative d'un professeur de français de faire étudier à ses élèves de première d'un lycée de Montpellier, le lycée Joffre en l'occurence, plutôt un bon lycée au passage, l'autobiographie d'Hervé Vilard,"L'âme soeur". Il se trouve que j'ai moi-même lu non pas le livre en question mais une interview dudit professeur dans un journal local, La Gazette de Montpellier, la semaine dernière. Et je m'étais fait également la réflexion que si maintenant on étudiait et on présentait au bac (car les élèves ont pu mettre dans leur liste des "oeuvres" étudiées ce roman autobiographique) de tels ouvrages, l'enseignement de la littérature avait du souci à se faire. A quand la bio de Loana ou de Steevie à l'étude? Le professeur de français, en toute bonne foi et plein de bonnes intentions pour ses petites têtes blondes (celles de ses élèves, par celles des deux personnages sus-cités), expliquait que ce type de livre non seulement présentait de vraies qualités littéraires, mais avait en outre l'immense avantage par rapport à des ouvrages classiques comme les Confessions de Rousseau (traditionnellement étudié dans ce thème des oeuvres autobiographiques), d'être beaucoup plus accessible et d'avoir des résonnances contemporaines qui "parlaient bien plus aux élèves" que les disgressions et problèmes existentiels d'un Jean-Jacques du 18ème siècle. Passons sur le premier argument quand on entend Hervé Vilard "avouer" (pas plus tard qu'hier sur une radio périphérique comme on disait autrefois) qu'il s'est entouré de nombreuses plumes pour "écrire" cet ouvrage. Pour le second argument, l'accessibilité de cette "oeuvre", je vous invite à lire le billet de J.P. Brughelli, et si vous avez un peu de temps, les commentaires...

Autre point, Ségo et la chasse aux éléphants, ou comme le disait un journaliste amateur de bons mots, une vendeuse de porcelaine dans un troupeau d'éléphants. Décidément, la course à l'investiture au PS s'annonce passionnante. Et dans un climat de franche camaraderie comme on dit rue de Solférino (oui, au PS, aussi surprenant que cela puisse sembler, on s'appelle encore, mais pour combien de temps, camarade). DSK, qui semblait pourtant pas mal parti avec son blog, rame pour récupérer quelques miettes de visibilité médiatique. Lang n'en fini pas de fêter la musique. Fabius d'essayer de convaincre qu'il est le plus à gauche de tous. Les échanges de regard entre Martine Aubry et Ségolène Royal lors d'un récent débat à Lille en disaient plus long que n'importe quel discours. Et Hollande semble quand avoir du mal à se voir en "first lady". Et au milieu de tout cela, voilà notre Ségolène qui reprend presque point par point les critiques formulées sur les 35 heures, les propositions sur la sécurité, premier droit des plus pauvres, et la nécessité d'une relative fermeté envers ce que d'aucuns nommèrent à l'époque des "sauvageons", énoncées par un certain candidat à la présidentielle de 2002, candidat honni depuis par une grande partie du PS mais qui avait initié depuis quelques mois un rapprochement avec Fabius. Bref, la question reste entière aujourd'hui sur la capacité du PS à se suicider avant même le premier tour des élections de 2007.

Toujours au PS, un article intéressant du Monde daté du 31 mai, faisait le point sur les nouveaux adhérents de ce vénérable parti (plus de 60 000 en quelques mois, ce qui n'est pas rien). Et à voir le profil type du nouvel adhérent internétisé, quadra, plutôt masculin, plutôt diplômé supérieur (plus de 50% ont un niveau d'études au moins égal à bac+3), on a quand même quelques doutes quant à sa capacité à se rapprocher des couches populaires, du monde ouvrier. Cette sociologie du PS confirme, s'il en était besoin, que ce parti est en train de devenir un parti social-démocrate de classe moyenne (que de chemin parcouru depuis 1981), et qu'en conséquence, une large partie de l'électorat de gauche populaire risque de ne plus être représenté par personne en 2007. Sinon par Arlette, qui, tant que Marx lui prêtera vie, continuera tous les quatre ans à porter la voie des travailleuses et des travailleurs...

Enfin, last but not least, j'aurais aimé revenir un peu sur la "légère" claque reçu par le magicien Blair aux dernières élections municipales au Royaume-Uni. Décidément, les électeurs britanniques sont bien ingrats pour sanctionner ainsi celui qui a su redonner à la perfide Albion sa superbe. Peut-être ont-ils finalement une autre analyse que les discours lénifiants dont on nous abreuve de ce côté ci de la Manche quant au pseudo miracle anglais. J'aurais aimé revenir sur la cote de popularité de Blair (26%), la plus basse depuis des lustres pour un leader du Labour. J'aurais aimé revenir sur le désormais marronnier de la fuite des français vers Londres, au regard de cet article du Figaro qui parle d'une colonisation en douceur de la France par les britanniques (au bas mot 500 000 seraient installés en France aujourd'hui), surtout dans le Sud-Ouest et l'ouest du Massif central. Et qui tendrait à prouver que le solde est largement positif pour la France. Et que fuient-ils? "Le blairisme, les cadences infernales, les heures d'embouteillages, les services publics en capitolade, une médecine défaillante...". Et que viennent-ils chercher? Une qualité de vie, des écoles et des universités gratuites, une sécurité sociale efficace (je vous invite à lire la rubrique Why France du site www.france-property-and-life.com)... Mais j'y reviendrai sans doute puisque je suis en pleine lecture d'un ouvrage édifiant, "Le Royaume enchanté de Tony Blair", de Philippe Auclair, installé depuis plus de vingt ans outre-Manche.