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29/07/2005

Scénario pour 2007

ConstitutionNote légère (pour changer, quoique) avec ce petit exercice de prospective politique, qui tient plus du fantasme personnel que d'une analyse rigoureuse, mais qui sait...

Ce scénario prospectif part de plusieurs constats:
- le régime politique de la Vème République est à bout de souffle;
- la vie politique française a connu au moins deux séismes majeurs en trois ans, la présidentielle de 2002 et le référendum de 2005 (les élections régionales et européennes de 2004 qui ont vu la défaite de la droite de gouvernement, et non la victoire d'un inexistant projet alternatif de gauche, en sont des répliques atténuées). Le peu de conséquences tirées par les acteurs politiques en place fait craindre un troisième séisme en 2007;
- Chirac a tout raté en dix ans au pouvoir (la liste est trop longue). S'il ne veut pas rester dans l'histoire de la vie politique française comme l'archétype du looser, il doit tenter quelque chose avant la fin du quinquennat;
- Sarkozy, ennemi juré du Président, Judas éternel, se positionne comme l'homme fort dans la perspective de la présidentielle de 2007;
- le Non au référendum français affaiblit durablement le PS qui ne semble pas en mesure aujourd'hui de remonter la pente afin de présenter un candidat susceptible de battre Sarkozy en 2007. Une éventuelle union de la gauche est plus qu'incertaine;
- Chirac n'est jamais aussi dangereux qu'à l'approche d'un élection. C'est un tueur (la liste de ces victimes jonche l'histoire de la Vème République), certes affaibli, mais le vieux lion règne encore, secondé par une mouette dont il faut se méfier.

Alors?

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27/07/2005

Démocratie représentative?

Cette interrogation peut paraitre incongrue tant il nous semble acquis que nous vivons, en Europe, dans des sociétés démocratiques. Et pourtant, l'histoire devrait nous enseigner qu'aucun système politique, y compris le pire à l'exception de tous les autres, n'est éternel. La démocratie, plus que tout autre système même, ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. Et il faut bien admettre que, d'élections en élections, il semble de plus en plus difficile de faire l'impasse sur une réflexion de fond quant au fonctionnement, ou plutôt aux dysfonctionnements de nos systèmes de représentation démocratique.

La plupart des pays occidentaux base leur système politique sur la démocratie représentative, qu'il faut distinguer d'autres formes possibles de pratique démocratique, telle par exemple la démocratie directe, néanmoins elle aussi utilisée en quelques rares occasions, dont le récent référendum sur le TECE en France.

A ce stade, quelques définitions s'imposent afin de s'entendre sur ce dont on parle:

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26/07/2005

John Le Carré

202055721508mzzzzzzzJ'aime bien John Le Carré. J'aime ses romans (relire la Constance du jardinier). J'aime aussi ce qu'il dit aujourd'hui dans Le Monde.

"Il n'y a aucune logique dans le terrorisme. Lui trouver une logique serait déjà lui conférer une dignité qu'il ne mérite pas. On ne peut l'excuser. Mais on doit chercher à l'expliquer. Lorsque quelqu'un veut vous tuer, il est utile de savoir pourquoi. Et c'est quelque chose qu'on cherche à nous décourager de faire, parce que Bush et Blair ne peuvent pas laisser établir un lien entre les attentats et la guerre en Irak."

"C'est une hérésie moderne en Grande-Bretagne et en Amérique, de suggérer que la guerre a pu, en quoi que ce soit ,pousser certains à commettre des actes terroristes. Bien sûr, la guerre ne les excuse pas. Mais il est idiot d'imaginer qu'elle n'a pas créé un contexte favorable à la terreur. Les services de renseignement avaient prévenu Blair que la guerre faciliterait le recrutement de terroristes."

"Lorsque des communautés ont été longtemps exploitées, cela crée chez elles un désir de revanche, si psychotique ou erroné qu'il soit. Pour comprendre ce qui produit cette psychose qui conduit à vouloir "tuer, tuer, tuer", il suffit d'observer ces communautés."

"M. Bush ne cesse de répéter que le mode de vie des Américains est le seul qui vaille. C'est à mes yeux un discours fondamentaliste. L'idée que ce mode de vie est universellement exportable est obscène. Si vous admettez un concept de type orwellien selon lequel l'Amérique est le bien, et l'islam le mal, il n'y a plus aucune souplesse de pensée."

"L'alliance Bush-Blair a été une catastrophe pour les Britanniques. Nous avons ainsi aliéné notre relation avec l'Asie et avec l'Europe, et, en vérité, nous avons fantasmé sur notre relation avec les Etats-Unis. Nous avons même mis en danger notre sécurité nationale."

"La tromperie de l'opinion a atteint un degré inacceptable. L'offense faite à la vérité est devenue scandaleuse et très dangereuse. En Grande-Bretagne, comme aux Etats-Unis, il n'existe en pratique aucune opposition parlementaire. Et les partis n'expriment pas ce que les gens pensent vraiment et ce dont ils parlent."

"Je ne pense pas être un radical, mais je suis en colère, oui. Mais, après tout, c'est l'attitude classique d'un vrai libéral anglais."

Populiste John Le Carré. Sans doute.
Anti-américain John Le Carré. Assurément.
Réactionnaire John Le Carré. Certainement.

Triste époque.

