J'aime bien John Le Carré. J'aime ses romans (relire la Constance du jardinier). J'aime aussi ce qu'il dit aujourd'hui dans Le Monde.
"Il n'y a aucune logique dans le terrorisme. Lui trouver une logique serait déjà lui conférer une dignité qu'il ne mérite pas. On ne peut l'excuser. Mais on doit chercher à l'expliquer. Lorsque quelqu'un veut vous tuer, il est utile de savoir pourquoi. Et c'est quelque chose qu'on cherche à nous décourager de faire, parce que Bush et Blair ne peuvent pas laisser établir un lien entre les attentats et la guerre en Irak."
"C'est une hérésie moderne en Grande-Bretagne et en Amérique, de suggérer que la guerre a pu, en quoi que ce soit ,pousser certains à commettre des actes terroristes. Bien sûr, la guerre ne les excuse pas. Mais il est idiot d'imaginer qu'elle n'a pas créé un contexte favorable à la terreur. Les services de renseignement avaient prévenu Blair que la guerre faciliterait le recrutement de terroristes."
"Lorsque des communautés ont été longtemps exploitées, cela crée chez elles un désir de revanche, si psychotique ou erroné qu'il soit. Pour comprendre ce qui produit cette psychose qui conduit à vouloir "tuer, tuer, tuer", il suffit d'observer ces communautés."
"M. Bush ne cesse de répéter que le mode de vie des Américains est le seul qui vaille. C'est à mes yeux un discours fondamentaliste. L'idée que ce mode de vie est universellement exportable est obscène. Si vous admettez un concept de type orwellien selon lequel l'Amérique est le bien, et l'islam le mal, il n'y a plus aucune souplesse de pensée."
"L'alliance Bush-Blair a été une catastrophe pour les Britanniques. Nous avons ainsi aliéné notre relation avec l'Asie et avec l'Europe, et, en vérité, nous avons fantasmé sur notre relation avec les Etats-Unis. Nous avons même mis en danger notre sécurité nationale."
"La tromperie de l'opinion a atteint un degré inacceptable. L'offense faite à la vérité est devenue scandaleuse et très dangereuse. En Grande-Bretagne, comme aux Etats-Unis, il n'existe en pratique aucune opposition parlementaire. Et les partis n'expriment pas ce que les gens pensent vraiment et ce dont ils parlent."
"Je ne pense pas être un radical, mais je suis en colère, oui. Mais, après tout, c'est l'attitude classique d'un vrai libéral anglais."
Populiste John Le Carré. Sans doute.
Anti-américain John Le Carré. Assurément.
Réactionnaire John Le Carré. Certainement.
Triste époque.







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