« mars 2006 | Accueil | mai 2006 »

20/04/2006

Ordinary, indecent men

Le Monde hier : "Comment Paris a perdu les JO 2012". Non pas pour remuer encore le couteau dans la plaie. Mais simplement pour souligner que, décidemment, l'idéal olympique n'est plus qu'un lointain souvenir dans les couloirs sombres et corrompus du CIO. Une citation, une seule: "Le lobbying, dit un membre du CIO, ce n'est pas des enveloppes de billets. C'est fini çà, ou presque. Ce sont des commissions sur contrats, des subventions pour des projets. Qui peut déceler qu'une entreprise fera une offre très avantageuse pour un chantier, commissions à la clé, et que son gouvernement couvrira ses pertes?". Mauvais perdants les parisiens et le premier d'entre eux, Delanoë? Sans aucun doute répèteront les éternels admirateurs de la perfide Albion et de son dynamique dirigeant. Mais si le lobbying, que dis-je la corruption, employons le terme exact, de Blair s'est avérée plus efficace que celui de Chirac, et si c'est bien cela qui a fait pencher la balance, alors ne regrettons-rien. Et rappelons-nous que Blair, à peine installé au 10 Downing Street, avait bien failli démissionner pour une sombre histoire de dons du milliardaire Bernie Ecclestone au parti travailliste lors de la campagne de Toni, et que ce même Ecclestone, pur hasard, avait réussi à arracher au tout jeune premier ministre une exemption à la loi sur l'interdiction de publicité pour le tabac pour la F1....

Libération, hier: "Visionaire du porno, sans les yeux". Et la réaction de Koz. Ou encore dans la même veine l'article d'Isabelle Sorente "Gang Bang, la pornographie, bagne sexuel industriel" dans l'Attention. Là encore, une seule citation: "Aujourd'hui, pour gagner de l'argent dans ce secteur, il faut proposer du sexe extrême et spécialisé...L'essentiel du métier, selon Patrick Pidoux consiste à choisir les films et les images, vérifier que rien n'est illégal, configurer les sites, gérer les courriers et les paiements." Un petit business pépère quoi, à condition de fermer les yeux sur ce qui se trame derrière les images, sur les "presque plus" humains qu'on y voit. Et ça tombe bien, Patrick Pidoux est aveugle! Et en écho, une citation de l'article d'Isabelle Sorente, d'un producteur de porno trash dans un documentaire suédois intitulé "Shocking truth": "Il n'y a pas de loi interdisant de faire de l'argent dans un système capitaliste. Je n'ai pas inventé le capitalisme. Je suis innocent."

Et puis enfin, ce billet d'Eric Dupin, sur les élections italiennes, et dont je partage, pour l'avoir déjà écrit il y a quelques jours, l'étonnement de voir encore près d'un italien sur deux prêt à reconduire Berlusconi, archétype de l'homme politique cynique et sans morale, préfiguration selon certains de l'homme politique de demain.

Trois sujets apparemment sans lien entre eux. Apparemment, seulement, du moins en ce qui me concerne. Car à la fois Eric Dupin, et plus fondamentalement George Orwell, et sa fameuse "common decency", nous donnent les clés pour relier ces trois "évènements" en un tableau qui nous dépeint l'évolution de notre société vers ce qu'Eric Dupin appelle "une société de chiens", ce qu'Orwell aurait sans aucun doute pu qualifier de "society of indecency".

Lire la suite "Ordinary, indecent men" »

14/04/2006

Tu seras... agent d'entretien mon fils

Sumeitse_balayeursdudesertNe nous méprenons pas, je n'ai rien contre les agents d'entretien, ou les techniciens de surface, ou ceux que l'on appelait hier, avant l'adoption quasi universelle de la novlangue politiquement correcte, les balayeurs. Tous ces hommes et souvent, ces femmes, peuple de la nuit, qui investissent bureaux, centres commerciaux et autres bâtiments publics lorsqu'ils sont désertés par leurs occupants traditionnels. Tard le soir ou très tôt le matin. J'aurais d'ailleurs pu choisir un autre métier comme serveur, caissier, employé de maison, agent d'accueil ou encore artisan... autant de métiers qui, comme nous l'indique la livraison 2006 de l'étude de l'UNEDIC sur les Besoins en Main d'Oeuvre, figurent dans le top 15 des métiers pour lesquels les projets de recrutement pour 2006 sont les plus élevés, la palme revenant aux métiers de l'hôtellerie. Et les résultats de cette enquête posent question, et remettent en cause, me semble t-il en partie, un dogme pourtant très largement accepté autour de la tarte à la crème de "l'économie de la connaissance" et de son corollaire direct, la nécessité d'une population de plus en plus formée, orientée vers les études longues, graal de la compétitivité.

