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31/01/2006

Les antibiotiques, c'est pas automatique!

AntibioLoin de moi l'idée de discourir du bien-fondé médical de la campagne de l'Assurance Maladie sur l'usage des antibiotiques en ce lieu, mais, mes oreilles étant polluées chaque matin sur Inter par cette campagne d'information, je me suis aperçu, en l'écoutant un peu plus attentivement entre deux petits beurres, qu'elle illustrait à merveille une tendance lourde de notre société, l'infantilisation des parents, et en miroir, la responsabilisation excessive des enfants.

Je ne m'attarde pas sur la faute grammaticale du slogan de cette campagne. On m'avait appris dans ma jeunesse, qu'une négation comportait deux termes et que donc, en "ancien" français (puisque je suppose que c'est ainsi qu'il faut qualifier le français correct), il eut fallu écrire "les antibiotiques, ce n'est pas automatique!". Mais bon, ça doit faire plus djeuns que de zapper le "n'", donc allons-y pour "c'est pas automatique". Encore une idée fameuse de nos communicants préférés. Allez apprendre la grammaire et l'orthographe après ça!

Revenons-nous donc sur ces fameux spots radios. On peut les écouter à loisir chez AMeli (AMeli - sans e, là non plus ce n'est pas une faute d'orthographe mais sans doute une fantaisie de communicant - AMeli donc étant le site Internet de l'Assurance Maladie en ligne; il faudra un jour que je me lance dans un best of des acronymes les plus débiles).

Les trois spots déroulent un scénario immuable: un enfant - Pauline, "poussin" ou "mon pauvre poulet" (en période de grippe aviaire, c'est limite faute de goût mais bon, ceci est une autre histoire) - très bien informé et très pédagogue, fait la leçon à un adulte (deux mamans et un papa), complètement à côté de la plaque et enfermé dans ses préjugés et certitudes, sur la façon de prendre ou ne pas prendre des antibiotiques.

Alors évidemment, on peut en sourire. Mais il me semble que cela révèle un curieux renversement des valeurs: l'enfant devient l'incarnation du savoir et de la sagesse et l'adulte un grand dadais irresponsable. "Heureusement que j'suis là quand même" conclut Pauline. Quelle étrange société où ce sont les enfants qui instruisent les parents! Après les adulescents, voici venu le temps des enfants-adultes. Et finalement, ce n'est guère étonnant et il me semble que ce n'est que l'aboutissement d'un long processus qui place l'enfant au centre de la vie familiale, sociale, politique même (combien de parlements des enfants, de pratique "démocratiques" à l'école...) objet de toutes les attentions tant des parents que des marketeurs, formidable prescripteur de consommations diverses et variées, et paré de toutes les vertus (on connaissait déjà l'innocence et la pureté, voilà la sagesse et le savoir). Qui place aussi l'enfant au centre de l'école, pour faire écho à une de mes notes récentes.

Tout ce mouvement est absolument cohérent. Et il va effectivement de pair avec une certaine déresponsabilisation des adultes. Considérer l'enfant comme une personne à part entière est une chose, le considérer comme une personne adulte en est une autre. Le statut d'enfant devrait être un statut protecteur par rapport aux responsabilités du monde adulte. Est-ce véritablement rendre service à un enfant que de le confronter aussi rapidement à des responsabilités qu'il n'a pas les moyens d'assumer? Et n'est-ce pas une lâcheté de l'adulte que de ne pas assumer sa position de personne responsable? Comment un enfant peut-il grandir et devenir adulte s'il n'a pas en face de lui justement un adulte pour l'aider à se construire? Quelle étrange société nous prépare t-on?

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29/01/2006

Scoop: La stratégie de Bayrou validée par une majorité des militants socialistes

Cela fait des mois et des mois que je dis dans mes dîners en ville qu'il n'y a que l'épaisseur d'un bulletin de vote entre une partie du PS et l'UDF. Et bien voilà, grâce à Reuters, la fusion s'est opérée ce dimanche. Extraits d'une dépêche datée de ce jour et visible ici:

" Sa stratégie d'indépendance a été approuvée à une écrasante majorité - plus de 90% - par les 31.000 adhérents du parti socialiste."

