La question turque, nouveau déni démocratique
Tout a été dit ou presque sur la question turque (Hugues a assez bien fait le tour de la question de son point de vue, en avouant même avoir longtemps tergiversé avant de se fixer finalement sur le Oui, plus pour ne pas dire Non que vraiment convaincu par le Oui me semble-t-il). Et pourtant, cette question n'a sans doute pas fini d'empoisonner le débat autour du traité constitutionnel européen. Parce qu'il est évidemment difficile, dans le contexte actuel, de déconnecter ces deux questions, même si les partisans du Oui s'acharnent à nous expliquer que cela n'a rien à voir... A voir.
De fait, ce débat pose une nouvelle fois la question du sens de l'Europe. A ce titre, l'une des interventions les plus intelligentes et les plus complètes qu'il m'ait été donné de lire ces derniers temps est l'interview que Robert Badinter( Download Badinter.rtf) , qui défend la position du non à l'adhésion tout en s'interrogeant sur le fait de savoir si les jeux ne sont pas déjà faits, a donné il y a quelques jours au Figaro. Et comme Robert Badinter s'est par ailleurs prononcé pour le traité constitutionnel et qu'on ne peut guère, compte tenu du personnage, le soupçonner d'arrières pensées électoralistes ou xénophobes, sa prise de position devrait bousculer plus d'un partisan du double Oui
Je ne vais pas développer à nouveau les arguments qu'il exprime avec beaucoup plus de pertinence et d'intelligence que je ne pourrais le faire moi-même, mais je voudrais noter un point essentiel, maintenant que le vote du Conseil a, sans surprise, lancé le compte à rebours des négociations d'adhésion: celui, une fois de plus, du déni démocratique que représente cette nouvelle étape de la construction européenne.
En effet, il est fort probable qu'une fois de plus, comme pour l'élargissement aux dix nouveaux membres, les peuples européens ne seront pas consultés ou, s'ils le sont, comme le promet notre cher Président, dans dix ans c'est à dire après le long processus de négociation, seul le Oui sera possible (on voit mal, comme dirait Badinter, un Non devant M. le Maire après dix années de fiançailles). En fait, il apparait évident qu'à partir du moment où on ouvre les négociations d'adhésion, celles-ci aboutiront favorablement à moyen terme (l'incertitude n'étant alors plus que dans le terme, dix ou quinze ans). Le contraire ne s'est jamais produit. Comme il n'y a eu aucun débat digne de ce nom, et en particulier aucun vote, ni du peuple français en ce qui nous concerne, ni même de nos élus (rappelons-nous le grandiose simulacre de débat à l'Assemblée Nationale le mois dernier), il y a fort à parier que cette question va revenir en boomerang au moment du vote pour le traité constitutionnel, seul moyen de s'exprimer alors sur ce sujet pourtant crucial pour l'avenir du projet européen.
Alors, y a t-il une alternative? Encore une fois, certainement pas. Encore une fois TINA aura frappé. Encore une fois, la confiscation du rêve européen par des dirigeants politiques irresponsables aura éloigné plus encore les peuples européens de l'Europe. Encore une fois, l'Europe avance en dehors des clous démocratiques. Encore une fois...








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