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18/12/2004

La question turque, nouveau déni démocratique

Tout a été dit ou presque sur la question turque (Hugues a assez bien fait le tour de la question de son point de vue, en avouant même avoir longtemps tergiversé avant de se fixer finalement sur le Oui, plus pour ne pas dire Non que vraiment convaincu par le Oui me semble-t-il). Et pourtant, cette question n'a sans doute pas fini d'empoisonner le débat autour du traité constitutionnel européen. Parce qu'il est évidemment difficile, dans le contexte actuel, de déconnecter ces deux questions, même si les partisans du Oui s'acharnent à nous expliquer que cela n'a rien à voir... A voir.

De fait, ce débat pose une nouvelle fois la question du sens de l'Europe. A ce titre, l'une des interventions les plus intelligentes et les plus complètes qu'il m'ait été donné de lire ces derniers temps est l'interview que Robert Badinter( Download Badinter.rtf) , qui défend la position du non à l'adhésion tout en s'interrogeant sur le fait de savoir si les jeux ne sont pas déjà faits, a donné il y a quelques jours au Figaro. Et comme Robert Badinter s'est par ailleurs prononcé pour le traité constitutionnel et qu'on ne peut guère, compte tenu du personnage, le soupçonner d'arrières pensées électoralistes ou xénophobes, sa prise de position devrait bousculer plus d'un partisan du double Oui

Je ne vais pas développer à nouveau les arguments qu'il exprime avec beaucoup plus de pertinence et d'intelligence que je ne pourrais le faire moi-même, mais je voudrais noter un point essentiel, maintenant que le vote du Conseil a, sans surprise, lancé le compte à rebours des négociations d'adhésion: celui, une fois de plus, du déni démocratique que représente cette nouvelle étape de la construction européenne.

En effet, il est fort probable qu'une fois de plus, comme pour l'élargissement aux dix nouveaux membres, les peuples européens ne seront pas consultés ou, s'ils le sont, comme le promet notre cher Président, dans dix ans c'est à dire après le long processus de négociation, seul le Oui sera possible (on voit mal, comme dirait Badinter, un Non devant M. le Maire après dix années de fiançailles). En fait, il apparait évident qu'à partir du moment où on ouvre les négociations d'adhésion, celles-ci aboutiront favorablement à moyen terme (l'incertitude n'étant alors plus que dans le terme, dix ou quinze ans). Le contraire ne s'est jamais produit. Comme il n'y a eu aucun débat digne de ce nom, et en particulier aucun vote, ni du peuple français en ce qui nous concerne, ni même de nos élus (rappelons-nous le grandiose simulacre de débat à l'Assemblée Nationale le mois dernier), il y a fort à parier que cette question va revenir en boomerang au moment du vote pour le traité constitutionnel, seul moyen de s'exprimer alors sur ce sujet pourtant crucial pour l'avenir du projet européen.

Alors, y a t-il une alternative? Encore une fois, certainement pas. Encore une fois TINA aura frappé. Encore une fois, la confiscation du rêve européen par des dirigeants politiques irresponsables aura éloigné plus encore les peuples européens de l'Europe. Encore une fois, l'Europe avance en dehors des clous démocratiques. Encore une fois...

16/12/2004

Le Parti du Oui, ersatz du Ministère de la Vérité?

Philippe Muray, romancier et essayiste du Club des Nouveaux Réacs, a publié une chronique dominicale dans le journal La Montagne (oui, je suis résident auvergnat donc le dimanche, après la messe, c'est La Montagne) intitulée "le Parti du Oui" (chronique que je vous livre en intégralité ici même: Download Muray.rtf ). Cette chronique fait bien évidemment référence au Oui du référendum interne du PS, et plus généralement, à ce qu'il appelle le "Parti du Oui", le parti des "euromaniaques" comme il dit, "de droite, de gauche, du centre mou, du centre dur, de Bayrou à Cohn-Bendit et de Chirac à Hollande".

Cela me donne l'occasion de revenir sur la façon dont s'est déroulé le débat sur le référendum interne au sein du PS, prélude sans doute au débat national qui aura lieu dans quelques mois (peut-être avant l'été selon les dernières indiscrétions de Publius). Certes, il y eut ici et là quelques débats de fond, où des arguments forts et construits ont pu être exposés dans une relative écoute réciproque, de part et d'autre. J'en ai été témoin, sur la toile, et dans quelques journaux  et émissions de radios. Pourtant, de manière quasi systématique, et a fortiori dans la plupart des grands médias (temps de parole restreint et nécessité de trouver la formule choc obligent), les arguments évoqués, le plus souvent par les partisans du oui, comme si, las de devoir encore et encore argumenter, ils se laissaient aller, finissaient inévitablement par disqualifier le contradicteur intuitu personae. Et de le traiter au mieux de doux utopiste, de fantaisiste, de populiste, de menteur, de ringard, d'anti-européen, d'irraisonnable, au pire de fasciste par alliance objective, de traître aux idéaux de nos plus illustres aînés, d'irresponsable, de fou quoi! Un véritable tribunal de la pensée, de la déviance politique. Sans compter un processus insidieux de culpabilisation digne des grandes époques du catholicisme obscurantiste. Comment un homme politique sérieux et responsable, un citoyen éclairé, un humaniste moderne, pourrait-il risquer de mettre à bas cinquante ans de construction européenne, d'acquis communautaires, de paix sur le continent (rien que ça)? Comment faire un autre choix que le Oui, quand tous les autres européens nous regardent, pour la fidélité au passé et l'espoir en l'avenir (vous savez l'Europe sociale), pour nos enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants? Allez voter en paix maintenant...

