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29/11/2005

Les émeutes vues par quatre penseurs

RebondUn Rebond très riche, dans Libération daté du 21/11, qui m'avait échappé mais que j'ai tout de même pu attraper au vol grâce à Quoique.

Pierre Rosanvallon, Jean-Pierre Le Goff, Eric Maurin et Emmanuel Todd échangent autour de quatre question de fond liées aux émeutes récentes en banlieue: mouvement politique ou révolte nihiliste? Un nouveau symptôme de la crise française? La fin du modèle républicain? Sarkozy, sauveur ou fauteur de troubles (tiens cette question me rappelle quelque chose)?

Il y aurait moultes commentaires à faire autour de ces quatre points de vue extrêment riches (sans doute ce que j'ai lu de mieux sur ces évènements). Pour ce soir, j'ai retenu deux points particuliers développés par Eric Maurin dans la première question: la division des classes populaires et les conséquences de l'émergence d'un prolétariat de l'économie des services.

Photo: Balle de golf - Chronophotographie INRP

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28/11/2005

Parfois, le Monde m'emmerde

Le_mondeEnfin, quand je parle du Monde, c'est du journal...
Et puis quand je dis "parfois"...

Dernier exemple en date, pas plus tard qu'hier, autour de "l'affaire" Finkielkraut. On en a déjà parlé ici et ou encore là. J'avais d'ailleurs réagi en commentaire ici.

Rapide rappel des faits. Dans l'édition du 18/11 du journal israélien Haaretz, notre philosophe "néo-réactionnaire", selon la classification lindenberguienne en vogue dans le landernau intellectuel progressiste et moderne, a donné une interview en anglais où il livre son analyse de la crise des banlieues que la France vient de connaitre. Le 24/11, Le Monde donc, publie un article intitulé "La voix "très déviante" d'Alain Finkielkraut au quotidien Haaretz" dans lequel ne sont repris que des extraits de l'entretien original, qui plus est avec des phrases tronquées et sorties du discours global. Tollé quasi général face à des propos que l'on attribuerait volontiers à un JMLP au meilleur de sa forme. Même le MRAP menace de porter plainte (décidemment, la liberté d'expression a du plomb dans l'aile dans notre beau pays). Devant le scandale naissant, Finkie (pour l'appeler par son petit nom) se voit obligé de présenter des excuses sur l'antenne d'Europe 1 le 25/11, ce qui donne lieu à un nouvel article du Monde, qui, en plus de rapporter les excuses de notre Candide moderne, en profite pour citer une nouvelle fois les propos incriminés, toujours sans autre détail. Dernier épisode, dans le Monde de samedi, une longue interview de Finkie par le journaliste ayant pondu le premier papier où le philosophe a enfin la possibilité in extenso de s'expliquer sur les fameux propos. Et comment le journaliste titre t-il le papier? "Alain Finkielkraut: j'assume"!

Bien, alors, quelle impression croyez-vous que ce titre, qui est en fait la dernière phrase, tronquée encore une fois, de l'entretien, donne au lecteur moyen qui a surtout retenu de tout cela l'accusation de racisme et de dérapage à peine contrôlé? Et bien que Finkielkraut assume totalement le fait de passer pour un raciste et récidive des deux mains. Alors qu'il dit exactement le contraire dans l'entretien. Qu'il ne se reconnait pas dans le premier article et les extraits "judicieusement" choisis.

Je ne disserterai pas sur le fond de l'affaire. Je ne partage pas totalement certaines des analyses développées et en particulier, comme je l'ai déjà écrit ici, je pense que la cause de tout cela est profondément sociale (et non ethnico-religieuse comme semble le penser Finkielkraut) même si des interférences peuvent avoir lieu. Mais la façon dont le quotidien national de référence a (mal)traité cette affaire laisse songeur voire pantois devant une telle malhonnêteté intellectuelle. La presse française est en crise? Rassurez-vous, avec de telles pratiques, ça ne risque pas de s'arranger.

27/11/2005

Laïcité: à boire et à manger

Club_laiciteDans deux semaines, nous fêterons le centenaire de la loi de 1905. Les manifestations et colloques en tous genres se multiplient en France à l'approche de l'évènement. Quand j'écris "en tous genres", c'est vraiment en tous genres. Pour preuve, ces deux manifestations:

- jeudi 24 novembre à Paris - "La laïcité un outil pour vivre ensemble", organisée par l' hebdo "La Vie" (du groupe Le Monde) avec deux grands intervenants, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur (dont on a pu apprécier la conception particulière de la laïcité qu'il développe dans un ouvrage consacré au sujet) et Mgr Defois, archevêque de Lille;

- dimanche 11 décembre à Paris, maison de l'Unesco - "Laïcité, une centenaire d'avenir?", organisée par le Club Laïcité, avec comme intervenants Henri Pena Ruiz, François Bayrou, Jean-Pierre Chevènement, Jean-François Kahn, Patrick Kessel, président d'honneur du Comité Laïcité République, entre autres.