25/07/2005

Top modèle ou Blair l'illusionniste

Images

Ainsi donc c'est entendu, le Royaume-Uni de Tony Blair représente l'avenir de l'Europe, et du haut de son insolent dynamisme économique, la perfide Albion le modèle à suivre. Non seulement, il y a presque unamité des médias pour vanter la réussite de la fameuse troisième voie britannique incarnée par le leader du parti travailliste, non seulement, par une ruse de la petite histoire (et par une tactique digne des meilleurs stratèges d'échecs) Blair apparait en position de force sur la scène européenne après le Non francais (alors même que nous lui avons enlevé une sérieuse épine du pied en lui permettant de reporter sine die un référendum à haut risque pour lui), non seulement, une partie du PS rêve de transformer le parti qui n'a plus de socialiste que le nom en New Labour à la française, non seulement la blogosphère que je fréquente ne jure que par la réussite à la sauce anglaise, mais en plus, ultime affront, Londres vient de souffler à Paris les Jeux Olympiques qui lui semblaient promis (je ne parlerai pas ici de la vague d'attentats que subissent nos amis anglais, le seul mot à dire à ce sujet étant solidarité, solidarité totale).

Il faut dire que les chiffres sont plutôt flatteurs, vu de ce côté-ci de la Manche. Une croissance de 3.2% en 2004 (contre 2.3% pour l'UE à 25), croissance qui, depuis 199, a toujours sur-performé la moyenne européenne, une inflation à 1.3% en 2004 (contre 2.1% pour l'UE à 25), elle aussi toujours en deçà de la moyenne européenne depuis 1997,  une dette publique qui est passée de plus de 50% du PIB à moins de 40% entre 1997 et 2003 (à titre de comparaison la France avait une dette publique de près de 64% du PIB à fin 2003), mais surtout, last but not least, un taux de chomage à faire palir d'envie les gouvernements essouflés du vieux continent, 4.7% en 2004 contre 8% à fin 1996 (contre 9% dans l'UE des 25 et faut-il le rappeler, 9.7% en France) - source des chiffres Eurostat.

Sans compter évidemment sur une monnaie qui se porte plutôt pas mal (et qui n'est pas l'euro!), et des services publics en voie de guérison, après la saignée opérée par des années de tatchérisme. Alors ? La messe est dite?

Vous pensez bien qu'un laïque comme moi, athée qui plus est, ne pouvait pas se contenter d'un tel catéchisme sans fouiller un peu. Et voilà qu'un article de Marianne me fournit les munitions que je recherchais. Et plus qu'un article de Marianne, dont on pourrait à raison douter de l'objectivité, ce sont surtout les travaux de deux chercheurs anglais de l'université de Sheffield qui, à la manière d'un Gérard Majax dévoilant l'envers du décor des tours de magie, soulève une partie du voile de fumée qui fait office d'aura à l'homme politique de ce début de siècle.

Christina Beatty et Stephen Fothergill, du Centre for Regional Economic and Social Research de l'université de Sheffield, étudient depuis plusieurs années l'emploi au Royaume-Uni, en particulier dans les régions sinistrées de Grande-Bretagne autour des bassins miniers ou au Pays de Galles. Une de leurs études publiées fin 2002 révèle que le nombre effectif de personnes sans emploi au Royaume-Uni est largement sous-estimé par les statistiques officielles, nombre de chômeurs ayant été "transférés" de l'assurance-chômage (jobseeker's allowance) à l'assurance-maladie (incapacity benefit). En réintégrant ces transferts statistiques, le nombre effectif de sans emploi atteint 2.8 millions de personnes en 2002, contre 1.5 millions dans les statistiques officielles! Pratiquement le double! L'effet est de plus particulièrement important dans des régions comme le Pays de Galles, le nord de l'Angleterre ou l'Ecosse. J'avais déjà entendu furtivement cette analyse lors d'une émission radio écoutée d'une oreille distraitre mais cela me semblait quand même assez gros (voir aussi cet article du Guardian). Et bien non, le taux de chomage officiel sous-estime de presque moitié le taux de chomage réel. Soit, un taux de chomage quelque part autour de 10%. Ce qui faisait dire ainsi à un analyste de Bloomberg, Matthew Lymn, en juin 2004, dans une note intitulée "Le paradis britannique de l'emploi est une affaire de sémantique",  "les Britanniques devraient cesser de s'imaginer qu'ils ont résolu le problème du chômage". Et certains de nos politiciens (et quelques amis bloguers, pour ne pas dire blagueurs) devraient cesser de nous les briser menu menu avec la réussite anglaise quant au traitement du chômage.

Vous me direz: après tout, ce n'est qu'un transfert d'un système d'indemnisation vers un autre, transfert qui est plus souvent volontaire, puisque ce sont les concernés qui se déclarent malades ou handicapés. Sauf que, quel aveu, quel modèle de société, où l'on considère les sans emploi comme des malades ou des handicapés. Ce serait donc cela le social-libéralisme! Et sauf que, lorsque l'on connait l'impact important du taux de chomage sur la confiance et donc la consommation, lorsque l'on sait que cet argument nous est rabaché à longueur d'antenne par chroniqueurs, éditorialistes et hommes politiques vantant les mérites du modèle anglais quant au traitement du chômage, on ne peut qu'applaudir des deux mains le tour de passe-passe statistique de maître Blair. Après les ADM en Irak, voilà un deuxième mirage qui nous montre que décidemment, la politique en ce début de 21ème siècle, c'est beaucoup de communication, beaucoup de conviction et ma foi, bien peu de réalité. Orwell n'aurait pas fait mieux.