Libération, Garfieldd et le buzz ou "Le temps des Vigies"
Moutonnier comme je suis, vous pensez bien que je ne pouvais échapper au dernier buzz en date dans la blogosphère française, ce qu'il convient désormais de qualifier "l'affaire Garfieldd". A moins que vous ne reveniez d'un voyage intersidéral à la recherche de poussières d'étoiles, vous n'ignorez rien du scandale en puissance suite à la révocation d'un proviseur d'un lycée de Mende (Lozère) pour... pour quoi au fait?
En moins de 48 heures, tout, ou presque (et surtout ça), a déjà été dit et écrit à ce sujet, aussi je n'en rajouterai pas sur le fond, même si je m'associe au concert de protestations et aux multiples messages de soutien.
Par contre, il me semble que cette affaire, et plus particulièrement un de ces aspects connexes, à savoir ce que l'on pourrait qualifier de "sous-affaire Libération" peut servir de base à quelques réflexions sur un sujet en passe de devenir un "marronier" de la blogosphère: les relations entre journalistes et blogueurs et l'avenir de la presse et du métier de journaliste.
Libération avait publié mardi soir un article prêtant à Garfieldd des propos qui n'étaient en fait que des requêtes google ayant conduit des internautes sur le blog de Garfieldd. Garfieldd ponctuait en effet fréquemment ses billets des requêtes les plus "étonnantes" (pour le moins) qui, par le hasard implacable et insondable des moteurs de recherche, pointait vers son site. Et devant les réactions scandalisées de la blogosphère, Libération a été obligé de publier aujourd'hui un rectificatif dans lequel le journaliste rectifie son erreur initiale (sans toutefois s'excuser explicitement) et d'amender l'article original.
Il me semble que cela représente un fait sans précédent dans la presse française et plus généralement dans les médias français (alors que les médias américains, en l'occurence par l'intermédiaire d'une de leurs plus célèbres icônes de l'information, Dan Rather, ont déjà eu l'occasion d'expérimenter de phénomène il y a un peu plus d'un an lors de la campagne présidentielle): la remise en cause, pratiquement en temps réel, d'une information diffusée par un média de masse, en l'occurence un organe de presse, par des lecteurs qui sont en même temps producteurs d'informations. Et qui ont de plus en plus le rôle de vigies informationnelles, une foule multiple et intelligente de vigies. Nous entrons ainsi peut-être dans le temps des Vigies. Et ce temps devra amener les journalistes non pas à disparaitre mais à redéfinir leur rôle, et donc par là-même le rôle de leurs supports d'expression traditionnels.
Jusqu'à aujourd'hui, ils étaient non seulement producteurs de l'information mais également ils assuraient une fonction d'intermédiation entre le flux permament informationnel et ce qu'ils décidaient de retransmettre. Ce rôle d'intermédiation, de filtre informationnel, de tri, est en passe de disparaitre, les internautes, et en particulier les blogueurs ayant maintenant la capacité de produire et diffuser avec un fort effet réseau, donc avec une rapidité sans commune mesure avec le temps des médias, l'information directement vers les "consommateurs" ou récepteurs potentiels.
Ainsi, il me semble que le journaliste doit aujourd'hui se repositionner dans la chaine de valeur informationnel si l'on peut dire, en montant en valeur ajoutée, c'est à dire en mettant à profit ce que Joel de Rosnay définissait ce matin comme la marque, l'image, la ligne éditoriale, ce que je qualifierais de position d'autorité, pour se repositionner comme analyste, donnant de la perspective à l'information, reliant les diverses informations entre elles pour les rendre intelligibles, redonnant du sens au flux informationnel émanant entre autres de la blogosphère, en tout cas, des sources multiples d'informations connectées directement à l'actualité. De journalistes, devenir des journanalystes, et réintroduire ainsi du sens dans le bruit.








On ne pourra plus écrire de conneries dans les journaux, alors ? Pfff.
Rédigé par: Hugues | le 19/01/2006 à 17:24
Si, si, ne t'inquiète pas Hugues, c'est juste l'impunité qui disparait, pas la connerie!
Et en parlant de conneries dans les journaux, j'ai bien rigolé l'autre jour chez mon garagiste en attendant ma voiture. Négligemment, je prend un journal au hasard. Un numéro spécial de l'Argus auto sur l'aménagement techniques des garages je crois. Je commence à feuilleter et là, ô surprise, un superbe édito d'un certain Hugues S. Et des interviews, et des articles de fond sur où mettre le pont technique, comment organiser la circulation dans les ateliers. Bref passionnant. Mes voisins ont quand même du se demander pourquoi je rigolais autant en lisant l'Argus auto :-)) Ah les garçons et leurs garages, et leurs petites voitures Majorette...
Rédigé par: Krysztoff | le 19/01/2006 à 17:35
Il n'y a pas de sot métier.
Rédigé par: Hugues | le 19/01/2006 à 22:08