Image : Les balayeurs du désert - Su-mei Tse

Lire la suite "Tu seras... agent d'entretien mon fils" »

11/04/2006

Guillotine

GuillotineJe parlais dans ma précédente note de voyages professionnels qui m'ont tenu éloigné de la blogosphère ces dernières semaines. En fait, ils m'ont conduit dans deux pays d'Afrique sub-saharienne, l'un francophone (et aux liens bien particulier avec le financement de la vie politique française en général et avec certains hommes politiques français de tout premier plan en particulier - un carambar à celui qui devine le pays en question), l'autre anglophone. Et ils ont été l'occasion de rencontres et de discussions enrichissantes sur le présent et l'avenir de l'Afrique noire tel que le ressentent les premiers concernés, ceux qui vivent, travaillent et habitent dans ces pays dont on ne voit bien souvent ici en Europe que les faces obscures sinon dramatiques, entre guerres civiles, massacres, épidémies et famines.

A ma question naïve sur le pourquoi de cette situation, la réponse a été presque unanime : "Nous manquons de véritables leaders politiques. Ceux qui nous dirigent détournent le pouvoir à leur profit personnel et à celui de leur entourage direct."

Et je reviens dans notre beau pays des droits de l'homme, dans notre belle Europe mère de la civilisation et de la démocratie. Et j'assiste à quoi?

A un discours abracadabrantesque d'un Président de fin de régime nous expliquant en toute solennité et droit dans les yeux qu'il s'apprête à promulguer une loi qu'il demande de ne surtout pas appliquer!

A un autisme effrayant de la part d'un Premier Ministre drapé dans sa fierté et son assurance d'être le meilleur et d'avoir raison, pour la France, pour la Patrie, pour le Peuple.

A une violation flagrante de nos principes constitutionnels avec un président de parti par ailleurs ministre de l'Intérieur se substituer au gouvernement pour sortir de l'impasse (ou pour enfoncerwww un peu plus) un premier ministre et un Président décidemment bien décrédibilisés.

A une élection italienne qui voit à quelques dizaines de milliers de voix près, la défaite d'un homme politique que d'aucuns considèrent comme un archétype possible de l'homme politique du troisième millénaire dans nos démocraties sociales-libérales à bout de souffle, alors qu'on aurait pu s'attendre à un cuisant revers au regard du bilan des années Berlusconi, des années où le populisme, la démagogie, le mensonge et l'affairisme ont sans doute atteint des sommets jamais connus dans un régime dit démocratique.

Alors? Alors pourquoi la guillotine? Parce que, même s'il n'est nullement question ici de souhaiter une révolution sanglante (laissons ceci à notre mythologie collective), il me semble que tous ceux qui appellent de leurs voeux, un changement de régime "en douceur", ceux que l'on nomme communément réformistes, tout ceux là ne mesurent pas la situation pré-révolutionnaire dans laquelle des années et des années d'incurie politique, de clientélisme, de carriérisme politique, au plus sommet de l'Etat, ont conduit notre pays. La crise du CPE n'est qu'un prétexte. Comme la mort des deux jeunes de Bobigny en novembre dernier. Le malaise est grand. Les signes avant-coureurs (21 avril, "vague rose" des régionales, référendum européen, crise des banlieues, manifestations anti-CPE) se multiplient et rien ne semble changer. C'est à un complet bouleversement des pratiques politiques que l'on aspire et il est fort improbable que ce bouleversement provienne de ceux qui vivent de ce système depuis des décennies, quand bien même on veut nous faire croire qu'ils sont des hommes politiques nouveaux et représentent l'avenir et la rupture (Sarkozy est en politique depuis plus de 25 ans, Ségolène Royal ou DSK depuis 20 ans). Peut-on réellement espérer par exemple que les sénateurs, symboles du conservatisme et voie de recyclage des hommes politiques qui ont échoué (n'est-ce pas Messieurs Raffarin et Fillon), se suicident dans la joie et la bonne humeur?