Je vous laisse deviner vers laquelle mon coeur balance. Et dans laquelle on parlera effectivement de Laïcité...

Depuis le temps que je vous le dis

XenophobeAprès le résultat du référendum en France, nombre de mes amis oui-ouistes et de "brillants" analystes ont plus que de raison interprété ce vote comme une énième preuve du caractère profondément xénophobe d'une majorité grandissante de nos concitoyens. Et de prendre comme preuve ultime la campagne "haineuse" d'une organisation bien connue pour ses penchants xénophobes, bien qu'elle ait pourtant pour objet l'éducation populaire (mais me direz-vous, cela n'a rien de contradictoire), j'ai nommé la désormais célèbre ATTAC.

J'avais beau leur dire que je ne croyais pas une seule seconde que les Français en général fussent plus racistes ou xénophobes que leurs voisins européens, voire même qu'ils l'étaient certainement bien moins, malgré un certain 21 avril de triste mémoire, rien n'y faisait, le français moyen sombrait irrémédiablement pour les élites mondialisées qui nous gouvernent et nous informent dans la réaction primaire anti-étranger. La France, qui est certainement le pays d'Europe continentale le plus métissé, même s'il il a parfois du mal à l'intégrer, était donc devenu l'avant-garde de la xénophobie décomplexée.

Et ben voilà t-y pas qu'une enquête de la Fondazione Nord-Est et du laboratoire de sciences politiques de l'université d'Urbino en Italie vient m'apporter enfin des éléments tangibles pour dénoncer cet énième mensonge de la pensée unique dominante. Même Le Monde n'en revient pas et écrit sa "grande surprise". Et pour cause, notre quotidien de référence n'était pas le dernier à traiter quelques uns de ces lecteurs de xénophobes qui s'ignorent. L'enquête, intitulée "Immigration et citoyenneté en Europe", a été réalisée auprès de six pays européens (dont trois nouveaux entrants), la France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie. Et la France apparait comme le pays justement "le moins xénophobe" dans son ensemble.

Allez, je cite pour le plaisir:
"Selon cette enquête, les Français interrogés se montrent en moyenne beaucoup moins inquiets que les Italiens ou les Allemands, et infiniment moins que les Polonais ou les Hongrois. Ainsi, l'idée que les immigrés "sont un danger pour notre culture, notre identité ou notre religion" reçoit-elle l'adhésion de 29,2 % des Allemands (en hausse de 4 points sur 2004) et de 26,6 % des Italiens, mais de seulement 22,6 % des Français (en baisse de 3,2 points). L'idée qu'ils représentent "une menace pour l'emploi" est acceptée par près de 40 % des Allemands et par 35 % des Italiens, mais par 26,7 % des Français."

Certes, 22,6% des Français qui considérent que les immigrés sont un danger pour notre culture, c'est encore trop. Mais cela correspond grosso modo aux électorats récurrents lepénistes et villieristes. Et sûrement pas donc aux 55% de nonistes de mai dernier. Mais bon, certains prennent un tel plaisir à se faire du mal, qu'on ne va pas non plus leur ôter ce plaisir masochiste...

Copyright: pour la photo, merci au journal burkinabé L'Opinion.

18/11/2005

Shorter

Le problème...       La solution...

Sarkozy_rageur_1Sarkozy_rageur_1









Et vice versa.

Où quand la stratégie politique vise à mettre de l'huile sur le feu afin de se faire passer pour le seul dernier recours...

13/11/2005

Revue de presse dominicale

KiosqueDeux articles intéressants ce dimanche sur le site du Monde.

