La laïcité, une exception française ? Voilà une question qui revient périodiquement sur la table, souvent d’ailleurs apportée au débat par des adversaires affichés ou des partisans d’une laïcité ouverte, rénovée, ré-actualisée, plurielle, enfin d’une redéfinition de la laïcité en prétextant du caractère prétendument singulier d’une éventuelle conception ou acceptation franco-française de ce terme.
Et question qui a été soulevée récemment à nouveau lors des débats autour du texte du Traité Constitutionnel Européen, en France mais aussi par certains intervenants européens. « Notre » laïcité ne serait ainsi pas « euro-compatible ».
Donc en quoi la situation française présenterait-elle une singularité quant au concept de laïcité ? Avant même d’étudier plus avant cette question, il n’est peut-être pas inutile de vous indiquer quel sens je mets derrière ce terme. Je vais reprendre pour cela une définition proposée par Henri Pena-Ruiz dans un ouvrage au titre particulièrement évocateur « Qu’est-ce que la laïcité ? », définition que je fais mienne sans aucune restriction :
« La laïcité est l’affirmation simultanée de trois valeurs qui sont aussi des principes d’organisation politique : la liberté de conscience fondée sur l’autonomie de la personne et de sa sphère privée, la pleine égalité des citoyens (et en cela des athées, des agnostiques et des divers croyants), et le souci d’universalité de la sphère publique, la loi commune ne devant promouvoir que ce qui est d’intérêt commun à tous. »
Cette définition est riche, dense, complexe, et pourrait constituer un programme politique en soi. C'est une définition qui va bien au-delà de la simple séparation juridique des Eglises et de l'Etat. Elle donne ainsi un droit à tout citoyen, celui de la liberté absolue de conscience, principe plus large et englobant la liberté religieuse. Elle protège ainsi le citoyen de toute "religion d'Etat" et assure donc la stricte égalité de tous les citoyens en ne reconnaissant aucune croyance particulière. Mais elle impose également un devoir tant au citoyen qu'aux Eglises, celui de la neutralité de la sphère publique. La spiritualité devient affaire privée et se détache du temporel. Ce n'est pas une négation, c'est un retour au source ("Rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu"). C’est surtout un idéal de vie commune, et en ce sens, il n’est jamais totalement et pleinement concrétisé. Ce qui, au passage, n’est peut-être pas plus mal car l’histoire nous a appris qu’il ne faisait pas toujours bon de concrétiser certains de nos idéaux : « La voie du bonheur est dans le cheminement vers l’idéal, non dans sa réalisation » aurait certainement pu dire Lao Tseu ! Je crois d’ailleurs, en fait j’en suis sûr pour l’avoir vérifié, qu’il a dit : « le but n’est pas le but, c’est la voie ».
La laïcité est donc un idéal, un idéal universaliste. Nous avons là une première réponse : comment un idéal universel pourrait être singulier à un pays ? La laïcité en tant qu’idéal universaliste d’organisation de la Cité, de l’espace public du débat, rejoint en ce sens les idéaux universalistes des Droits de l’Homme. Irait-on soutenir que les Droits de l'Homme sont une exception française, ou même occidentale?
Le concept de laïcité, et celui inséparable de liberté de conscience, n’a donc rien de spécifiquement et d’exclusivement français. Il a d’ailleurs été pensé également ailleurs, en d’autres temps, et par des hommes d’autres pays, d’autres cultures.
Mais la laïcité désigne également le dispositif juridique qui tout à la fois se fonde sur cet idéal universaliste et le réalise. Si exception, ou du moins singularité, française il y a, elle peut sans doute se comprendre non dans le concept mais dans sa mise en application concrète et juridique, dans sa transposition dans le droit.
En France, cette application, c’est la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, avec toutes les imperfections qu’elle contient, avec toutes les dérives qu’elle a connu depuis, avec une accélération ces quinze dernières années. Ce qui montre bien d’ailleurs l’écart entre l’idéal et sa concrétisation. Et ce qui montre également que la laïcité de l'espace public n'est jamais acquise, qu'elle est à défendre en permanence contre les tentatives des Eglises de se réapproprier la sphère publique. C'est en ce sens qu'il faut comprendre les débats en France sur l'article I-52 du TCE. Et c'est également en ce sens que je notais il y a quelques semaines sur Publius que la construction européenne et la Constitution que l'on nous proposait n'étaient pas d'essence laïque.
