Les antibiotiques, c'est pas automatique!
Loin de moi l'idée de discourir du bien-fondé médical de la campagne de l'Assurance Maladie sur l'usage des antibiotiques en ce lieu, mais, mes oreilles étant polluées chaque matin sur Inter par cette campagne d'information, je me suis aperçu, en l'écoutant un peu plus attentivement entre deux petits beurres, qu'elle illustrait à merveille une tendance lourde de notre société, l'infantilisation des parents, et en miroir, la responsabilisation excessive des enfants.
Je ne m'attarde pas sur la faute grammaticale du slogan de cette campagne. On m'avait appris dans ma jeunesse, qu'une négation comportait deux termes et que donc, en "ancien" français (puisque je suppose que c'est ainsi qu'il faut qualifier le français correct), il eut fallu écrire "les antibiotiques, ce n'est pas automatique!". Mais bon, ça doit faire plus djeuns que de zapper le "n'", donc allons-y pour "c'est pas automatique". Encore une idée fameuse de nos communicants préférés. Allez apprendre la grammaire et l'orthographe après ça!
Revenons-nous donc sur ces fameux spots radios. On peut les écouter à loisir chez AMeli (AMeli - sans e, là non plus ce n'est pas une faute d'orthographe mais sans doute une fantaisie de communicant - AMeli donc étant le site Internet de l'Assurance Maladie en ligne; il faudra un jour que je me lance dans un best of des acronymes les plus débiles).
Les trois spots déroulent un scénario immuable: un enfant - Pauline, "poussin" ou "mon pauvre poulet" (en période de grippe aviaire, c'est limite faute de goût mais bon, ceci est une autre histoire) - très bien informé et très pédagogue, fait la leçon à un adulte (deux mamans et un papa), complètement à côté de la plaque et enfermé dans ses préjugés et certitudes, sur la façon de prendre ou ne pas prendre des antibiotiques.
Alors évidemment, on peut en sourire. Mais il me semble que cela révèle un curieux renversement des valeurs: l'enfant devient l'incarnation du savoir et de la sagesse et l'adulte un grand dadais irresponsable. "Heureusement que j'suis là quand même" conclut Pauline. Quelle étrange société où ce sont les enfants qui instruisent les parents! Après les adulescents, voici venu le temps des enfants-adultes. Et finalement, ce n'est guère étonnant et il me semble que ce n'est que l'aboutissement d'un long processus qui place l'enfant au centre de la vie familiale, sociale, politique même (combien de parlements des enfants, de pratique "démocratiques" à l'école...) objet de toutes les attentions tant des parents que des marketeurs, formidable prescripteur de consommations diverses et variées, et paré de toutes les vertus (on connaissait déjà l'innocence et la pureté, voilà la sagesse et le savoir). Qui place aussi l'enfant au centre de l'école, pour faire écho à une de mes notes récentes.
Tout ce mouvement est absolument cohérent. Et il va effectivement de pair avec une certaine déresponsabilisation des adultes. Considérer l'enfant comme une personne à part entière est une chose, le considérer comme une personne adulte en est une autre. Le statut d'enfant devrait être un statut protecteur par rapport aux responsabilités du monde adulte. Est-ce véritablement rendre service à un enfant que de le confronter aussi rapidement à des responsabilités qu'il n'a pas les moyens d'assumer? Et n'est-ce pas une lâcheté de l'adulte que de ne pas assumer sa position de personne responsable? Comment un enfant peut-il grandir et devenir adulte s'il n'a pas en face de lui justement un adulte pour l'aider à se construire? Quelle étrange société nous prépare t-on?













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