Tout d'abord, le premier sur les manifestations importantes en Espagne contre un projet de loi du gouvernement Zapatero qui viserait à abroger une réforme de son prédécesseur, José Maria Aznar, qui faisait de l'enseignement de la religion catholique une matière obligatoire. Le projet de loi obligerait certes toujours les écoles primaires et secondaires à offrir un tel enseignement mais il serait facultatif pour les élèves, qui pourraient choisir entre ce "catéchisme" et un cours dit "d'instruction civique". Dans ces manifestations, qui auraient rassemblé près d'un million de personnes selon la TVE, des évêques et des dirigeants du PP (Parti Populaire) côte à côte. C'est la seconde fois cette année, après les manifestations de juin dernier contre la loi pour légaliser le mariage homosexuel (lire aussi ici).
Les lecteurs réguliers de ce blog doivent savoir que la laïcité est un de mes chevaux de bataille. En cette année de centenaire de la loi de 1905 en France, à moins d'un mois de cet anniversaire historique, ces manifestations, dans un pays qui a pourtant inscrit dans sa constitution de 1978 qu'il n'y a pas de religion d'Etat (ce qui est un commencement de laïcisation de l'Etat), nous montrent combien rien n'est acquis et combien les "autorités" religieuses, et  l'Eglise catholique au premier rang en Europe, n'ont toujours pas renoncé à reconquérir leur emprise sur la vie publique ici et ailleurs (à ce titre le reportage de lundi dernier sur France 3 au sujet des Evangélistes aux Etats-Unis était proprement hallucinant vu de ce côté ci de l'Atlantique). Et combien donc le combat doit continuer.

Le second est un entretien avec Emmanuel Todd au sujet des évènements récents dans certaines banlieues françaises. J'en retiens en particulier deux phrases:

- "Tout ça n'aurait pas pu se produire si ces enfants d'immigrés n'avaient pas intériorisé quelques-unes des valeurs fondamentales de la société française, dont, par exemple, le couple liberté-égalité."

Un intervenant dans une émission de débat autour de ces questions un soir de la semaine (je crois que c'était mardi soir) sur France 3 développait également une analyse proche. Alors que le discours dominant nous serine à longueur d'antennes et de tribunes aussi bien en France qu'à l'étranger (certains de nos amis américains font preuve ces derniers jours d'un anti-français primaire, sic) que ces émeutes marquent l'échec total du modèle d'intégration républicaine (je préfère parler moi d'assimilation, on n'intègre pas des citoyens qui sont déjà français de naissance), Todd pense qu'au contraire, ces revendications appellent à concrétiser dans les faits notre devise républicaine et non à mettre nos idéaux au rebut de l'histoire. Je le suis totalement dans cette analyse. Le problème n'est pas la non-validité de notre tryptique républicain (auquel j'ajouterai pour faire écho à mon premier point la laïcité), mais l'incapacité de notre classe politique à le concrétiser par des mesures fortes, voire la volonté pour certains de le détruire à petit feu (par exemple en laissant mourir l'école dans ces quartiers, en renonçant à la police de proximité...).

- "Les jeunes ethniquement mélangés de Seine-Saint-Denis s'inscrivent dans une tradition de soulèvement social qui jalonne l'histoire de France"

Deux idées dans cette phrase.
La première concerne la mixité "d'origine" de ce que l'on qualifie "jeunes de banlieues". En effet, on y voit aussi bien des noirs, que des jeunes de type maghrébin ou que des "européens" (français, portugais, comme deux des quatre ados qui ont mis le feu à une boite aux lettres d'un immeuble de L'Haÿ-Les-Roses il y a quelques semaines, provoquant le drame que l'on sait). En Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, les émeutes de ces dernières années voient s'affronter des communautés homogènes "ethniquement" parlant: blacks d'un côté, hispanos de l'autre à Los Angeles; afro-caribéens  contre asisatiques à Birmingham; pakistanais contre blanc à Oldham... Ainsi donc, En france, le problème est beaucoup plus social qu'ethnique ou communautaire. Certains pourtant n'hésitent guère à plaquer une analyse raciale ou religieuse sur des évènements qui  trouvent leur source essentiellement dans une fracture sociale. Certes, les discriminations au faciès existent et ne font qu'empirer les problèmes sociaux. Mais "ce n'est" à mon sens qu'une discrimination supplémentaire. Pour preuve, certains réussissent et s'en sortent, même noirs, même maghrébin.
La seconde a trait à la tradition de soulèvement social. Là encore, je fais parfois bien rire dans certains salons en avançant le caractère profondément révolutionnaire de notre vieux pays. Et pourtant, faut-il lister les "révolutions" qui ont secoué le pouvoir depuis celle fondatrice du mythe en 1789? Donc oui, au risque de me répéter, il se pourrait que nous soyons à la veille d'une prochaine révolution sociale, n'en déplaise à ceux qui pensent que nous vivons dans une démocratie apaisée...

Copyright image : AFP/Jacques Demarthon
 

09/11/2005

Intermède warholien

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Lu sur le site de Télérama et donc certainement dans le magazine papier de cette semaine cet incroyable témoignage d'une journaliste de Télérama qui s'est inventée, avec la complicité d'une amie, une histoire de réconciliation bidon afin de passer dans la célébrissime émission des Laurel et Hardy de TF1, Bataille et Fontaine. Et ça a marché!