Et ailleurs en Europe ? Je me restreins volontairement et consciemment à l’Europe, le débat portant souvent sur la singularité française en Europe sur ce point.
La laïcité entendue comme séparation stricte semble de mieux en mieux reconnue un peu partout en Europe, ou du moins, les débats sont de plus en plus vifs autour de cette notion, preuve que l’idée fait son chemin.
En Allemagne, « l’affaire » des crucifix dans les salles de classe ou du voile portée par une enseignante musulmane d’origine afghane dans le Land du Bade-Wurtemberg prouve que ce sujet est porté de plus en plus sur la place publique et que la place de la religion dans la sphère publique y est là-bas aussi de plus en plus contestée. Même si on a pu entendre Mme Angela Merket, leader de la CDU et peut-être future chancelier, déclarer que « ce processus pourrait aboutir à une séparation exagérée de l’Etat et de l’Eglise ». Je vous laisse juger d’un concept de séparation exagérée.
En Espagne, des associations laïques comme la Fundacion Cives, Europa Laica ou encore Alpima, trouvent une oreille de plus en plus attentive au sein d’une opinion publique par ailleurs en voie de décléricalisation rapide (voir par exemple les évolutions sociétales plus radicales qu’en France). Par ailleurs, la Constitution de 1978 proclame qu’il n’y a pas de religion d’Etat.
La Suède a prononcé récemment la séparation de l’Etat et de l’Eglise luthérienne.
En Belgique, le Centre d’action laïque poursuit toujours son but de séparation institutionnelle de l’Etat et des Eglises dans une société pourtant profondément marquée par une organisation communautariste.
Aux Pays-Bas, c’est le concept de tolérance qui prédomine mais la crise latente que semble connaître la société batave avec la montée de populistes xénophobes pourrait éclairer là aussi sur les limites d’un tel système fondé sur la seule notion de tolérance.
En Italie, un juge saisi par un parent d’élève musulman avait ordonné fin 2003 de décrocher un crucifix présent dans une classe d’école. Le crucifix est resté et l’école s’orne désormais d’un autre, bien plus imposant, cadeau d’un couvent voisin !
En Grèce même, état européen régulièrement condamné par le Cour Européenne des Droits de l’Homme pour atteinte au principe de liberté de conscience, la mention de la religion sur la carte d’identité nationale a été supprimée, premier pas, timide pour certains mais symbolique, d’un affranchissement par rapport au poids de l’Eglise orthodoxe, intimement liée à l’identité nationale grecque.
Bien évidemment, restent les cas de la Pologne ou encore de l’Irlande. Mais là encore, le temps et l’uniformisation culturelle, en particulier par les droits des femmes fera son œuvre. Ce qui ne doit pas nous empêcher, nous laïques de tous les pays, de mener le combat partout en Europe pour accélérer la course du temps. Après tout, qu’est ce que cent ans à l’échelle de l’histoire de l’humanité ? Mais à condition que les institutions, en particulier européennes, le permettent !
Un argument souvent entendu par rapport à cette pseudo exception française est que, finalement, nos voisins et en particulier les plus proches, allemands ou anglais par exemple, semblent vivre sans aucun problème particulier sans cette laïcité à laquelle nous semblons tant tenir. Tout d’abord cela reste à démontrer. Je ne suis pas certain que les tensions communautaires soient inexistantes en Grande-Bretagne, ni que les athées ou agnostiques allemands ne vivent pas comme une atteinte à leur liberté de conscience la présence de crucifix dans les salles de classe de certains lands. Par ailleurs, est-ce que, sous le prétexte que, finalement, la monarchie parlementaire anglaise permet a priori le développement d’une société aussi avancée et démocratique que la notre, on doit abandonner l’idée qu’une République de citoyens égaux en droits n’est pas préférable à une Monarchie ?