Quel superbe lapsus...

Add - mardi 31 janvier : visiblement, la coquille a été corrigée dans la dépêche Reuters visible par le lien indiqué dans le billet. La citation entre guillemets est par contre extraite de la version initiale de la dépêche mise en ligne dimanche après-midi. A moins que le ctrl-C, ctrl-V n'ait substitué à mon insu parti socialiste à parti centriste...

27/01/2006

Hamas, l'espoir?

ColombeCe titre est-il ironique ou pas? A première vue, bien évidemment. Comment pourrait-il en être autrement? Comment la victoire d'un mouvement armé, islamiste et reconnu comme terroriste par l'Union Européenne pourrait-elle représenter le moindre espoir d'une amélioration de la situation en Palestine, des relations avec l'Etat d'Israël et de la stabilité du Proche Orient dans son ensemble? D'autant plus que ces élections nous rappellent que l'instauration d'une démocratie véritable ne se résume pas à la simple mise en oeuvre d'un processus électoral, aussi régulièrement organisé soit-il. Et que, dans ces circonstances, les résultats peuvent revenir à la figure de tous ceux qui soutiennent ce processus sans par ailleurs s'assurer des conditions économiques, sociales, sociétales dans lesquelles ces élections se déroulent, en Europe comme aux Etats-Unis. Là-bas comme ailleurs, la démocratie est un produit d'exportation qui nécessite quelque travail de la terre pour bien prendre racine (dans nos sociétés occidentales, combien de décennies et de crises violentes avons-nous dû traverser avant de connaitre une vie politique relativement sereine?). On semble l'avoir oublié dans certains états majors stratégiques.

Et pourtant. Et pourtant, voilà le Hamas placé devant ses responsabilités. L'embryon d'Etat palestinien vit sous perfusion des bailleurs de fonds occidentaux, et en particulier européens. Le peuple palestinien, les résultats de ce scrutin en sont la preuve éclatante, le Hamas lui-même apparaissant surpris par l'ampleur de sa victoire, porte un espoir immense, peut-être le dernier, dans la prise de pouvoir du Hamas. Le Hamas se trouve maintenant devant un choix cornélien: ou bien il réussit, et les conditions de réussite passent inévitablement par une "normalisation" de son discours, ce dont on commence d'ailleurs à assister, et une démocratisation de son action, et sa prise de responsabilité l'aura conduit à se "dé-radicaliser"; ou bien il échoue et son emprise sur le peuple palestinien sera fortement réduite, son action terroriste délégitimée (si tant est qu'elle fut un jour légitime), et son avenir compromis dans les territoires même.

D'ailleurs, les premières déclarations des quelques responsables montrent qu'ils ont senti le piège, leur appel à un gouvernement d'union nationale pouvant s'analyser comme une tentative de se soustraire en partie à ces responsabilités inédites, ou du moins à les partager avec les autres forces politiques palestiniennes.

De toute façon, la situation pouvait-elle encore s'empirer? Certes, on peut me trouver d'un optimisme béat. Je serai plutôt tenter de dire que, au point où on en est, autant tenter le tout pour le tout. Une sorte de pari pascalien, ce qui, je l'avoue, est un comble pour un athée...

25/01/2006

C'est quoi un prof démocrate?

WallOui, je sais, c'est une question étrange, et pourtant, c'est bien la question que j'aurais aimé poser au second invité de F. Bonneau, hier soir sur Inter, dans son émission Charivari. La personne en question s'appelle François Begaudeau, romancier, critique aux "Cahiers du Cinéma", et à ses heures perdues, professeur de français dans un collège parisien du XIXème arrondissement. Il venait parler de son nouveau roman, ou docu-roman comme il aime que l'on présente son livre, intitulé "Entre les murs" et qui raconte, selon la présentation qu'en a faite F. Bonneau, sans mise à distance, sans discours théorique et idéologique (à voir), le quotidien de professeurs et d'élèves cohabitant bien malgré eux dans ce 'lieu de vie" entre deux périodes de vacances tant attendues et bien méritées.