Verbatim et morceaux de choix, mais je vous invite vivement à lire l'intégralité du témoignage sur le site:

- d'une assistante de production à la journaliste de Télérama: « On reçoit une centaine de candidatures par jour, il faut éviter les fous, les mythomanes, ceux qui ont déjà fait des émissions, ceux qui nous font chercher des personnes décédées, les histoires de couple qui pourraient mal tourner... On nous dit même de faire gaffe aux journalistes qui pourraient s'infiltrer ! » Sic!
- dernière recommandation avant le plateau: « Soyez sincère, mettez vos tripes sur la table. Si vous pleurez, ce n'est pas grave. Ne donnez pas l'impression d'être sûre que Patricia ouvrira le rideau : ça casse le suspense et les gens zappent. » Audience, audience, quand tu nous tiens!
- quoi, des semblants de remords: « C'est votre intimité, je comprends... mais on peut rejouer la scène plus tard, la simuler ? » La simuler? Et l'authenticité des larmes alors?

Bref, le prix à payer non pour un quart d'heure de célébrité mais de ridicule.

Copyright image : TF1

04/11/2005

Signes

RevolutionSommes-nous dans une situation pré-révolutionnaire? Certains évènements récents pourraient nous le faire penser... "Une révolte? Non, sire, une révolution".

Premier signe: bien évidemment, l'embrasement récent de certaines banlieues parisiennes. La situation semble par moment proche de l'insurrection, insurrection sans projet politique certes, mais insurrection néanmoins. Comment en est-on arrivé là? Comment, dans certains quartiers de notre société, dite démocratique, dite républicaine, peut-on assister à des scènes dignes de certaines batailles rangées dans les territoires occupés, ou de certaines émeutes dans des pays justement sans Etat, livrés à des bandes criminelles régnant sur leur territoire comme des seigneurs (saigneurs) de Moyen-Age? Comment, aujourd'hui en France, à quelques kilomètres de Paris, peut-on être tué dans la rue pour avoir photographié un lampadaire (et dérangé par là-même quelques dealers de quartiers, ces tristes seigneurs, contemporains à défaut d'être modernes, connus des services de police, comme on dit)?

Second signe: aux frontières sud de l'Europe, sur un continent qui n'est plus l'Europe mais qui en porte toute la mauvaise conscience, des hommes, qui n'ont plus que la vie à perdre, abandonnent leur pays, leurs racines, ce qui reste de leur famille, traversent des déserts, se terrent dans des collines, s'entassent dans des camps, se jettent sur des barbelés ou dans de frêles esquifs pour rejoindre l'Eden, le Paradis sur Terre, l'Europe. Des centaines aujourd'hui, des milliers demain sûrement, des millions après-demain peut-être. Qu'est ce qui les retient? Pourquoi, finalement, ont-ils attendu si longtemps?

Troisième signe: Marseille, Marseille et sa Marseillaise, chant révolutionnaire de tout un peuple en marche contre l'injustice il y a de cela un peu plus de deux siècles, Marseille et ses grévistes. La SNCM hier, la RTM et le port autonome aujourd'hui, la ville entière demain? Jusqu'au-boutistes les marins marseillais, les dockers marseillais, les conducteurs de bus marseillais? Irresponsables? Ou bientôt désespérés?

Quatrième signe: le 4 octobre, dans la rue, de nombreux cadres, souvent du privé (HP, British Airways...) se sont joints pour la première fois depuis des lustres aux habituels cortèges des fonctionnaires et autres enseignants. Marre d'être entre le marteau du patronat et des cadres dirigeants et l'enclume des autres salariés. Découragés, démotivés, déconsidérés. Bonjour Paresse comme on dit chez EDF...

Cinquième signe: voilà que même les stagiaires s'y mettent. Cette main d'oeuvre corvéable à merci, qui ne disait jamais rien, à qui on faisait faire tout et surtout n'importe quoi, et pour des clopinettes voire pas un rond (quelqu'un a t-il un jour chiffré combien d'emplois à temps plein représentaient les stages non rémunérés en entreprises), tout cela sous le prétexte de découvrir l'entreprise (belle et heureuse découverte dans ces conditions), voilà qu'elle manifeste ce mardi (un jour férié tout de même), qu'elle revendique. Comment appelle t-on un système dans lequel tout salaire ne mérite pas travail, sinon l'esclavagisme?

Hasard ou situation pré-révolutionnaire? La question est alors: sommes-nous à la veille de 1789 ou de 1940?

Crédits photo: lawgeek