Un fait ne démontre rien contre le droit. Et la solitude n’est en rien un signe d’erreur ou d’injustice. Le 26 août 1789, la France était bien seule à proclamer les droits de l’homme et du citoyen. Avions-nous tort alors ? Le 10 décembre 1948, le monde entier les adoptait. Avions-nous tort en 1905 ? Avons-nous tort aujourd’hui, soit disant seuls laïques au milieu de tous ?







Est-ce vraiement la laïcité qui est reprochée à la France?
Ou bien une forme de laïcité quasi divinisée et intolérante?
Personnellement je suis pour une séparation de l'Église et de l'État, ou plus généralement pour la neutralité religieuse de l'État et de ses représentants lorsqu'ils sont en fonction.
Mais la suppression de toute présence religieuse de l'espace public me semble être une marque d'intolérance.
Réduire chaque religion au rang de lobbie parmis les autres, bien sur, interdire tout lobbyisme religieux, non. Le dialogue est préférable à l'excommunication ;-).
PS: Si ça peut éclairer mes propos, je rajoute que je suis (actuellement) agnostique.
PS2: C'est Angela Merkel et pas Merket, la leader de la CDU.
Rédigé par: Tharkûn | 03/06/2005 à 14:34
Désolé mais donner une place particulière aux religions (lesquelles : Catholique ? Orthodoxe ? Protestante ? Juive ? Musulmane ? jusqu'ici seul quelque racistes refuse cette liste ... Mais quid de la Scientologie, des témoins de Jéhovah ....), c'est aussi ignorer les non croyants, qui n'ont pas de représentant attitré. C'est aussi prétendre que le prêtre vous connais mieux que quiconque et sais aussi bien voir mieux que vous ce qui est bon pour vous. Et là, j'opine.
Pourquoi l'église aurait elle une place particulière ?? Une écoute particulière ?
Et puis quels religieux ? Pourquoi les extrémistes de tous ordres (et en premier lieu les catho pour ce qui nous concerne) serait il exclus du débat ? Au nom de quel principe exclure les "sectes", alors que l'église catholique continue de défendre ces religions au nom de la liberté de conscience ?
Rédigé par: Simon | 05/06/2005 à 11:31
Simon : et en remplaçant dans ton texte "religions" par "associations", "ONG" ou "syndicats" - et les exemples qui vont avec (ceux qu'on écoute et ceux qu'il vaut mieux ne pas écouter) ?
Je crois que tout le monde aimerait secrètement bien qu'"on" n'écoute pas ceux qui ne nous représentent pas, mais ça voudrait aussi dire qu'on n'écouterait pas ceux qui nous représentent.
Rédigé par: Benoit | 05/06/2005 à 15:10
@ Tharkun
Personnellement, je ne sais pas ce que pourrait vouloir dire une laïcité intolérante? Il ne faut pas confondre plusieurs concepts:
- la laïcité, qui est la protection de l'espace public de l'emprise particulière de tout dogme, et réciproquement, la neutralité de l'Etat envers toutes les spiritualités (croyances ou non croyances) et donc le respect de la sphère PRIVEE
- l'anticléricalisme, qui est la lutte contre l'appropriation de tout ou partie de la sphère publique par un clergé, quel qu'il soit (dans sa phase de conquête, un laïque est souvent de fait anticlérical)
- l'athéisme, qui est la croyance (car il me semble en quelque sorte que c'est également une croyance) ou plutôt la non-croyance en une entité supra-humaine (éthymologiquement d'ailleurs, l'athéisme se définit comme une non croyance a-theos)
Ainsi, un anticlérical ou un athée peut éventuellement être considéré comme intolérant. Un laïque non. Puisque par définition, il respecte toute option spirituelle.
Mais c'est un bien curieux renversement de valeurs que de qualifier des laïques d'intolérants car, tout au long de l'histoire et du combat laïque (car il y eut et il y a toujours combat) les intolérants ont plutôt été du côté des clergés...
Encore une fois, la laïcité ne nie en aucune façon l'existence des religions. De même qu'elle ne nie pas le besoin ou la volonté de croyants de se retrouver ensemble. Par contre elle leur dénie le droit d'intervenir en tant qu'organisation dans la vie publique et dans l'organisation de la cité et de l'intérêt général. La réligion, la spiritualité, appartiennent à la sphère privée. C'est le principe de base.
