Deux articles intéressants ce dimanche sur le site du Monde.
Tout d'abord, le premier sur les manifestations importantes en Espagne contre un projet de loi du gouvernement Zapatero qui viserait à abroger une réforme de son prédécesseur, José Maria Aznar, qui faisait de l'enseignement de la religion catholique une matière obligatoire. Le projet de loi obligerait certes toujours les écoles primaires et secondaires à offrir un tel enseignement mais il serait facultatif pour les élèves, qui pourraient choisir entre ce "catéchisme" et un cours dit "d'instruction civique". Dans ces manifestations, qui auraient rassemblé près d'un million de personnes selon la TVE, des évêques et des dirigeants du PP (Parti Populaire) côte à côte. C'est la seconde fois cette année, après les manifestations de juin dernier contre la loi pour légaliser le mariage homosexuel (lire aussi ici).
Les lecteurs réguliers de ce blog doivent savoir que la laïcité est un de mes chevaux de bataille. En cette année de centenaire de la loi de 1905 en France, à moins d'un mois de cet anniversaire historique, ces manifestations, dans un pays qui a pourtant inscrit dans sa constitution de 1978 qu'il n'y a pas de religion d'Etat (ce qui est un commencement de laïcisation de l'Etat), nous montrent combien rien n'est acquis et combien les "autorités" religieuses, et l'Eglise catholique au premier rang en Europe, n'ont toujours pas renoncé à reconquérir leur emprise sur la vie publique ici et ailleurs (à ce titre le reportage de lundi dernier sur France 3 au sujet des Evangélistes aux Etats-Unis était proprement hallucinant vu de ce côté ci de l'Atlantique). Et combien donc le combat doit continuer.
Le second est un entretien avec Emmanuel Todd au sujet des évènements récents dans certaines banlieues françaises. J'en retiens en particulier deux phrases:
- "Tout ça n'aurait pas pu se produire si ces enfants d'immigrés n'avaient pas intériorisé quelques-unes des valeurs fondamentales de la société française, dont, par exemple, le couple liberté-égalité."
Un intervenant dans une émission de débat autour de ces questions un soir de la semaine (je crois que c'était mardi soir) sur France 3 développait également une analyse proche. Alors que le discours dominant nous serine à longueur d'antennes et de tribunes aussi bien en France qu'à l'étranger (certains de nos amis américains font preuve ces derniers jours d'un anti-français primaire, sic) que ces émeutes marquent l'échec total du modèle d'intégration républicaine (je préfère parler moi d'assimilation, on n'intègre pas des citoyens qui sont déjà français de naissance), Todd pense qu'au contraire, ces revendications appellent à concrétiser dans les faits notre devise républicaine et non à mettre nos idéaux au rebut de l'histoire. Je le suis totalement dans cette analyse. Le problème n'est pas la non-validité de notre tryptique républicain (auquel j'ajouterai pour faire écho à mon premier point la laïcité), mais l'incapacité de notre classe politique à le concrétiser par des mesures fortes, voire la volonté pour certains de le détruire à petit feu (par exemple en laissant mourir l'école dans ces quartiers, en renonçant à la police de proximité...).
- "Les jeunes ethniquement mélangés de Seine-Saint-Denis s'inscrivent dans une tradition de soulèvement social qui jalonne l'histoire de France"
Deux idées dans cette phrase.
La première concerne la mixité "d'origine" de ce que l'on qualifie "jeunes de banlieues". En effet, on y voit aussi bien des noirs, que des jeunes de type maghrébin ou que des "européens" (français, portugais, comme deux des quatre ados qui ont mis le feu à une boite aux lettres d'un immeuble de L'Haÿ-Les-Roses il y a quelques semaines, provoquant le drame que l'on sait). En Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, les émeutes de ces dernières années voient s'affronter des communautés homogènes "ethniquement" parlant: blacks d'un côté, hispanos de l'autre à Los Angeles; afro-caribéens contre asisatiques à Birmingham; pakistanais contre blanc à Oldham... Ainsi donc, En france, le problème est beaucoup plus social qu'ethnique ou communautaire. Certains pourtant n'hésitent guère à plaquer une analyse raciale ou religieuse sur des évènements qui trouvent leur source essentiellement dans une fracture sociale. Certes, les discriminations au faciès existent et ne font qu'empirer les problèmes sociaux. Mais "ce n'est" à mon sens qu'une discrimination supplémentaire. Pour preuve, certains réussissent et s'en sortent, même noirs, même maghrébin.
La seconde a trait à la tradition de soulèvement social. Là encore, je fais parfois bien rire dans certains salons en avançant le caractère profondément révolutionnaire de notre vieux pays. Et pourtant, faut-il lister les "révolutions" qui ont secoué le pouvoir depuis celle fondatrice du mythe en 1789? Donc oui, au risque de me répéter, il se pourrait que nous soyons à la veille d'une prochaine révolution sociale, n'en déplaise à ceux qui pensent que nous vivons dans une démocratie apaisée...
Copyright image : AFP/Jacques Demarthon







Particulièrement d'accord avec vous sur le fait que les hommes politiques et les représentants de l'Etat ne font rien pour faire appliquer les principes de la République, et que certaines idéologies ou l'indifférence sous jaçente de certains(de vénérables hommes de gauche pleins de bonnes intentions et ignorants des devoirs républicains) est d'en laisser détruire petit à petit les fondements. Vous avez raison de souligner que ces atteintes passent par la destruction souterraine de l'instruction et culture générale des citoyens et de la restructuration ou disparition des écoles et de leurs contenus .
Les représentants actuels, de gauche ou de droite, parlent dans le vide qu'ils ont eux même constitué.
Si je peux vous inviter à lire le texte à cette adresse sur les évènements de banlieue, écrit par Gilbert Molinier, digne défenseur de la neutralité scolaire : http://www.r-lecole.freesurf.fr/
http://users.skynet.be/aped/Forum/ForumAncien/textes/petitionmolinier.html
Vous me direz ce que vous en pensez.
Rédigé par: DG | 15/11/2005 à 21:12
Totalement d'accord avec vous, le problème est avant tout social il y a de nombreux jeunes "blancs" dans les cités et ils sont également discriminés sur leur langage leur aspect vestimentaire, etc ... ce qui ne doit pas faire oublier le racisme ordinaire et quotidien du à la couleur de peau et à la consonnance du nom.
Il semble que certains aient intérêt à mettre en avant voir à encourager l'existence de communautées "ethniques" pour prouver l'échec du modèle républicain... peut-être est-ce parceque la laîcité est une incongruité qui dérange ?
Rédigé par: Quoique | 15/11/2005 à 21:17