Ainsi, d'emblée, F. Begaudeau explique qu'il a, entre autres (car j'ose espérer que ce n'est pas sa seule motivation), écrit ce livre "contre la série de livres que vous venez d'évoquer [F. Bonneau venait de citer le livre de Jean-Paul Brughelli intitulé "La fabrique du Crétin" et de manière générale, ces livres qui expliquent que "plus l'école accueille du monde dans la diversité, plus elle est nulle" ] qui avaient deux défauts majeurs à mon sens: premièrement, ils étaient traversés par une ambiance qu'on peut dire réactionnaire et anti-démocrate.. [par] la nostalgie d'une école où on était entre nous, entre petits blancs et petits bourgeois. C'est des gens qui se diront volontiers démocrates, voire de gauche mais qui n'assument pas concrétement les conséquences de la démocratisation de l'école qui fait qu'on voit arriver tout un tas de gens, c'est bigarré, c'est plein de langues, c'est plein d'énergie. Et ben, il faut l'assumer jusqu'au bout, jusque dans ce chaos..."

Et F. Begaudeau de se définir donc un peu plus loin dans l'entretien, en réaction (tiens, comme quoi, on est toujours le réactionnaire de quelqu'un) contre cette tentation "élitiste", comme un professeur démocrate. Et de revendiquer sa proximité intellectuelle avec l'une des cibles favorites de ces affreux "élitistes républicains", et donc anti-démocrates, rien que cela, le fameux chantre des "pédagogos", Philippe Meirieu.

Ainsi, nous y voilà, derrière la prétendue neutralité du réel brut opposé aux délires théoriques et idéologiques, se cachait bien malgré tout un peu (beaucoup) d'idéologie, et la querelle sans cesse réécrite des Anciens et des Modernes, les Modernes étant aujourd'hui Démocrates et les anciens Réactionnaires (ou Républicains, ce qui tend à devenir de plus un plus un terme synonyme dans la bouche des Modernes).

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23/01/2006

"Le Blanc est fondamentalement raciste et conquistador"

"Permettez-moi de vous dire que je pense que le Blanc est fondamentalement raciste et conquistador, c'est à dire qu'il méprise tous les autres. Mais on peut fraterniser. Ce n'est pas à nous de changer. Ce sont les Blancs qui doivent changer. Ce sont eux qui doivent reconnaitre que depuis des millénaires, chaque pas qu'ils font en direction d'un peuple, c'est pour l'amoindrir, c'est pour le déstructurer, le décerveler et le mettre à sa botte." Voici ce que déclarait Mme Jacqueline Labé (je ne suis pas certain ni du nom ni de son orthographe exacte) dans le magazine de la rédaction de France Culture, samedi 21 janvier autour de 18h20, magazine consacré aux réactions antillaises à la polémique autour du passé colonial de la France.

Alors que j'écoutais auparavant d'une oreille relativement distraite, les yeux rivés sur la route, cette déclaration m'a attrapé l'oreille, un peu comme ces instituteurs "veille école" qui vous tiraient le lobe de l'oreille quand vous aviez l'outrecuidance de n'être que moyennement attentif à la leçon. Et ces propos résonnaient soudain comme en écho à une note rédigée il y a quelques semaines et que j'avais intitulée alors "Je suis blanc et je ne suis pas raciste". Ainsi, par les hasards obscurs des déambulations radiophoniques, cette antillaise venait de me renvoyer dans une essentialisation que je n'ai pourtant de cesse de combattre.

Car enfin, Jacqueline - permettez-moi de vous appeler Jacqueline sans que vous ne soyez obligée d'y voir un quelconque sentiment de supériorité, mais plutôt le signe d'une fraternité que vous appelez vous même de vos voeux et que j'aimerais partager, même si votre déclaration ne m'y engage guère à vrai dire - si je veux bien admettre que le Blanc, comme vous l'appelez dans un élan généralisateur qui ne me sied guère, moi qui suit tout simplement un homme, n'a pas toujours bien agi envers les non-Blancs (est-ce bien ainsi qu'il faudrait alors caractériser tous les autre humains qui ne partagent pas avec lui la même couleur de peau, et seulement cela), êtes-vous vraiment intimement persuadée que le verdict définitif et essentialiste que vous portez ne s'applique pas plutôt de manière intemporelle et universaliste à l'Homme?