Rédigé par: Krysztoff | 07/06/2005 à 17:02
@ Benoît
Oui, enfin, sauf que l'énorme différence entre une religion et une association, une ONG ou un syndicat, c'est l'importance du Dogme, du Livre et la liberté de conscience. Que je sache, le délit d'apostasie n'existe pas si on quitte une association, une ONG ou un syndicat. Et l'infaillabilité papale ne s'est pas encore étendue aux leaders syndicaux!
Rédigé par: Krysztoff | 07/06/2005 à 17:05
A vous lire, je me demande si le "principe de subsidiarité" utilisé également par l'église catholique, n'est pas de ce fait suspect ?
La base doit s'exprimer, la parole remonte libéré, mais doit s'attendre à devoir accepter qu'il ne peut y avoir contradiction face au dogme. Il préserve et renvoi vers le bas une contradiction éteinte et conquise de par sa rencontre avec la vérité.
Rédigé par: Quoique | 09/06/2005 à 23:44
Et bien merci d'écrire un texte ouvert et rappelant quelques notions élémentaires.
D'où une question que je n'arrive pas forcément à résoudre : je l'explique avec les outils que je possède, sous forme de questionnement.
Le mariage peut être civil et religieux.
Ou se trouve la séparation, lors de l'ouverture d'un droit qui se base sur les principes de la laïcité, entre ce qui serait reconnu universel et ce qui serait de l'ordre d'une revendication communautaire ?
Je pense à la question du mariage homosexuel qui personnellement me paraît trés difficile à résoudre clairement.
Est ce l'ouverture d'un droit qui trouve sa résonnance dans un principe laïque, ou bien est ce une autre formulation qu'il faut mettre en avant dans ce cas précis?
Ma réflexion(qui n'engage que moi) me fait penser que l'on touche là un domaine symbolique bousculé,quant il ressort que deux individus de même sexe aspirent officialiser une union, peut être psychiatrique lorsqu'il s'agit d'intéroger la question de l'identité sexuée.
Au regard de ce qui s'est passé en Espagne, et à la lecture de votre sujet, je me demandais si vous aviez une idée du cheminement des reflexions sur ce sujet en France?
Rédigé par: dg | 26/07/2005 à 20:02
@ dg
Dans un pays qui se veut laïque, le seul fondement du droit est la loi commune. Ainsi, en France, le seul mariage qui ait une valeur légale est le mariage civil. Tout mariage "religieux" n'a de valeur que dans la communauté qui lui reconnait une valeur.
Ce n'est par exemple pas le cas en Espagne où le mariage catholique est reconnu par les autorités civiles et où il suffit donc de se marier à l'église pour être marier aux yeux de la loi. Malgré l'inscription dans la constitution espagnole de la non reconnaissance d'aucune religion officielle par l'Etat, cela constitue selon moi une entorse majeure au principe de laïcité en cela que l'égalité des citoyens devant la loi est rompue par cette reconnaissance d'une cérémonie religieuse particulière.
Sur le problème du mariage homosexuel, nous quittons le domaine religieux. Il n'y a selon moi, mais là encore, ce n'est que ma propre lecture de la chose, aucun obstacle laïque à reconnaitre le mariage homosexuel. Au contraire. L'aspect communautaire n'a pas non plus à interférer car, dans une société laïque, comme je l'explique dans ma note, l'Etat ne reconnait aucune communauté spécifique (et donc aucun droit spécifique attaché à une quelconque communauté) mais ne connait que des citoyens égaux en droit. A partir de là, si le mariage civil est un droit reconnu pour deux citoyens, peu importe qu'ils soient de même sexe ou non.
Comme vous le dites fort justement, le problème est essentiellement symbolique (symbole fortement connoté par la religion d'ailleurs). Je me méfierais par contre des approches "psychiatriques", si cela peut mener à considérer l'homosexualité comme une déviance psychiatrique, avec toutes les dérives que l'on peut craindre.
