La fin de l'Ecole
Il est rare que je fasse allusion à ma vie professionnelle en ce lieu, mais, une fois n'est pas coutume, une participation récente à un forum sur l'usage des TIC dans les collectivités territoriales m'a donné l'occasion d'assister à la présentation d'un vaste chantier en cours dans l'Education Nationale, la mise en place des Espaces Numériques de Travail (ENT dans le jargon "administratif"). Etaient présents en tant qu'intervenants dans cette session, un responsable du Ministère de l'Education Nationale, un directeur d'un CRDP, une personne de la CDC et une enseignante.
Mes lecteurs réguliers savent que l'école et son avenir, je dis bien son avenir et non un éventuel passé regardé avec nostalgie, est une de mes préoccupations majeures comme en témoignent cette note ou encore celle-ci. C'est donc avec un grand intérêt que j'ai écouté la présentation qui a été faite de ce qui a été qualifié ni plus ni moins par l'un des intervenants comme "une révolution dans la conception que nous avons de l'école et du rapport à l'enseignement". Et c'est avec une certaine frayeur que j'ai, au fur et à mesure de l'exposé, mesuré à quel point l'idéologie, car il faut bien parler d'idéologie, qui sous-tend ce qui pourrait apparaitre comme un simple outil technologique heurte la conception que je me fait non seulement de l'école mais également du travail de l'enseignant et plus globalement du travail lui-même.
Tout d'abord, pour bien comprendre de quoi l'on parle, et sans nullement entrer dans la technique, que sont ces fameux ENT, ou encore "bureaux virtuels"? En une phrase, on pourrait dire que ce ne sont ni plus ni moins que des extranets sécurisés et personnalisés en fonction des différents publics qui sont amenés à les fréquenter (pour les non informaticiens, et il doit y en avoir une majorité parmi mes lecteurs, un extranet est un réseau de type internet dont l'accès est réservé à un groupe fermé et identifié d'utilisateurs) auxquels on accède par un portail (site internet) permettant l'identification de chaque utilisateur. Quels sont ces publics? Dans un premier cercle, on trouve naturellement les enseignants, les élèves, le personnel administratif de l'établissement, et les parents. Mais l'objectif à terme est d'y ajouter l'ensemble que ce qu'il est bon d'appeler aujourd'hui "la communauté éducative", c'est à dire, les intervenants extérieurs éventuels, les collectivités locales impliquées dans la gestion de l'établissement scolaire, ou encore les entreprises. Voilà pour la technique, et pour ceux que cela intéresse, n'hésitez pas à parcourir les nombreux documents disponibles sur le sujet sur le site d'Educnet.
Passons maintenant au discours. Le plus simple est de reprendre quelques phrases ou mots clés notés à la volée pour mieux saisir l'idéologie qui imprègne ce projet, ou du moins, l'idéologie que les intervenants qui l'ont présenté véhiculent subrepticement. Je ferai mes commentaires, bien évidemment subjectifs, par la suite.
L'ENT est le meilleur moyen pour porter "l'école hors les murs". Pour permettre de faire "tomber les murs", de "briser le sanctuaire" que représente l'établissement scolaire, comparé à "un monastère ou un couvent". L'élève doit être "au centre du dispositif, au coeur de la communication". Il doit être un "citoyen de l'école". L'enseignant? Son rôle est alors "d'accompagner l'élève dans son désir d'apprendre". Ainsi, "une révolution est en marche", révolution contrainte par la nécessité pour l'école de "s'adapter aux évolutions de la société", de "répondre aux demandes de ses publics". "Il est impossible et même dangereux de vouloir être en rupture par rapport aux usages des adolescents vis à vis de la communication". En une formule, l'ENT permet enfin de "s'affranchir du lieu et du temps", grâce à une accessibilité 24h/24h, 7j/7j.









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