Pour de multiples raisons, la construction européenne s'éloigne de traités en traités (y compris celui là, malgré ce que l'on veut nous faire croire) d'un idéal démocratique. Pierre Mendès-France, cinquante ans plus tôt, avait déjà pressenti cette dérive potentielle lors du débat sur le traité de Rome, en prévenant de l'abdication possible de la démocratie devant une expertocratie économique totalitaire et supra-nationale (et la Commission en ce sens, avec une idéologie libérale quasi constante depuis deux décennies ressemble à s'y méprendre au Minivé en novlangue, au Ministère de la Vérité de 1984, abritée derrière son expertise économique). Mais cette raison-ci, cette négation même du débat démocratique à chaque nouvelle échéance électorale européenne, cette dramatisation culpabilisatrice, est sans aucun doute la pire.

Doit-on s'étonner alors si, consultations européennes après consultations européennes, le taux de participation s'effrite? Doit -on s'étonner d'un 21 avril faisant voler en éclats un clivage droite-gauche de plus en plus virtuel? Doit-on s'étonner de la montée des populismes un peu partout en Europe, pour lesquels le Parti du Oui offre sur un plateau la réactualisation nauséabonde de la sempiternelle antienne "gauche-droite, tous pareils, tous pourris"? Doit-on s'étonner que les électeurs votent de plus en plus avec leurs pieds, pratiquent ce vote suicidaire comme le définit Bernard Stiegler à propos du 21 avril  2002 en France, ou pire encore, s'excluent massivement du scrutin?

Comment réintroduire de la démocratie dans ce débat? Comment sortir de ce nihilisme inversé, de ce ouihilisme?

Très certainement en promouvant des projets alternatifs et en acceptant de considérer qu'il n'y a pas une seule voie possible pour construire un rêve européen. En rompant avec TINA (There Is No Alternative), faute d'Antonia chère à Philippe Muray.

J'y réfléchis et je vous en reparle!

14/12/2004

Ruban rouge

Et bien ça y est, je l'avais promis à une bande de blogueurs fous avec lesquels je suis embarqué depuis quelques semaines dans une aventure de citoyenneté active virtuelle (en clair, un blog de débat sur la constitution européenne, publius), voici mon premier pas dans la blogosphère.

Donc, bienvenue à vous, cher lecteur, qui coupez le ruban rouge de l'inauguration de ce blog . Je ne sais pas encore très bien ce que vous trouverez ici mais j'espère que cela vous intéressera parfois un peu, vous fera réagir quelques fois.

Pourquoi 1984? Parce que 2004... Et 20 ans, c'est un bel âge non? Et parce que nous vivons malheureusement dans une société qui devient jour après jour de plus en plus "orwellienne" me semble t-il. Mais j'aurai l'occasion de m'expliquer sur tout cela un peu plus tard.

D'ici là, et pour fêter dignement cette inauguration, j'ai invité deux illustres intervenants en exclusivité pour vous sur ce blog. En fait, ils sont passés tous les deux vendredi dernier sur l'antenne de France Inter, le premier, le matin chez Pierre Weill, le second le soir, chez Frédéric Bonnaud.

Et oui, placer ce nouveau blog sous le double parrainage de Serge Dassault d'un côté et Bernard Stiegler de l'autre, voilà qui annonce des débats vifs, animés et de haute tenue. Je vous laisse deviner derrière lequel je m'abriterai préférentiellement, intellectuellement parlant, le cas échéant!

Alors pour vous, oui, rien que pour vous, lecteurs initiaux de ce nouveau blog, que vous soyez arrivé là par hasard (ah les mystères de google) ou par volonté, comme cadeau d'abonnement en quelque sorte, je vous offre la retranscription complète de ces deux entretiens, dont le premier (Download Dassault.rtf) restera je l'espère un moment d'anthologie du discours patronal français sur une radio grand public à une heure de relativement grande écoute (s'il y a des statistiques disponibles sur le nombre d'accidents de voiture provoqués entre 8h20 et 8h30 par une écoute trop attentive de Question directe ou sur le nombre de tasses de cafés et autres de bols de chocolat renversés, pour les moins matinaux, je suis preneur), et dont le second (Download Stiegler.rtf) devrait nourrir vos réflexions spirituelles pendant quelques heures ou plus si affinités et vous réconcilier avec l'humanité (tout n'est peut-être pas encore perdu) et sa capacité à s'élever au delà de sa condition de simple spectateur de TF1 et buveur de Coca-Cola (et pardon pour les quelques fautes éventuelles de frappes lors de la retranscription mais j'ai essayé d'être le plus fidèle possible, surtout pour le style inénarrable de Serge Dassault... si, si, il est polytechnicien, je vous l'assure; bon il a aussi près de 80 ans, c'est pardonnable).

Bonne lecture et à très bientôt j'espère.