De toute façon, il me semble que la question du mariage n'est qu'un prétexte. Derrière le mariage, ce sont les droits attachés à ce statut, et en particulier l'adoption. J'étais plutôt défavorable à la légalisation de l'adoption par des couples homosexuels mais j'ai maintenant évolué et je pense que le problème ne vient pas tant du couple en lui-même que du regard de la société sur cette famille "hors-norme" et donc des impacts potentiels pour l'enfant. Je crois qu'un enfant peut être "aussi bien" élevé et se structurer "normalement" dans une famille homosexuelle que dans une famille hétérosexuelle. Je pourrais tout aussi bien dire d'ailleurs, aussi mal élevé! Par contre, le regard que la société va renvoyer à l'enfant sur sa famille risque d'être difficile à gérer pour celui-ci. Ce n'est pas l'enfant qui n'est pas prêt mais la société en quelque sorte. Je crois que cela se fera mais qu'il faudra du temps pour que cela s'accepte. Après tout, il en a été de même pour le divorce par exemple. Et puis l'ethnologie nous apprend que la structure familiale traditionnelle que nous connaissons (papa-maman-les enfants) est finalement assez récente (quelques siècles à peine) et que des sociétés se sont structurées et se structurent encore autour d'autres modèles plus ouverts. Donc...
Rédigé par: Krysztoff | 27/07/2005 à 11:58
Merci,
Vos précisions sont pertinentes et intéressantes.
Mais la question de l'adoption assez épineuse pour moi.
Cependant, je peux apporter quelques éléments de réflexion sur les questions que soulève ce point. Sans aucune prétention. J'adhère assez au courant de réflexion hérité de la psychanalyse. Il postule que pour qu' un être humain se structure correctement dans son identité sexué, il lui faut deux référents disctincts, un homme et une femme, deux "autres" , dont "l'amour" (à comprendre au sens respect et reconnaissance de l'autre dans le meilleur des cas, en sus de l'acte physique ) est l'origine de sa conception. A un moment précis de la structuration psychique et sexuée intervient la phase oedipienne. Ce qui permet à tout enfant de saisir qu'il est un garçon ou une fille, et qu'il ou elle devra se tourner vers l'autre sexe, en se défaisant de papa et maman. (je suis amoureuse de papa, je suis amoureux de maman)
L'adoption porte déjà par sa nature une question douloureuse pour le sujet qui est à l'origine "abandonné", quelqu'en soit la raison "atténuée". Nul doute que deux adultes de même sexe peuvent lui apporter une affection necessaire à sa construction, mais ne pourront effacer cette question d'origine, l'abandon, la conception.
La deuxième question est relative à la symbolique de "l'autre". Surtout s'il existait des cas de procréations sans visage(pour dire sans géniteur, sans la figure de "l'autre", en éprouvette ou dans un ventre)comme j'ai lu quelque part que cela se demandait aux états unis. La question serait: comment se structure un enfant conçu dans le rejet de "l'autre" sexe et dans le cadre institutionnalisé d'un droit?
Devrons nous admettre qu'il faille créer ce nouveau questionnement de la conception d'un être humain sans "l'autre"? Les exemples de couples dont un père ou une mère sont absents sont assez éloquents. Là je parle pour le cas ou le consentement à l'adoption amènerait inévitablement la question de la conception.
Dans un couple de même sexe, l'enfant aura t'il le droit de connaître cet "autre" ultime nécessaire à son existence? Sera t'il admis d' effacer la trace de ce qui est à l'origine de l'humanité?
La question sur la symbolique n'est pas seulement sur la figure héritée de la religion pour l'union, mais aussi sur la reconnaissance de "l'autre", celui qui n'est pas comme nous, qui ne nous appartient pas, qui nous échappe, mais vers lequel on tend malgré tout. C'est cette symbolique là qui me semble peser dans le sujet que j'ai évoqué pour le mariage homosexuel et ce que cela entraine à la suite comme revendications supplémentaires.
Cela me semble donc plus difficile à admettre que vous, par anticipation.
C'était la raison de mon interogation première, concernant l'universel reconnu, dans la question de la laïcité. Question de l'intérêt dit "commun".
Le basculement , bousculement, ou risque d' effacement de la symbolique inhérente à la figure de l'autre et de l'humanité, n'est elle pas un enjeu trés important?
