Sommes-nous dans une situation pré-révolutionnaire? Certains évènements récents pourraient nous le faire penser... "Une révolte? Non, sire, une révolution".
Premier signe: bien évidemment, l'embrasement récent de certaines banlieues parisiennes. La situation semble par moment proche de l'insurrection, insurrection sans projet politique certes, mais insurrection néanmoins. Comment en est-on arrivé là? Comment, dans certains quartiers de notre société, dite démocratique, dite républicaine, peut-on assister à des scènes dignes de certaines batailles rangées dans les territoires occupés, ou de certaines émeutes dans des pays justement sans Etat, livrés à des bandes criminelles régnant sur leur territoire comme des seigneurs (saigneurs) de Moyen-Age? Comment, aujourd'hui en France, à quelques kilomètres de Paris, peut-on être tué dans la rue pour avoir photographié un lampadaire (et dérangé par là-même quelques dealers de quartiers, ces tristes seigneurs, contemporains à défaut d'être modernes, connus des services de police, comme on dit)?
Second signe: aux frontières sud de l'Europe, sur un continent qui n'est plus l'Europe mais qui en porte toute la mauvaise conscience, des hommes, qui n'ont plus que la vie à perdre, abandonnent leur pays, leurs racines, ce qui reste de leur famille, traversent des déserts, se terrent dans des collines, s'entassent dans des camps, se jettent sur des barbelés ou dans de frêles esquifs pour rejoindre l'Eden, le Paradis sur Terre, l'Europe. Des centaines aujourd'hui, des milliers demain sûrement, des millions après-demain peut-être. Qu'est ce qui les retient? Pourquoi, finalement, ont-ils attendu si longtemps?
Troisième signe: Marseille, Marseille et sa Marseillaise, chant révolutionnaire de tout un peuple en marche contre l'injustice il y a de cela un peu plus de deux siècles, Marseille et ses grévistes. La SNCM hier, la RTM et le port autonome aujourd'hui, la ville entière demain? Jusqu'au-boutistes les marins marseillais, les dockers marseillais, les conducteurs de bus marseillais? Irresponsables? Ou bientôt désespérés?
Quatrième signe: le 4 octobre, dans la rue, de nombreux cadres, souvent du privé (HP, British Airways...) se sont joints pour la première fois depuis des lustres aux habituels cortèges des fonctionnaires et autres enseignants. Marre d'être entre le marteau du patronat et des cadres dirigeants et l'enclume des autres salariés. Découragés, démotivés, déconsidérés. Bonjour Paresse comme on dit chez EDF...
Cinquième signe: voilà que même les stagiaires s'y mettent. Cette main d'oeuvre corvéable à merci, qui ne disait jamais rien, à qui on faisait faire tout et surtout n'importe quoi, et pour des clopinettes voire pas un rond (quelqu'un a t-il un jour chiffré combien d'emplois à temps plein représentaient les stages non rémunérés en entreprises), tout cela sous le prétexte de découvrir l'entreprise (belle et heureuse découverte dans ces conditions), voilà qu'elle manifeste ce mardi (un jour férié tout de même), qu'elle revendique. Comment appelle t-on un système dans lequel tout salaire ne mérite pas travail, sinon l'esclavagisme?
Hasard ou situation pré-révolutionnaire? La question est alors: sommes-nous à la veille de 1789 ou de 1940?
Crédits photo: lawgeek
Les commentaires récents