Etes-vous certaine que, dans cette Histoire millénaire que vous évoquez, il n'y a jamais eu de conquêtes que "blanches"? Que des peuples arabes non jamais été conquérants? Qu'il n'y eut jamais de conflits entre peuples noirs en Afrique avant l'arrivée du démon Blanc? Que l'Amérique du Sud ne fut pas le théatre de guerres de conquêtes avant même ceux que vous nommez conquistadores?

L'Histoire de l'Humanité est parsemée de haine de l'Autre, qu'il soit blanc, arabe, noir, jaune, pourvu qu'il soit simplement Autre. Croyez-vous qu'il soit nécessaire d'habiller ainsi le Blanc de cette peau de raciste pour regagner la fierté qu'il vous a ôtée? Croyez-vous même qu'il soit nécessaire de clamer votre fierté d'être "Noire", ce hasard génétique qui n'est après tout que votre couleur de peau, alors même qu'il devrait vous suffire d'être Humaine pour gagner toute ma fraternité?

Je comprends votre soif de vous réapproprier votre histoire, celle de votre peuple. J'entends votre volonté de réhabiliter le passé, plus encore de repeupler ce passé qu'on vous a nié pendant des siècles. Pour vous et pour vos enfants. Afin qu'ils n'aient plus cette mémoire au mieux vide, au pire honteuse. Mais cela doit-il passer par ma contrition pour des siècles et des siècles d'un passé dont je ne suis ni responsable ni coupable? Croyez-vous sincèrement que nous pouvons construire une égalité de droits, puis de condition, sur de telles bases?

Jacqueline, je vous le dit, et le répète encore une fois, à mon corps défendant je suis blanc, mais en pleine conscience je ne suis pas raciste. Acceptez-moi ainsi, et nous aurons alors fait le premier pas ensemble vers une fraternité universelle.

"Donne-moi ta main, camarade.
Toi qui viens d'un pays
Où les hommes sont beaux.
Donne-moi ta main, camarade.
J'ai cinq doigts moi aussi,
On peut se croire égaux.
"

Claude Nougaro - Bidonville

19/01/2006

Libération, Garfieldd et le buzz ou "Le temps des Vigies"

GarfieldMoutonnier comme je suis, vous pensez bien que je ne pouvais échapper au dernier buzz en date dans la blogosphère française, ce qu'il convient désormais de qualifier "l'affaire Garfieldd". A moins que vous ne reveniez d'un voyage intersidéral à la recherche de poussières d'étoiles, vous n'ignorez rien du scandale en puissance suite à la révocation d'un proviseur d'un lycée de Mende (Lozère) pour... pour quoi au fait?

En moins de 48 heures, tout, ou presque (et surtout ça), a déjà été dit et écrit à ce sujet, aussi je n'en rajouterai pas sur le fond, même si je m'associe au concert de protestations et aux multiples messages de soutien.

Par contre, il me semble que cette affaire, et plus particulièrement un de ces aspects connexes, à savoir ce que l'on pourrait qualifier de "sous-affaire Libération" peut servir de base à quelques réflexions sur un sujet en passe de devenir un "marronier" de la blogosphère: les relations entre journalistes et blogueurs et l'avenir de la presse et du métier de journaliste.

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La contre-révolution du Net par A-G. Slama

Intéressant Matin, ce matin, autour de la révolution pronétarienne, nouveau concept forgé et expliqué par Joël de Rosnay, et sa contribution à l'émergence d'une nouvelle forme de démocratie virtuelle, chère à certains de mes compatriotes blogueurs.

Et dans cet intéressant Matin, non moins intéressante chronique d'Alain-Gérard Slama, certes dans son rôle de "vieux grincheux conservateur" comme le fait remarquer Versac, mais riche de nombreux questionnements. Chronique podcastable ici. Son argument en quelques mots: Internet conduit ni plus ni moins à une remise en cause de l'héritage de la philosophie des Lumières, héritage qu'il caractérise par les quatre points suivants:

- la sécularisation du fait religieux, la disparition de l'ordre holiste et par là même, la nécessité de se confronter à l'autre pour conquérir son autonomie d'individu

- l'affirmation d'une raison législatrice, normative, qui hiérarchise les valeurs

- l'apparition des limites et des frontières

- la séparation entre espace public et espace privé, et avec cela la construction d'une certaine civilité, d'une certaine pudeur

Retour critique sur cette contre-révolution.