Sans stigmatiser les homosexuels, au même titre que les autres, ils sont donc citoyens avant tout. Mais derrière leur demande d'ouverture de nouveaux droits se pose la question
délicate d'une remise en cause de certains fondements universels, non ?
Rédigé par: dg | 27/07/2005 à 21:52
@ dg
Oui, je suis globalement d'accord avec vos réflexions et vos craintes absolument légitimes. Ceci dit, les questions que vous soulevez ne me semblent pas spécifiquement liées au couple homosexuel.
La question de l'abandon et de la recherche de l'origine est valable pour tout enfant adopté, quelle que soit la famille d'accueil, hétérosexuelle, homosexuelle ou même monoparentale (comme c'est souvent le cas pour les homosexuels en fait).
La structuration psychanalytique de l'enfant, en particulier la phase oedipienne de reconnaissance de l'alterité, de la différence, et la définition de l'identité sexuelle, me parait être effectivement une phase fondamentale. Mais, d'après ce que j'ai pu lire des "analyses" menées avec un peu de recul auprès d'enfants élevés par des couples homosexuels, en particulier aux Etats-Unis où, dans certains états, il existe un recul historique de plusieurs années, je n'ai pas connaissance que l'on constate des troubles plus importants que chez des enfants élevés par des couples hétérosexuels. Par ailleurs, avant même la problématique des couples homosexuels, de nombreux enfants ont été élevés sans l'un de leur parent (plus souvent d'ailleurs le père). Et ce qui est important de noter, c'est que, dans un cas comme dans l'autre, il y a toujours un adulte du sexe opposé (le grand-père, un oncle, un ami proche) qui assume la fonction de père symbolique (ou de mère symbolique). Il me semble que, dans l'approche psychanalytique, c'est le plus important: l'existance d'un père symbolique plus que l'existence du géniteur. Cela pourrait effectivement devenir éventuellement dangereux pour l'enfant si, dans un couple homosexuel, l'autre sexe est en permanence dévalorisé, rabaissé, nié. Et si l'environnement de l'enfant ne comptait que des personnes du même sexe. Ce qui, dans nos sociétés, est quand même extrêmement rare.
Encore une fois, l'époque moderne se caractérise globalement par une profonde remise en cause du modèle familial " classique" (famille monoparentale, famille recomposée, couple homosexuel...). Je crois que vos interrogations s'inscrivent dans ce contexte global. Ce que nous appelons famille tradionnelle, est-ce un fondement universel? Je ne le crois pas. Mais cela ne doit pas nous empêcher de réflechir sur les bouleversements que ces nouvelles formes de parentalité sont susceptibles d'introduire, je suis parfaitement d'accord avec vous sur cela. Ce ne sont pas des questions à traiter à la légère.
Rédigé par: Krysztoff | 28/07/2005 à 10:24
Krysztoff
Merci encore de cet échange intéressant et de vos remarques encore trés pertinentes.
Je souhaite juste préciser que ma question sur l'origine concerne aussi la "conception", et donc la symbolique de l'union de deux êtres de sexe opposé. Conception basée sur l'altérité, comme vous le dites.
La symbolique de "l'autre" venant à manquer, dans les couples actuels, ou dans les familles ou l'un des parents est nié, cela cause des dégats que la psychanalyse et la psychiatrie constatent.
Vrai que les modèles familliaux traditionnels sont remis en cause.
Mais j'allais plus loin en questionnant l'universalité de la "conception", qui ne peut s'exonérer des deux sexes, que cela soit dans une éprouvette, ou dans la réalité d'une relation humaine.
Mais sans doute, ma question finale est assez hors sujet par rapport à votre thème sur la laïcité. Je tentais de comprendre, sans réussir encore à bien me le formuler, mon intérogation concernant la création de droits sur la base de l'universalité d'un intérêt dit "commun" .
Rédigé par: dg | 28/07/2005 à 21:02
Si le sujet vous interresse;
Le collège international de philosophie traitera de la laïcité dans un séminaire "philosophie et politique" intitulé "la laïcité entre faits et principes". Vous pourrez en trouver les détails
sur le site du collège à la rubrique "programme".
Les programmes de cette année me paraissent trés alléchants...
cordialement
Rédigé par: dg | 10/09/2005 à 14:50