Alors pourquoi la guillotine? Parce que ces révolutions "de velours" que l'on vante ailleurs ou que l'on appelle de nos voeux chez les autres (avant-hier dans l'ex-empire russe, hier en Ukraine, ce matin en Biélorussie, demain dans les pays africains), c'est ici et aujourd'hui, dans la France de 2006, ou dans celle de 2007 qu'il faut la mener. Couper les têtes au sommet de l'Etat et reprendre notre destin politique en main. Sans quoi, il est à craindre que le peuple ne se donne au premier populiste venu, au premier Berlusconi français. Pour le pire, certainement pour le pire.

10/04/2006

Retour dans le virtuel

Après un long séjour dans le monde réel qui, déménagement puis nombreux déplacements professionnels obligent, m'a tenu éloigné du monde virtuel de la blogosphère assez longtemps pour me faire très certainement oublier, me voilà de retour sur ces pages, en ce jour d'enterrement du CPE, victime d'une période d'essai bien courte et licencié sans même avoir pu faire ses preuves, belle pirouette de l'histoire!

J'aurai donc manqué, du moins dans le microcosme blogosphérien, LA bataille idéologique de ce mois de mars, à savoir le CPE. Par contre, j'arrive juste à temps, et encore, compte tenu de la vitesse de péremption des informations sur le net, pour réagir à un article qui m'a un peu fait mourir de rire, celui du Monde daté du 6 avril dernier et intitulé sobrement (sic!) "15 blogueurs leaders d'opinion sur la toile". Et comme dans ce prestigieux sénacle siègent trois blogs de ma bloglist (dont deux que je connais personnellement), j'ai donc découvert avec grande surprise que Versac et Eolas, puisque ce sont d'eux dont il s'agit, ne sont ni plus ni moins que des leaders d'opinions sur la toile. Bien entendu, mes deux "camarades" (ce qui n'est pas loin de représenter une insulte, au moins en ce qui concerne Eolas :-)) jouent les modestes et se défendent d'un quelconque pouvoir sur l'opinion, mais si c'est Le Monde qui le dit, ce doit quand même être vrai non?

A moins que... à moins que, décidemment, Le Monde et les autres d'une part ne comprennent pas grand chose au web 2.0 et au phénomène des blogs en particulier, d'autre part aient complétement perdu les ordres de grandeur. Car que vaut, dans la formation de l'opinion, une fréquentation de quelques dizaines de milliers d'internautes au grand maximum, quand le JT de TF1 réunit plusieurs dizaines de millions de téléspectateurs tous les soirs à 20h; quand la presse quotidienne régionale, tout en crise fut-elle, est lue bon an mal par plus de 23 millions de personnes chaque jour; quand Le Monde, malgré les absurdités qu'on peut y lire est parcouru par près de 2 millions de paires d'yeux chaque jour (cf cet article du Monde); quand le 7/9 d'Inter occupe les oreilles de plus d'un million d'auditeurs tous les matins; quand même un Steevie dispose de plus de temps de cerveau disponible entre 19h et 19h45 sur France 2 (et d'ailleurs, il le reste disponible le cerveau du téléspectateur, même quand le "chroniqueur" le plus bête de l'histoire de la télévision française parle) que le plus lu de nos blogueurs leaders d'opinion.

Bref, même si c'est dur de se l'avouer, même si cela relativise la fierté egotique de nos pseudo-leaders d'opinion (qui ne sont cependant pas dupes, enfin du moins je l'espère), Internet et les blogs en particulier, quel que soit leur qualité, restent encore très largement confidentiels, quand bien même ils auraient une vocation de débat public. La blogosphère "d'idées" reste un microcosme où l'on discute entre gens de bonne éducation. La vrai vie est ailleurs. Vraiment.