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17/01/2006

La Longue Marche vers le progrès

MaolonguemarchePour ceux qui en douteraient encore, la Chine nouvelle est décidemment bel et bien devenue le paradis du capitalisme moderne (ou serait-ce plutôt une résurgence du capitalisme du XIXème, preuve que, bien loin d'une éventuelle fin de l'Histoire, c'est à son éternel recommencement auquel nous assistons) et le nouvel Eden de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Au moment même où nos chères et tendres têtes blondes s'activaient autour de leurs jouets tout fraîchement livrés au pied du sapin par un Père Noël made in China (je vous mets au défi de trouver un jouet qui ne soit pas fabriqué en Chine chez Toys'r us par exemple), une dépêche de l'AFP datée du 29 décembre dernier est passée presque inaperçu sous nos latitudes enneigées. Sous le titre "Un rapport officiel dénonce l'exploitation des travailleurs chinois", la dépêche en question ne fait que confirmer ce que l'on pressentait : "L'immense majorité des plus de deux millions d'entreprises privées chinoises, à l'origine du boom économique du géant asiatique, exploitent leurs salariés...". Le plus étonnant dans tout cela, c'est que le rapport en question, certes réalisé par une ONG basée à Hong Kong, a été commandé par l'Assemblée Nationale Populaire (ANP) afin de faire le point sur le respect de la législation sur le travail adoptée en 1995. Et là, ô surprise, voilà que l'on constate que "les droits légaux des employés sont fréquemment violés dans plus de 80% des entreprises privées, en particulier dans le secteur immobilier, l'industrie légère, celle des vêtements, la restauration" et que "certains contrats établissent même que la responsabilité de l'employeur ne peut être engagée en cas de maladie ou même de mort de ses employés, même si cela se passe sur le lieu de travail".

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16/01/2006

Quand Jean-Paul II s'incruste chez Jean Jaurès

Jaurs03Allez, 2005 s'en est allé. Voilà 2006 qui arrive et son lot de bonnes résolutions. Et histoire de bien commencer l'année, en voilà une, une résolution qui ne manque pas de sel, quelques semaines seulement après l'anniversaire d'une étonnante discrétion de la loi de 1905.

Figurez-vous que le maire de Saint-Etienne, à la demande de l'évêque de la sainte ville, Monseigneur Joatton, a proposé et fait voter à son conseil municipal le 9 janvier dernier la modification du nom d'une partie de la place Jean Jaurès, sise devant la cathédrale Saint-Charles, pour lui donner le nom de "parvis Jean-Paul II", autre grand humaniste de cette fin de XXème siècle. Et le plus drôle, car il vaut mieux en rire qu'en pleurer, ce sont les déclarations de môssieur le maire devant les protestations des élus de l'opposition soutenus par la fédération de la Libre-Pensée locale. Pour le plaisir et parce que, malheureusement, en ce siècle de paix et de tolérance, le ridicule ne tue plus:

"Le sénateur-maire - radical valoisien - est intervenu pour dire que cette proposition était dans l’esprit de la loi de 1905, loi de tolérance et d’ouverture aux religions. Elle lui est apparue d’autant plus naturelle que l’évêque de Saint-Etienne, Mgr Joatton, s’était vu remettre le légion d’honneur par le préfet tout récemment donc dans un contexte on ne peut plus républicain ("Je n’ai pas vu d’obstacle républicain majeur à vous faire cette proposition") et que la réponse favorable qu’il avait faite à la demande dudit évêque de voir le parvis de la cathédrale s’appeler désormais Jean-Paul II s’inscrivait dans une démarche de fraternité qu’il assume complètement."

Ca vous a un petit côté orwellien, cette façon de se réclamer d'un principe pour mieux le fouler aux pieds, pour mieux le nier.